WILLIAMS Thomas C.

États-Unis - France

Autoportrait en noir et blanc (Grasset, 2021)

© Kris Graves Projects

Diplômé de philosophie, ce journaliste et critique a grandi dans le New Jersey avant de s’installer à Paris et écrit, entre autres, pour le New York Times Magazine. Après le succès retentissant de Une soudaine liberté, où l’écrivain se confie sur sa jeunesse et dissèque la culture hip-hop, il publie cette année un nouvel essai, très personnel, dans lequel il tente de déconstruire les discours qui, à partir d’une couleur de peau, enferment les individus dans des cases. C’est à la naissance de sa fille que l’auteur, lui-même métisse, se demande comment celle-ci sera vue par la société. Prônant un dépassement des identités de race pour embrasser les héritages culturels multiples, il apporte une introspection et une réflexion riches en idées nouvelles dans un débat on ne peut plus actuel.

Enfant issu de la classe moyenne, Thomas Chatterton Williams a passé toute une partie de sa jeunesse dans le New Jersey. Il est le fils d’un père noir et d’une mère blanche. Pour lui, sa peau métissée le place d’emblée dans la catégorie des gens de couleur noire et le fait basculer dès l’adolescence dans la culture hip-hop.

Dans ses écrits, l’auteur témoigne et se confie sur sa jeunesse. Auprès de ses camarades noirs, il se met à jouer les durs, adopte une posture de caïd afin d’impressionner les blancs et d’intimider les filles. Imitation des rappeurs en vogue, comportement machiste et virilisme exacerbé sont alors l’apanage de beaucoup de jeunes afro-américains qui cherchent à faire leurs preuves et à trouver leur place dans un milieu où la pression sociale est forte.

Dans son essai Une soudaine liberté. Identités noires et cultures urbaines, Thomas C. Williams alerte sur le fait que la culture hip-hop constitue le foyer d’une multitude de stéréotypes que trop de jeunes prennent au pied de la lettre afin de s’affirmer en tant qu’individu. De sa plume, il dissèque les travers de la culture afro-américaine et met en garde sur son pouvoir d’enfermement. Dans cette lutte pour l’émancipation, l’auteur dénonce les ravages d’une masculinité pernicieuse. Au gré des pages, il revient sur son adolescence et les premières années de sa vie adulte, se livrant sur le combat éclairé qu’il a mené afin de s’affranchir de certains codes de la culture hip-hop. Ne niant pas l’existence de nombreux préjugés et de contraintes sociales oppressantes, Thomas C. Williams veut avant tout faire des afro-américains les acteurs de leur avenir et non pas les victimes. Il insiste sur l’importance de l’introspection afin de prendre du recul et de se détacher de certains schémas ethniques. Son œuvre rend également hommage à son père qui, par la transmission de sa passion pour la littérature, a permis à l’écrivain de prendre son envol.

Dans une maternité parisienne, alors qu’il découvre la petite tête blonde et les grands yeux bleus de sa fille aînée, Thomas Chatterton Williams – dont le père est noir et la mère est blanche – pense à tous ceux qui chercheront inévitablement à assigner une identité à son bébé. Réduire un nouveau-né à sa couleur de peau a-t-il un sens alors même que ses gènes et ses héritages culturels sont multiples ? Tout au long de cet émouvant Autoportrait en noir et blanc, Thomas Chatterton Williams renvoie dos-à-dos racisme ordinaire et antiracisme communautariste, il s’emploie à déconstruire les préjugés avec, pour perspective, l’avènement d’une société post-raciale.


Bibliographie

  • Autoportrait en noir et blanc (Grasset, 2021)
  • Une soudaine liberté. Identités noires et cultures urbaines (Grasset, 2019)
Autoportrait en noir et blanc

Autoportrait en noir et blanc

Grasset - 2021

Avec cet émouvant Autoportrait en noir et blanc, Thomas Chatterton Williams explore la question de l’identité en prenant pour point de départ la naissance de sa fille aînée, Marlow. Dans une maternité parisienne, lorsqu’il voit pour la première fois la petite tête blonde et les grands yeux bleus de son bébé, Williams, lui-même « métis », pense à tous les gens qui voudront la désigner comme « blanche ». Assigner sa fille à une « race » a-t-il un sens alors que ses gènes et ses héritages culturels sont multiples ?

Afin de répondre à cette question, l’auteur conduit une réflexion nourrie par son expérience et ses lectures, pour défendre l’idée d’une société post-raciale. Il fait par exemple un test ADN afin d’objectiver ses origines et finalement découvrir qu’il n’est qu’à 39,9% d’origine sub-saharienne. Le « premier président américain noir » n’est-il pas en réalité, lui aussi, « métis » ?
Thomas Chatterton Williams réfléchit ainsi à une fluidité de la « race », en fonction du regard de l’autre, d’un espace géographique ou d’une époque, et cherche à balayer toute tentation de cloisonner l’identité.

Texte incisif mais également lettre d’amour à ses enfants, cet autoportrait raconte le cheminement identitaire d’un père américain dans la société française contemporaine. Après Une soudaine liberté, Thomas Chatterton Williams s’inscrit plus que jamais dans le débat intellectuel d’aujourd’hui.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Colin Reingewirtz

Une soudaine liberté. Identités noires et cultures urbaines

Une soudaine liberté. Identités noires et cultures urbaines

Grasset - 2019

En 2011, Thomas C. Williams est encore inconnu du public américain lorsqu’il publie La défaite de l’imagination. Le jeune journaliste y décrit son enfance dans le New Jersey, celle d’un garçon né d’un père noir et d’une mère blanche qui a décidé de se fondre dans la masse des jeunes afro-américains de son âge grâce aux cultures urbaines, et notamment au hip-hop. Un vocabulaire cru, une démarche spécifique, une façon de s’habiller, un rapport trouble à l’argent et aux filles reproduisant l’imaginaire des clips qui se succèdent à la télévision. Une vision de l’histoire et de l’art aussi, lorsqu’on respecte une minute de silence pour l’anniversaire de la mort d’un rappeur assassiné mais qu’on ne connaît pas la date du décès de Martin Luther King, qu’on célèbre Jay-Z mais qu’on n’a jamais entendu parler de Toni Morrison. La littérature et l’imaginaire n’ont plus leur place lorsqu’on cherche à reproduire des codes au nom d’une identité, tournant le dos à la culture.

Une adolescence aux teintes « gangsta » donc, également marquée par l’obsession du père de Thomas pour les livres et les échecs. Grâce à l’éducation parallèle que ce dernier s’obstine à donner à ses fils, Thomas réussit finalement à entrer à l’université de Georgetown, à Washington. Il réalise alors qu’une autre voie est possible, il découvre de nouvelles manières de penser le monde, de nouvelles musiques, et les voyages qui lui permettront d’aller vers des cultures radicalement différentes. Puis Thomas passera plusieurs mois à Paris avec l’impression d’avoir fait exploser le carcan des cultures urbaines, cette « colle invisible  » qui, selon lui, maintient dans une forme d’esclavage la communauté noire-américaine.

Ce récit personnel est une plongée dans les dérives du hip-hop dont les codes, pris au premier degré, empêchent toute émancipation. Plus qu’une histoire intime, Thomas C. Williams bâtit un discours foisonnant sur la question du métissage, sur la possibilité d’échapper au milieu dans lequel on a grandi et combat l’idée que toutes les cultures se valent, malgré leurs dérives parfois misogynes et ultraviolentes.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Colin Reingewirtz


  • “Face au mouvement de radicalisation des intellectuels noirs aux Etats-Unis, Thomas Chatterton Williams fait partie des voix qui s’élèvent contre la tentation du communautarisme. Le courageux examen auquel il se livre est un miroir qui nous est tendu.” Le Monde

Le pouvoir de la littérature

Avec Makenzy ORCEL, Thomas C. WILLIAMS, Mohammad RABIE - Saint-Malo 2019

Avec Makenzy ORCEL, Thomas C. WILLIAMS, Mohammad RABIE
Animé par Florence BOUCHY


La construction de soi

Avec Thomas C. WILLIAMS, Itamar ORLEV, Felwine SARR, Inara VERZEMNIEKS - Saint-Malo 2019

Avec Thomas C. WILLIAMS, Itamar ORLEV, Felwine SARR, Inara VERZEMNIEKS
Animé par Marie-Madeleine RIGOPOULOS