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SJON

Islande

De tes yeux, tu me vis (Payot, 2011)

Biographie

© Ph. Matsas
© Ph. Matsas

Sjón, romancier, poète et parolier né à Reykjavík en 1962, nous vient d’un pays où tout le monde lit et où chacun écrit car, comme il l’explique, jusqu’au XIXème siècle, la littérature était le seul art en Islande puisque le pays, alors très pauvre, ne possédait pas d’écoles de peinture, ni de musique.
Mais si la littérature y est une pratique répandue, tous les auteurs ne parviennent pas à s’imposer dans le paysage comme Sjón l’a fait.

Il écrit son premier recueil de poésie à l’âge de 16 ans et depuis le début des années 80, il collabore aux travaux de son amie Björk. Il fait alors partie d’un groupe littéraire et culturel surréaliste, Médusa, et elle est la chanteuse du groupe punk Sugarcubes. C’est à lui notamment que l’on doit les textes des chansons du film Dancer in the Dark de Lars von Trier. Dans un pays qui refuse la distinction entre art mineur et art majeur, il a aussi collaboré avec des musiciens de jazz, de death metal et des compositeurs de musique classique pour un opéra. Traduit dans dix-sept pays, il a reçu, en 2005, la plus haute distinction des pays du Nord : le Prix littéraire du Conseil Nordique pour son premier roman traduit en français, Le moindre des mondes, un récit violent, tendre et onirique évoquant les terres d’Islande.
Depuis, deux autres de ses romans sont parus en France : Sur la paupière de mon père, tout d’abord, librement inspiré de mythes et légendes, notamment celle du Golem, où Sjón laisse éclater sa joie de raconter une histoire grandiose et ludique, loufoque et poétique.

On retrouve cet univers dans son dernier roman De tes yeux, tu me vis où le narrateur raconte à son amie l’histoire de son père, un Juif allemand, échappé d’un camp de concentration et rattrapé par deux individus dans une Islande qui ressemble surtout à un non-lieu du théâtre moderne. Nous sommes plongés dans l’atmosphère de l’Allemagne Nazie en même temps que Sjon y intègre des récits populaires, des contes parodiés, des textes aux résonnances bibliques, ou cinématographiques, des chansons, des histoires d’archanges et d’anges déchus, des parodies de psaumes... Dans ce récit poétique, le lecteur fait graduellement connaissance avec les habitants du village et ceux de la pension Vrieslander, galerie de portraits hauts en couleurs.


Bibliographie :

  • De tes yeux, tu me vis (Payot, 2011)
  • Sur la paupière de mon père (Payot, 2008)
  • Le moindre des mondes (Payot, 2007)
  • Figures obscures poèmes, avec Catherine Eyjólfsson (Cahiers de Nuit, 2000)

Présentation de De tes yeux, tu me vis
Traduit de l’islandais par Eric Boury

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En un lieu non précisé - on imagine que c’est en Islande -, un narrateur raconte à son amie l’histoire de son père, un Juif allemand, échappé d’un camp de concentration et rattrapé par deux individus qui souhaitent manifestement découvrir un secret dont ils le croient détenteur. Cet homme dont on ne connaît pas le nom est caché dans le cellier d’une pension de famille et sera sauvé par les occupants de l’établissement. Celui que tous les autres personnages appellent le malheureux va vivre quelques jours seul à seul en compagnie de Marie-Sophie, une jeune femme chargée de le soigner, et ils vont fabriquer ensemble un enfant d’argile - le narrateur.
De tes yeux, tu me vis est un roman d’une grande puissance poétique ; la maîtrise de l’écriture en fait un véritable moment de grâce.

Revue de presse :

De tes yeux tu me vis

Rivages - 2011

De tes yeux tu me vis En un lieu non précisé – on imagine que c’est en Islande, à moins qu’il ne s’agisse d’un de ces non-lieux qu’on rencontre dans certains textes de théâtre moderne – un narrateur raconte à son amie l’histoire de son père, un Juif allemand, échappé d’un camp de concentration et rattrapé par deux individus dont on ignore la qualité et les motivations, mais qui souhaitent manifestement découvrir un secret dont ils le croient détenteur. Cet homme dont on ne connaît pas le nom est déposé par les deux individus dans le cellier d’une pension de famille et sera sauvé par les occupants de l’établissement. A l’intérieur d’un espace dissimulé entre les cloisons de deux chambres, celui que tous les autres personnages appellent le malheureux va vivre quelques jours seul à seul en compagnie de Marie-Sophie, une jeune femme chargée de le soigner et ils vont fabriquer ensemble un enfant d’argile qui deviendra le narrateur. Le lecteur fait graduellement connaissance avec les habitants du village et ceux de la pension Vrieslander : un serveur, une cuisinière, un patron alcoolique et sa femme matrone, un commis adolescent et taraudé par le désir, un vieillard concupiscent, le petit ami de Marie-Sophie. Parallèlement, Sjón nous emporte dans d’autres histoires : il mêle à cette trame historique des récits populaires, des contes rédigés sur un mode parodique, il y intègre le « relevé des rêves » des habitants de la petite ville de Kükenstadt dont il retrace les origines pseudo-mythiques avec beaucoup d’humour, des textes aux résonnances bibliques, des chansons, des histoires d’anges, d’archanges et d’anges déchus, des parodies de psaumes... Le sujet est grave. Nous sommes plongés dans l’atmosphère de l’Allemagne nazie : nous reconnaissons certains personnages historiques sans qu’ils soient directement nommés, nous naviguons entre les références picturales à l’art « dégénéré », celles cinématographiques à M le Maudit de Fritz Lang, celle, biblique, au mythe du golem : tout cela est suggéré, jamais nommé.

Puissance de l’imaginaire

Les cafés littéraires
Saint-Malo 2011

Avec Jasper Fforde, Hubert Haddad, Sjon et Gary Victor

Une vidéo réalisée par Cap7Média.

Aux frontières du réel

Saint-Malo 2011

Avec Hubert HADDAD, et SJON