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Hubert Haddad ou L’âme du monde, par Michel Le Bris

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MatsasOpale

Hubert Haddad ou L’âme du monde
Michel Le Bris

Ce sont des moments rares, que d’éprouver le sentiment de se trouver face à un frère en esprit. C’était en mars 2010, à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, à l’occasion d’une « semaine de la francophonie ». Nous avions été invités, lui et moi, à débattre, sous un titre alambiqué (Ulm oblige), de l’idée de « littérature-monde ». Je le connaissais mal – en tout et pour tout Un rêve de glace, lu il y avait longtemps, et trop vite. En fait, je ne le connaissais pas du tout, découvrais-je, tandis qu’il parlait, le corps tendu, les mains, la voix tremblantes. J’étais venu un peu à reculons à cette rencontre, qui venait après tant d’autres aux États-Unis, en Italie, au Danemark, où j’avais dû subir les banalités « post-coloniales » ressassées par les universitaires, tous, semblait-il, acharnés à réduire cette idée de « littérature-monde » à ce qu’elle n’était pas, en tous les cas pour moi, qui l’avait lancée. Et là, près de moi, pour la première fois après tant de rencontres, j’entendais un écrivain parler, vraiment. De littérature. De ce qui dans une œuvre échappe aux idéologies, aux sciences humaines, à tout ce qui prétend « l’expliquer ». De ce qui devrait nous bouleverser, nous interpeller, ébranler nos commodes certitudes : qu’une œuvre d’art ne l’est que parce qu’elle nous dit quelque chose qui ne peut pas être dit autrement. Que le « sens figuré » d’une œuvre ne peut se réduire à un sens propre, quand bien même on dirait celui-ci multiple. Qu’il faut donc supposer un autre ordre de connaissance que conceptuel, qui serait le propre de l’imagination…

Une « littérature-monde » ? Oui, si l’on comprenait entre la littérature et le monde un rapport d’incandescence. Non pas un développement de « l’universel journalisme », mais son exact contraire. Non pas un retour aux littératures « engagées » ou un abandon à l’idéologie du « réalisme », mais leur contraire : pas d’œuvre sans vision.

Je ne sais trop, je ne sais plus, s’il a dit cela exactement. Mais c’est ce que j’entendais de lui, qui brûlait de passion. J’avais passé des années à étudier le romantisme allemand, l’œuvre trop peu connue d’Henry Corbin, les hérésies des religions du Livre, toutes sous-tendues par cette idée d’« imagination créatrice ». Dois-je ajouter : avec un sentiment de solitude, et d’air raréfié, dans ce qu’était le milieu intellectuel ? Je venais de découvrir un frère en esprit. Ce que me confirma aussitôt une plongée dans son œuvre, immense, protéiforme, mais animée par le même souffle, la même croyance dans les puissances de l’imaginaire, obstinée à tracer les contours de notre « condition magique ».

C’est en Haïti, pays vivant en état de poésie s’il en est, lors d’une édition elle aussi « magique » d’Étonnants Voyageurs, que nous avions pu mieux nous découvrir : lui aussi s’était plongé dans l’œuvre de Corbin et nous n’en finissions pas d’énumérer les chemins vagabonds que nous avions l’un et l’autre parcourus – tout comme Jean-Marie Blas de Roblès, également présent, devenu pareillement membre de la famille. Depuis, nous nous retrouvons à chaque édition du festival. Et je le vois brûlant à chaque fois de la même passion. Folle, absolue. Si intense que l’on craindrait presque qu’un jour il se consume, là, devant nous, simple tas de cendres qu’emporterait le vent du large. Après tout, « ruah » en hébreu comme « ruh » en arabe ne confondent-ils pas en un même mot le vent et l’esprit ? Hubert Haddad, ou l’âme du monde.

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