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James Crumley, par Patrick Raynal

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De gauche à droite : Michel Le Bris, Jim Harrison, Jean Malaurie & James Crumley

James Crumley
Patrick Raynal

Tous ceux qui ont rencontré James Crumley se souviennent certainement plus d’un ours que d’un quelconque autre animal des montagnes Rocheuses. James, fils de Shorty Crumley – un prolo texan pur jus –, adorait cacher sa sophistication d’écrivain subtil et de prof de littérature sous l’aspect rugueux d’un authentique blue collar. Il affectait détester la classe moyenne et affirmait que « … l’éducation, pour moi, c’est de faire comprendre à mes enfants qu’ils ont le droit de résister à ce qu’enseigne la classe moyenne ».
Ce mépris de la classe moyenne est une constante dans l’œuvre de Crumley. Ses personnages se déplacent dans une marge étroite et s’y reconnaissent, comme les chiens, d’un simple frémissement des narines. Jamais de clivages politiques avoués, mais une façon de se comporter qui est la marque d’une irréductible manière de vivre.

La première fois que je l’ai rencontré, c’était sur ses terres de Missoula (Montana). Une rumeur prétendait qu’une vingtaine d’écrivains de fort calibre vivait en liberté dans un bled des montagnes Rocheuses et Télérama avait accepté de m’envoyer vérifier. La veille, dans le Michigan, Jim Harrison avait prévenu Crumley de mon arrivée et il m’a accueilli à l’aéroport à peu près comme on accueille un furoncle. Il n’était manifestement pas d’humeur à cornaquer un journaliste français, mais il avait quand même eu la grâce de me présenter Bob Reid qui m’avait présenté James Welsh qui m’avait présenté… tout simplement la communauté des écrivains de Missoula qui allaient devenir une des belles découvertes et un beau filon d’amis pour Étonnants Voyageurs.

Pour en revenir à Crumley, autant dire que j’ai eu un mal fou à apprivoiser la bête. Il me fascinait, mais il m’impressionnait tant que j’ai failli renoncer. J’avais réussi à ce qu’il me choisisse comme éditeur français, pas besoin de pousser le défi jusqu’à essayer d’en faire un ami.

Et puis, en 1995, nous l’avons invité aux Étonnants Voyageurs et il ne s’en est jamais remis. Littéralement. Le festival fêtait les cinquante ans de la Série Noire et Big Jim s’est retrouvé au milieu d’invités si prestigieux et dans une manifestation littéraire si différente de tout ce qu’il aurait pu imaginer que, pour la première fois, j’ai vu tomber ses défenses. Le tough guy qui se pensait si dur à impressionner s’est soudain rendu compte qu’il avait enfin été convié parmi ses pairs dans un lieu où leurs talents les rendaient tous égaux.

Depuis, il est revenu pratiquement tous les ans et je me souviendrai toujours de son regard émerveillé, un vrai regard de gosse, quand il a reconnu Thor Heyerdahl, debout à côté de lui dans le hall de l’hôtel. « Bon Dieu, a-t-il soufflé, j’adore ce type depuis mes douze ans. »

Je crois bien que ce coup-ci, on l’avait vraiment impressionné.

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