GRAS Cédric

France

9 avril 2018.

Écrivain géographe, ou plutôt écrivain de la géographie, ce baroudeur érudit a choisi de voyager pour connaître le monde. Le terrain de jeu favori de Cédric Gras ? La Russie. Amoureux des confins, il a exploré cet extrême orient avec passion jusque dans les endroits les plus reculés, avalant les kilomètres à pied, en stop ou en train. Dans son nouveau livre Saisons du voyage, Cédric Gras revient avec gourmandise sur quelques-unes de ses tribulations, et s’interroge : qu’est-ce qui fait le départ ? Qu’est devenu le voyage au 21e siècle, à l’heure d’une planète métamorphosée par le progrès et rétrécie par les communications ?

 

Géographe et fou de voyages, Cédric Gras est un amoureux des confins russes qu’il explore avec passion jusque dans les endroits les plus reculés, avalant les kilomètres à pied, en stop ou en train.

Encore étudiant à Paris, Cédric Gras se prend de passion pour la géographie. Mais il délaisse rapidement cartes et livres, préférant parcourir les réalités du monde lors de voyages et expéditions au long cours. Il visite une quarantaine de pays, de Montréal à Pondichéry, avant qu’un accident d’alpinisme ne le contraigne à choisir une vie plus "rangée" - selon l’aventurier qu’il est… Après une année à Omsk en Sibérie, il s’installe dans l’atmosphère cosmopolite de Vladivostok pour prendre la direction de l’Alliance française nouvellement créée. Il apprend le russe et entreprend une thèse de doctorat intitulée L’Extrême-Orient russe et les Russes d’Extrême-Orient : les conditions d’un établissement durable.

En 2012, toujours avide d’aventures inédites, il accompagne Sylvain Tesson sur les traces de la retraite de Russie, 200 ans après la Bérézina des grognards de Bonaparte. Une épopée rocambolesque avec un ami de 10 ans, lui aussi écrivain, grand voyageur et russophile, pour laquelle ils ont parcouru 3500 kilomètres sur un side-car de fabrication soviétique entre Moscou et Paris : Cedric Gras dans le panier au ras du sol, avec Sylvain Tesson au volant de la moto, traversant les steppes gelées sur leur monture brinquebalante !

L’année suivante paraît Au Nord, c’est l’Est, récit fascinant dans lequel il invite le lecteur à envisager que le Nord russe se situe en réalité… à l’Est ! Pour écrire cet ouvrage, Cédric Gras a une nouvelle fois parcouru des milliers de kilomètres, redécouvrant ces territoires austères et reculés que peuplent encore quelques habitants isolés. De la Carélie au fleuve Amour, de la Crimée à la mer du Japon, des immenses steppes de Mongolie à Magadan, Cédric Gras nous entraîne à la rencontre de ces archipels humains de la Sibérie Orientale que le pouvoir exploite à coups de décrets depuis l’époque soviétique… Un recueil de douze nouvelles à peine publié, Le Cœur et les Confins, nourri par ses aventures à travers le globe, le revoilà en 2015 avec un nouveau récit de ses voyages en Russie, L’hiver aux trousses. Voyage en Russie d’Extrême-Orient. D’une plume précise et traversée de fulgurances poétiques, l’écrivain-voyageur-diplomate y multiplie les considérations sur cette énigmatique Russie qui le fascine tant, tout à la fois patrie de Poutine et de Tchékhov.

Terminant ces périples russes à l’automne 2013, Cédric Gras quitte alors cet extrême orient qu’il a arpenté avec passion pour passer à l’Ouest, comme tant de Russes avant lui. Il s’établit en Ukraine où il dirige l’Alliance française de Donetsk, contraint de la fermer en catastrophe quelques mois plus tard… Les révoltes éclatent dans les grandes villes, Maidan se soulève à Kiev, la guerre fait bientôt rage dans le Donbass. Alors qu’il finit tout juste de publier ses deux précédents ouvrages, le voilà déjà aux prises avec la matière d’un nouveau livre ! Ainsi né quelques années plus tard le premier roman de Cédric Gras Anthracite (2016), une épopée contemporaine entre guerre civile et mines d’anthracite dans l’Ukraine survoltée de l’hiver 2014.

En 2017, le géographe globe-trotter venait nous rendre visite pour La mer des cosmonautes, récit de son expédition de trois mois à bord du brise-glace russe qui ravitaille les polyarniks : des hommes qui consacrent leurs vies à l’étude des pôles, dont la renommée était comparable à celle des cosmonautes pendant la guerre froide. Rare observateur étranger à avoir pu embarquer à bord de l’Akademik Fedorov, La mer des cosmonautes est un document précieux, dans lequel l’auteur nous laisse entrevoir les vestiges d’un mythe russe fondateur.
Dans son nouveau livre, Saisons du voyage, Cédric Gras revient avec gourmandise sur quelques-unes de ses tribulations, du Tibet à l’Albanie en passant par toute l’Eurasie. Surtout, il s’interroge sur la notion de voyage dans le monde contemporain : « Je voulais voir le monde autant que m’en échapper. Je suis parti, moi aussi, aiguillonné par l’esprit d’aventure – on n’était déjà plus explorateur. (…) Mais à quoi bon poursuivre désormais des fantômes, dans les confettis de forêts vierges pixellisées par Google Earth ? » Qu’est-ce qui fait le départ ? Qu’est devenu le voyage au 21e siècle, à l’heure d’une planète métamorphosée par le progrès et rétrécie par les communications ?


Bibliographie :

 

DERNIER OUVRAGE

 

Saison du Voyage

Stock - 2018

« Le voyage est d’abord rêvé. Il le reste et je l’ignorais. Je voulais voir le monde autant que m’en échapper. Je suis parti, moi aussi, aiguillonné par l’esprit d’aventure – on n’était déjà plus explorateur – et ses chantres. Quand il restait des mystères sur Terre. Les classiques de la littérature de voyage m’ont fait halluciner les yeux grands ouverts. Mais à quoi bon poursuivre désormais des fantômes, dans les confettis de forêts vierges pixellisées par Google Earth ? »
C. G.

Qu’est-ce qui fait le départ ? Partir, fuir, rêver, s’échapper. Cédric Gras, qui appartient de livre en livre à ces écrivains-voyageurs, sans cesse partis pour mieux revenir, nous relate quelques-unes de ses tribulations, du Tibet à l’Albanie en passant par toute l’Eurasie. Les hautes solitudes en guise de bout du monde, les rencontres en partage d’un fragment de vie, l’apprentissage d’une langue comme plus belle exploration, ce qui fait sa sensibilité à l’ailleurs.

Les Saisons du voyage sont celles que l’auteur talonne, l’automne, le printemps, mais aussi celles qui ne reviendront pas, qu’il traverse sans nostalgie, mais dans la conscience d’un passé qui ne l’a pas attendu. Les lieux et les hommes ont changés, le rapport au temps aussi. Pour les jeunes générations, l’initiation au monde se fait à travers une planète métamorphosée par le progrès, la politique et la démographie, rétrécie. Qu’est devenu le voyage au xxie siècle ?