Prix Nobel 2008 : un hommage à la littérature monde

25 octobre 2008.
 

On n’invente rien, c’est ce qu’en dit le journaliste Boyd Tonkin dans le quotidien The Independent, repris par Courrier International, en titrant le 10 octobre dernier : J.M.G. LE CLÉZIO, PRIX NOBEL 2008 - Eloge de la littérature-monde  !
C’est également le sentiment que partageait la salle comble qui assistait, lors du festival Etonnants Voyageurs d’Haïfa, à la projection du très beau portrait qu’Antoine de Gaudemard a consacré à l’auteur d’Onitsha ou du Livre des fuites
JMG Le Clézio lui-même achève de confirmer cette idée dans un entretien accordé à L’Express, rappelant avec enthousiasme qu’il a signé le Manifeste pour une littérature monde « plutôt deux fois qu’une ! » et que c’est « grâce à cette « littérature-monde » que la langue française peut encore faire entendre son message. »

L’Académie du prix Nobel a souhaité récompenser en JMG Le Clézio un « écrivain de la rupture, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, l’explorateur d’une humanité au-delà et en-dessous de la civilisation régnante. »
Un écrivain des marges, donc. L’autobiographie nourrit son imaginaire, ne versant pourtant jamais dans l’auto-fiction. Le monde habite ses romans sans que l’on puisse vraiment parler de récit de voyage. Un écrivain engagé, dénonçant l’exploitation et la misère, mais discret sur la scène médiatique. Une figure de rêveur, un poète traversant les limbes de son époque, un arpenteur d’espaces. Toujours lucide, parfois complexe, mais séduisant et attentif toujours. Simple en un sens. Juste.
JMG Le Clézio est le premier Prix Nobel de littérature français depuis Gao Xingjian en 2000. Ami du festival, il nous a rendu visite plusieurs fois à Saint-Malo, Etonnants Voyageurs se réjouit de cette distinction accordée à une oeuvre tournée vers le monde, "soucieuse de le dire"...

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Chanson bretonne

Gallimard - 2020

Ce livre évoque des souvenirs de séjours réguliers que Le Clézio a passés dans la ville de Sainte Marine, à l’embouchure du fleuve Odet, dans le Finistère, lors de son enfance entre 1948 et 1954. Bien que l’auteur se défende de respecter une chronologie, le texte poursuit néanmoins l’ordre de la mémoire, allant de l’enfance vers la maturité. Le lieu de Sainte Marine est placé sous le signe de la mère. La Bretagne, et particulièrement le pays bigouden, que Simone Le Clézio aimait par dessus tout, ce pays où elle a reçu la demande en mariage de son père, ou elle a accouché de son frère et où elle est revenue se réfugier trois mois après la naissance de l’auteur à Nice, à cause de la seconde guerre mondiale. Au fil des chapitres, qui sont présentés comme des « chansons », le narrateur fait revivre une époque où Sainte Marine n’avait pas encore été arraisonnée par les boutiques, les carrefours giratoires, ni les bistrots en tout genre… À travers ces « chansons », l’auteur propose un vrai récit sur son enfance en Bretagne, qui s’enrichit également d’une réflexion plus large sur les changements de la géographie bretonne. Malgré son dépit face à ces bouleversements, Le Clézio ne cultive pas le goût de la nostalgie, car pour l’auteur « la nostalgie n’est pas un sentiment honorable ». Son intention est plutôt de rendre compte de la magie ancienne dont il fut le témoin, par les mots empruntés à la langue bretonne et les motifs d’une nature magnifique. Le texte est bercé par une douceur pastorale, qui fait vibrer les images des moissons en été, la chaleur des fêtes de nuit à Sainte Marine ou la beauté simple d’un verger en fleur – autant une ode à la campagne éternelle que la réminiscence de souvenirs intimes.