Vendredi 21 mai : les lycéens et apprentis bretons !

20 mai 2021.

Ce 21 mai ce sont les lycéens et les apprentis bretons qui ont découvert en avant-première le festival. Au programme : rencontres littéraires et projection documentaire.

 

Cette année, nous avons proposé aux classes de travailler sur un thème cher au festival depuis de nombreuses années et qui fait écho à notre volonté de promouvoir une littérature-monde en français : l’Afrique en mouvement ! En mouvement car l’Afrique contemporaine est riche d’une Histoire multiple : exploration, colonisation, esclavage, indépendance… Née dans le tumulte et le chaos, mais avec une formidable énergie, elle met à mal nos discours convenus et inspire écrivains, poètes, réalisateurs. Son nouvel espace romanesque n’est plus, sur place, celui du village, de la répétition du discours anticolonialiste, du mythe d’une Afrique à retrouver, de la tradition. Dès lors, quelles représentations de l’Afrique la littérature peut-elle véhiculer ? C’est tout à la fois l’imaginaire de l’exil qui se construit, mais aussi celui de la ville, monstrueuse, hybride, tentaculaire, où s’expérimentent également, mais d’une autre manière, métissage et multiculturalisme, et où se met en place un univers créole. Et le retentissement du film Black Panther, métaphore d’une lutte pour les droits civiques, nous prouve que cela ne fait que commencer ! Il fut ainsi ainsi question pour les élèves de réfléchir à toute une palette de sujets passionnants et essentiels à l’heure où notre actualité nous amène à repenser notre lien à autrui : sport et solidarité, ethnicité, luttes historiques, éducation, pouvoirs de la littérature…

Après s’être plongées dans la lecture d’un des quatre romans au programme, une vingtaine de classes bretonnes se sont donnés virtuellement rendez-vous le vendredi 21 mai pour présenter aux auteurs leur carnet de bord, et surtout entretenir des échanges passionnants ! La rencontre fut retransmise en direct par visioconférence pour les classes bretonnes.

Les auteurs :
Sylvain Prudhomme (Les grands, Éditions Gallimard)
Scholastique Mukasonga (Notre- Dame du Nil, Éditions Gallimard)
Kaouther Adimi (Nos richesses, Éditions du Seuil)
Mohamed Mbougar Sarr (Terre ceinte, Éditions Présence Africaine)

LE CAFÉ LITTÉRAIRE

En visioconférence avec les auteurs, une rencontre préparée depuis des mois où les classes ont pu débattre sur le livre étudié et présenter le carnet de bord littéraire et artistique qu’elles ont concocté…

LA PROJECTION

Les classes de lycées ont également assisté à la projection du film documentaire Talking about trees de Suhaib Gasmelbari.

Ibrahim, Suleiman, Manar et Altayeb, cinéastes facétieux et idéalistes, sillonnent dans un van les routes du Soudan pour projeter des films en évitant la censure du pouvoir. Ces quatre amis de toujours se mettent à rêver d’organiser une grande projection publique dans la capitale Khartoum et de rénover une salle de cinéma à l’abandon. Son nom ? La Révolution...

Cette journée autour du thème "L’Afrique en mouvement" n’a pas manqué d’éveiller les consciences et a permis aux lycéens et apprentis bretons une belle découverte du festival, en avant-première !

 

DERNIER OUVRAGE

 
Nouvelles

Les Orages

Gallimard - 2021

« Lorsque j’ai rencontré Ehlmann, il était debout sur le bord de la route, sa voiture garée en catastrophe sur la bande d’arrêt d’urgence, feux de détresse allumés. J’ai vu qu’il souriait, que tout son visage était tordu de larmes et de rires à la fois, j’ai pensé qu’il était fou. »

Avec Les orages, Sylvain Prudhomme explore ces moments où un être vacille, où tout à coup il est à nu. Heures de vérité. Bouleversements parfois infimes, presque invisibles du dehors. Tourmentes après lesquelles reviennent le calme, le soleil, la lumière.

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

De purs hommes

Philippe Rey / Jimsaan - 2018

Tout part d’une vidéo virale, au Sénégal, où on voit le cadavre d’un homme être déterré puis traîné hors d’un cimetière par une foule. Dès qu’il la visionne, naît chez Ndéné Gueye, jeune professeur de Lettres déçu par l’enseignement et fatigué de l’hypocrisie morale de sa société, un intérêt voire une obsession pour cet événement. Qui était cet homme ? Pourquoi avait-on exhumé son corps ? À ces questions, une seule réponse : c’était un goor-jigéen, un « homme-femme ». Autrement dit, un homosexuel : péché ultime, faute absolue dans un pays où la religion régit les moeurs et les rapports sociaux.

Les discussions de Ndéné avec son entourage – son amante, Rama, bisexuelle assumée et libre ; son père, imam, garant des valeurs religieuses – et certaines de ses rencontres – Maniang Niang, un travesti, brillante étoile du folklore local ; Demba, un jeune serveur – contribuent peu à peu à lui faire comprendre, dans un contexte social de plus en plus nerveux sur le sujet, la réalité de la condition des homosexuels au Sénégal.

Ndéné se met à la recherche du passé de l’homme déterré de la vidéo, et va même rencontrer sa mère qui lui révélera les causes profondes de son intérêt pour cet inconnu. Alors qu’autour de lui les suspicions et les rumeurs naissent, Ndéné tente d’affronter la seule grande question qui vaille à ses yeux : comment trouver le courage d’être pleinement soi, sans se trahir ni se mentir, quel qu’en soit le prix ?

 

DERNIER OUVRAGE

 

Les petits de Décembre

Seuil - 2019

C’est un terrain vague, au milieu d’un lotissement de maisons pour l’essentiel réservées à des militaires. Au fil des ans, les enfants du quartier en ont fait leur fief. Ils y jouent au football, la tête pleine de leurs rêves de gloire. Nous sommes en 2016, à Dely Brahim, une petite commune de l’ouest d’Alger, dans la cité dite du 11-Décembre. La vie est harmonieuse, malgré les jours de pluie qui transforment le terrain en surface boueuse, à peine praticable. Mais tout se dérègle quand deux généraux débarquent un matin, plans de construction à la main. Ils veulent venir s’installer là, dans de belles villas déjà dessinées. La parcelle leur appartient. C’est du moins ce que disent des papiers « officiels ».

Avec l’innocence de leurs convictions et la certitude de leurs droits, les enfants s’en prennent directement aux deux généraux, qu’ils molestent. Bientôt, une résistance s’organise, menée par Inès, Jamyl et Mahdi.

Au contraire des parents, craintifs et résignés, cette jeunesse s’insurge et refuse de plier. La tension monte, et la machine du régime se grippe.

A travers l’histoire d’un terrain vague, Kaouther Adimi explore la société algérienne d’aujourd’hui, avec ses duperies, sa corruption, ses abus de pouvoir, mais aussi ses espérances.


Revue de presse

« Dans son nouveau roman, de prime abord sans prétention, dont on ne tarde cependant pas à apprécier la profondeur. » LE TELEGRAMME

« Hommage subtil à un sport qui a fait vibrer tant de gens, le récit donne également une voix à toutes les générations de l’Algérie d’aujourd’hui. » FRANCE CULTURE

« Avec Les Petits de Décembre, Kaouther Adimi relate une révolte d’enfants face à deux généraux algériens. Réjouissant. »L’EXPRESS

« Tout ce qu’écrit Kaouther Adimi porte la marque de cette décennie qui a ensanglanté le pays de son enfance. » LE FIGARO

 

DERNIER OUVRAGE

 
Littérature jeunesse

Kibogo est monté au ciel

Gallimard - 2020

Il s’agit là d’un roman plein de péripéties, situé en terre d’Afrique, dans l’ancien Ruanda, à l’époque où les pères missionnaires ont implanté la foi chrétienne dans des populations jusqu’alors adonnées aux pratiques païennes.Le roman est divisé en trois parties : « Ruzagayura », un nom qui désigne la grande famine ; « Akayézu », ainsi nommé par un père avisé, entré au grand séminaire et qui en sera chassé par les religieux en raison de sa conduite extravagante (il s’agit en fait de soins qu’il a donnés à une enfant, la sauvant ainsi de la mort, ce que les villageois éberlués interprètent comme une résurrection et les pères, outrés, comme un sacrilège). La légende veut qu’Akayézu, qui un jour disparaît, ait été enlevé, comme Kibogo avant lui (ou comme le Christ et la Vierge, Enoch et Elie), du haut d’une montagne au milieu d’un nuage. La troisième partie est intitulée « Kibogo » et forme une unité avec les deux autres.Kibogo est l’un de ces Abatabazi, ou « Sauveurs », en général un prince ou un haut personnage, qui, pendant les guerres et les périodes de calamités, telles les famines, se sacrifiaient à la demande des devins de la cour royale pour « sauver » le Ruanda - un mythe bien implanté dans la tradition ruandaise. L’histoire prend forme dans les esprits, mêlant les deux personnages mythiques, Akayézu et Kibogo ; elle est fermement condamnée par les « padri », qui voient là l’inspiration de Satan. Mais les conteurs de la nuit n’en colportent pas moins les mots enchantés et les péripéties extraordinaires. Ce syncrétisme, nous dit l’auteur, constituait une forme de résistance à l’acculturation du peuple par les missionnaires lors de la colonisation.Le récit de Mukasonga est vivant, plein d’humour et de fraîcheur, il se lit bien. La critique de l’action missionnaire n’est jamais directe ni lourde, elle passe par le rire (l’auteur, très consciente de sa méthode, explique que, à son sens, le tragique inclut le rire). Certes, il s’agit de légendes africaines et leur exotisme pourrait nous éloigner des événements racontés ou des personnages. Or il n’en est rien. Des parallèles apparaissent constamment entre l’histoire chrétienne – ici racontée et déformée de façon comique par les gens du lieu – et les légendes ruandaises encore si vivaces. Ainsi, qui est vraiment monté au ciel, de Kibogo, le fils de roi, ou du Yézu des missionnaires ? Tels qu’ils sont ménagés, ces rapprochements ne manquent pas de saveur.