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2006-2007 - L’Orient, les épices et le Manifeste / Le Grand Tournant #2

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Extrait de L'Inde des jours et des hommes de Dominique Rabotteau et Cécile Clochevet projeté en 2007

2006 : l’Orient arrive

Orient-Occident : demain le grand affrontement ? Ou la promesse d’un dialogue, d’une pollinisation croisée – quand la Terre, enfin, devient ronde ? Tous, préparant cette édition, nous avons été fascinés, enthousiasmés, bluffés par l’énorme bouillonnement créateur de cet Orient nouveau, la prolifération d’artistes, de cinéastes, d’écrivains novateurs. Un monde à découvrir. Duong Thu Huong, F. Cheng, A. El Aswany, Gao Xingjian, Natsuki Ikezawa, Pankaj Mishra, Mo Yan, Atiq Rahimi, Shashi Tharoor, Wang Anyi, Spojmaï Zariab, Traun Tejpal, Qiu Xiaolong, Vijay Singh, Vikas Swarup, Yoko Tawada, Aziz Nehofta, Anna Moï, Hassan Massoudy, Charid Majdalani, Ha Jin, Rattawut Lapcharoensap, Chahdortt Djavann, Khadija Al-Salami, Stella Baruk, Chieh Chieng, Seyhmus Dagtekin, Rana Dasgupta : du Maroc à la Chine, l’Orient que nous voulions célébrer cette année-là nous parlait d’abord des bouleversements en cours.


2007 : un nouveau festival

S’ajoutait ce que nous avions accompagné, peut-être précipité, à Bamako – et ce « nous » inclut les écrivains eux-mêmes, membres de la famille, acteurs de l’aventure –, l’émergence d’une génération en phase avec ces mutations et qui allait le faire savoir spectaculairement, quelques mois plus tard…
Comme si tout ce que nous avions mis en place année après année se rassemblait en une figure nouvelle. Cette world fiction dont nous explorions les facettes depuis nos débuts, voilà qu’elle se trouvait reprise dans l’espace français. Le « Manifeste pour une littérature-monde en français », né d’une rencontre avec Jean Rouaud dans l’été, rédigé dans l’automne à Bamako et signé par quarante-quatre écrivains, marquait ce tournant, accentué par la publication d’un livre manifeste chez Gallimard : les choses enfin bougeaient, après des années de glaciation.


Le Manifeste au cœur des débats

Le festival bougeait lui aussi : un nouveau pôle consacré à l’aventure, à la mer, au voyage, était ouvert tandis que les cinq salles du Vauban devenaient le cœur d’un festival géant du cinéma pour une nouvelle respiration : six cents heures de programmation, trois cents rencontres, deux cent cinquante écrivains, cinéastes, dessinateurs, photographes venus de cinquante pays. Le Manifeste, publié dans les colonnes du Monde, avait suscité de vives réactions, comme si le « milieu » se trouvait piqué au vif de voir tant d’écrivains rejeter la prééminence des littératures formalistes, mais dans le reste du monde il trouvait un écho considérable : la quasi-totalité des départements d’études francophones de par le monde mettaient le Manifeste à leur programme, tandis que se multipliaient colloques et publications. Tout le festival, cette année-là, allait bruisser des débats sur cette littérature-monde et sur le retour de la fiction.


Après Mabanckou, Martinez…

Ce prix Ouest-France-Étonnants Voyageurs était né, décidément, sous une bonne étoile, qui allait pour sa deuxième année en 2006 à Olivier Maulin pour En attendant le roi du monde, et, en 2007, au roman d’une inconnue, Carole Martinez, Cœur cousu, qui avait été manqué par la critique, et qui devait connaître un succès phénoménal, après notre prix, en en raflant une dizaine d’autres dans les mois qui suivirent.


Toutes les saveurs du monde avec Olivier Rœllinger

Cuisine et littérature : deux manières, l’une avec les produits, l’autre avec les mots, d’inventer, d’exalter le poème du monde. Deux manières d’en dire les inépuisables saveurs… L’histoire du voyage bruisse de mille récits qui n’en finissent pas de nous faire rêver, sur l’extraordinaire circulation des produits, et c’est la tête pleine de ces histoires, de ces odeurs, de ces saveurs, qu’Olivier Rœllinger s’est imposé à Cancale comme un des grands chefs d’aujourd’hui. Il était écrit que nous devions nous rencontrer pour un nouveau chapitre du festival, fait de rêves gourmands, de mets et de mots.

Pourquoi j’apporte ma cuillère à Étonnants Voyageurs
par Olivier Rœllinger

J’ai eu la chance de naître dans une malouinière bâtie par une famille de chasseurs d’épices : les Heurtaux de Bricourt.

À Saint-Malo, l’enfant que j’étais a gardé, peut-être un peu plus que d’autres, les yeux rivés vers le large, rêvant d’improbables voyages, imaginant d’autres rives et d’autres soleils. Mes rêves d’enfant embaumaient la vanille, la cannelle, la muscade et le benjoin. Ces épices sont devenues le trésor d’un imaginaire bercé par le rêve de ces « étonnants voyageurs » bretons, marins, savants, explorateurs, écrivains. La cuisine m’a permis de traduire cette mémoire et cette culture de port en utilisant comme une ponctuation la gamme des épices qui, à l’image d’une palette aromatique, s’est élargie au gré des découvertes et des émerveillements.

Depuis le XVe siècle, la grande aventure culinaire occidentale est maritime. Depuis le XVe siècle, la cuisine française est métisse. Ce dialogue lentement a pris corps en s’écrivant sur la partition des épices, reflet de notre vision du monde. Fade, craintif et sédentaire, c’est le monde immobile, amer et renfermé, conservateur, traditionaliste ; relevé, chaleureux et nomade, c’est le monde que l’on embrasse à bras-le-corps, fait d’échanges et de générosité.

Aujourd’hui les grands cuisiniers européens sont ceux qui écrivent l’histoire de leur présent avec toutes les saveurs du monde.


Le prix Étonnants Voyageurs Étonnants
Sorj Chalandon

© Roberto Frankenberg

Dix lycéens autour d’une grande table. Filles et garçons de quinze à vingt ans, à la fois ravis et inquiets d’être là. Ravis, parce que leurs lettres ont été choisies parmi des dizaines d’autres pour composer le jury du prix Ouest-France-Étonnants Voyageurs. Inquiets, parce qu’ils réalisent soudain l’importance de leur présence. Ils ne se connaissent pas encore. S’observent en secret, attendent que la première parle ou que le premier se dévoile. Bientôt, très vite, ils seront de véritables jurés. Défendant un livre avec force, égratignant un autre avec vigueur, s’emparant d’une histoire, rejetant un personnage ou regrettant une fin. Mais pour le moment chacun ressemble au timide écolier de septembre. Cette minute est de pure grâce. À hauteur de l’instant où le romancier primé entre sous les vivats, fêté par ce jury d’enfants.

Avant que les lycéens n’ouvrent les livres, l’encadrement « adulte » du prix sélectionne des dizaines d’ouvrages publiés à la rentrée de janvier. Hervé Bertho, rédacteur en chef de Dimanche Ouest-France, Michel Le Bris, écrivain, fondateur et directeur du festival Étonnants Voyageurs, Mélani Le Bris, directrice adjointe, et des auteurs (Yahia Belaskri, Jean-Marie Blas de Roblès, Léonora Miano, Alain Dugrand, Jean Rouaud, Carole Martinez, Sami Tchak) débattent de leurs coups de cœur. Resteront dix livres qui seront soumis aux lycéens. Et cette fois, les « adultes » se taisent. Plus un mot. La parole est aux jeunes. Aux jeunes seuls, la décision. Ce sont eux qui ont choisi Lola Lafon l’année dernière. Et Carole Martinez avant elle, et Alain Mabanckou. Cette distinction est le fruit de leur travail, de leur volonté et de leur passion. Bouleversante pour l’auteur et historique aussi pour chaque membre du jury. Arrivés en lecteurs à la grande table, ils la quittent en amoureux de la littérature

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