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2005 - Tohu-Bohu planétaire et festival du film / Le Grand Tournant #1

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Les villes fantastiques de François Schuiten / Affiche édition 2005

« Le plus grand écrivain néerlandais vivant est… marocain d’origine, Abdelkader Benali, dont le dernier roman, écrit en néerlandais, est un pur chef-d’œuvre. »

Quelle meilleure manière de fêter ses quinze ans d’existence que de se tourner résolument vers l’avenir – et vers le monde entier ? « Étonnants Voyageurs à l’heure de la littérature-monde ! » annoncions-nous. Nous avions passé l’année en lectures, à sélectionner trente-sept jeunes écrivains des quatre coins de la planète que nous estimions de futurs « grands ». Qu’annonçaient-ils des voies empruntées par ces littératures ? La venue des modèles standardisés du « village global » ? Des replis identitaires en réaction à la mondialisation en marche ? Ce voyage en littérature avait été revigorant – car elles étaient prodigieusement vivantes, ces littératures, avides de dire le monde. D’aujourd’hui. Métissées, colorées, polyglottes, où se brassaient, se télescopaient, se heurtaient les cultures des cinq continents.

L’effervescence était telle que la liste aurait pu être considérablement allongée. Mais trente-sept auteurs à découvrir, cela nous paraissait déjà bien !

Victor Alamo de la Rosa, Ibrahim Al-Koni, Abdelkader Benali, Bi Feiyu, Nicholas Blincoe, Marica Bodrožić, Bernardo Carvalho, Asli Erdogan, Percival Everett, Michel Faber, Sherko Fatah, Libar Fofana, Andreï Guelassimov, Romesh Gunesekera, Hugo Hamilton, Aleksandar Hemon, Radhika Jha, Ma Jian, Thom Jones, Andreï Kourkov, Hari Kunzru, Alain Mabanckou, Perihan Magden, Bruce Murkoff, Alexandre Najjar, Nimrod, Atiq Rahimi, Elwood Reid, Luiz Ruffato, Tabajara Ruas, Akhil Sharma, Karla Suarez, Su Tong, Hitonari Tsuji, Nury Vittachi, Abdourahman Waberi, Brad Watson : venus du Japon, d’Inde, de Chine, du Sri Lanka, d’Afrique, des deux Amériques, d’Europe, des mégapoles de Bombay, d’Istanbul, de Londres ou de Rio, du désert de Libye comme de l’Amazonie : un raz-de-marée, bousculant repères et certitudes. « Depuis quinze ans, nous pouvons dire que nous ne nous sommes pas souvent trompés dans nos choix. Faisons le pari qu’il en ira de même aujourd’hui », annoncions-nous, un rien présomptueux. Dix ans se sont écoulés depuis, et je crois en effet que nous ne nous sommes pas beaucoup trompés, cette année-là.


Tohu-bohu planétaire

Le plus grand écrivain néerlandais vivant est… marocain d’origine, Abdelkader Benali, dont le dernier roman, écrit en néerlandais, est un pur chef-d’œuvre. On disait la littérature allemande éteinte, écrasée sous le poids d’une génération de géants ? On la découvre en pleine renaissance. Mais ses auteurs phares sont d’origine irakienne (Sherko Fatah), croate (Marica Bodrožić), turque (Feridun Zeimoglu), russe (Vladimir Kaminer), hongroise (Zsuzska Ban). Évoquez Londres aujourd’hui et vous réunissez Ma Jian (Chine), Akhil Sharma (Inde), Hari Kunzru (Inde), Romesh Gunesekera (Sri Lanka), Kazuo Ishiguro (Jamon), Monica Ali (Pakistan) et Zadie Smith (Jamaïque). Et vous trouverez le même télescopage de cultures à Toronto ou à New York. Tous ces auteurs apparaissent comme les créateurs et les produits d’un nouvel ordre international. Un séisme dont nous avions déjà esquissé les contours en 1993 lors de l’édition « World fiction ». Dix ans après : un raz-de-marée. Dont quelques lignes de force surprendront peut-être.

La première : l’occidentalisation du monde est faite. Tous ces jeunes se revendiquent du monde entier, ont lu toute la littérature mondiale et, particulièrement, les littératures européennes et américaines.

Le deuxième : l’universel télescopage culturel est un thème récurrent des romanciers et pas seulement de ceux exilés – la nouvelle littérature hindoue nous donne à percevoir sur place le formidable accouchement de la modernité.

La troisième : cette occidentalisation du monde est à double détente. Car dès lors que le monde absorbe l’Occident, il le digère, le dissout, le transforme par un processus continu d’hybridation. Et ce qui en ressort n’est plus l’Occident initial mais une irisation de figures nouvelles. Autrement dit, ce à quoi nous assistons est la naissance d’une littérature-monde. Non pas uniforme, comme pouvaient le craindre les chagrins, mais infiniment diverse, au contraire. Et c’est la meilleure des nouvelles.


Alain Mabanckou, premier prix Ouest-France Étonnants Voyageurs

Presque un conte de fées, qui prendra un sens symbolique exceptionnel… Nous avions décidé avec Ouest-France de créer un prix littéraire original : un jury composé essentiellement d’écrivains choisissait dix romans et sélectionnait sur lettres de motivation dix jeunes jurés qui ensuite délibéreraient librement. Le livre couronné avait été Verre cassé d’Alain Mabanckou. Le livre, sorti à l’automne, avait été manqué par la critique. Miracle, auquel la puissance d’impact de Ouest-France n’était peut-être pas étrangère, en sus de celle du festival, le livre revint en librairie, des critiques parurent enfin, le roman traversa l’été, reçut le prix des Cinq Continents, puis manqua de peu le prix Renaudot : sa carrière était lancée. Et Mabanckou, l’année suivante, reçut le prix Renaudot pour Mémoire du porc-épic. Un superbe démarrage pour notre prix, mais aussi un élément décisif dans la revendication d’une « littérature-monde en français »…


Un véritable festival du film

De fiction, mais surtout « documentaire ». Un genre en plein renouveau, aux écritures nouvelles. Avec le même souci que les écrivains : rendre compte de ce qui vient. Ce goût pour les documentaires, annoncés en voie de disparition ou presque il y a quinze ans, nous l’avions senti grandir au fil des ans, dans le public du festival. La palme d’or du Festival de Cannes décernée à un documentaire de l’Américain Michael Moore prenait valeur de signe, même si les raisons de ce choix ne paraissaient pas seulement artistiques. Cinquante-cinq films programmés en 2004 au festival, vingt réalisateurs présents, et une pression croissante de leur part : il était temps d’ouvrir un véritable festival du cinéma avec cent films cette année-là et quarante réalisateurs invités !

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