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J.MG Le Clezio ou le quai des souvenirs, par Sami Tchak

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J.MG Le Clezio ou le quai des souvenirs
Sami Tchak

« Le Clézio, qui a habité (habite), exploré (explore) plusieurs endroits de la Terre, n’est pas un écrivain-voyageur au sens d’un passant, car, lui, il s’enracine partout, dans les êtres, dans les lieux, dans les langues, dans les instants… »

J’avais rencontré J.-M. G. Le Clézio indirectement grâce au festival Étonnants Voyageurs : en 2002, dans le TGV des écrivains parti de Paris pour Saint-Malo, mon éditeur Jean-Noël Schifano me présenta à une femme qui lut ensuite sur ses conseils mon roman Place des Fêtes. C’était Jemia Le Clézio.
Grâce à elle, je fus invité par l’université du Nouveau-Mexique à Albuquerque où elle-même devait m’accueillir. Mais ce fut son mari, J.-M. G. Le Clézio, qui m’attendait à l’aéroport. Il m’emmena d’abord chez lui, puis me fit découvrir sa ville, Albuquerque, à partir de l’Histoire et des histoires, avec des spécialités culinaires aussi autour desquelles, dans les restaurants, il m’offrit des fragments de la culture des Amérindiens. Je pouvais donc me vanter de le connaître un peu au-delà de ses livres avant qu’il n’ait été honoré par le plus prestigieux des prix littéraires. Ainsi, le 4 novembre 2008 à Stockholm, prononçant son discours de réception du Nobel, lorsqu’il avait dit : « Dans les années qui ont suivi la guerre, je me souviens d’avoir manqué de tout, et particulièrement de quoi écrire et de quoi lire », ces mots m’avaient rappelé ceux que j’avais déjà entendus de sa bouche à Dakar, où lui et moi avions été invités en décembre 2005 dans le cadre de la Foire internationale.

Dès notre arrivée à l’aéroport Léopold Sédar Senghor, le soir, il avait exprimé son impatience à se rendre au port au bout du petit matin suivant. Je l’accompagnai à ce qui était en réalité un rendez-vous avec son passé. Un demi-siècle plus tôt, dans le dénuement dû à la guerre, il avait débarqué, avec sa mère, au port de Dakar, sur le même quai. Ce matin-là, regardant les bateaux amarrés, faisant de petits pas, il me parla, avec émotion, de cette expérience (plus tard, je compris combien ces instants avaient été fondateurs pour lui), ce qu’il dira dans son discours du Nobel : « Si j’examine les circonstances qui m’ont amené à écrire, je vois bien qu’au départ de tout cela, pour moi, il y a la guerre (…), celle que vivaient les civils, surtout les enfants très jeunes. Nous avions faim, nous avions peur, nous avions froid. » Lorsque je repense à notre séjour sénégalais, je le revois sur le quai de ses souvenirs. Mais de moi que lui en était-il resté ? Il me le dira en 2014 à Saint-Malo, lors du festival Étonnants Voyageurs : mon petit corps contre le tronc de l’immense baobab que je tentais d’embrasser à Rufisque. Le Clézio, c’est aussi l’homme qui sait rire. Enfin, moi, à Dakar, j’avais touché, en quelques instants, au cœur même de son œuvre, bien enracinée en lui pour mieux être ouverture sur le monde. Dans l’avion de retour, sans lui (à la dernière minute, il avait décidé de prolonger d’un jour ses retrouvailles avec Dakar), je tentai de le cerner et pensai que Le Clézio, qui a habité (habite), exploré (explore) plusieurs endroits de la Terre, n’est pas un écrivain-voyageur au sens d’un passant, car, lui, il s’enracine partout, dans les êtres (Amérindiens…), dans les lieux (forêts…), dans les langues (amérindiennes, asiatiques, africaines…), dans les instants…

En 2009, à Bujumbura, commentant un documentaire sur lui, j’avais estimé aussi que l’auteur de Désert, pour qui « Le Manifeste pour une littérature-monde en français » fut comme une évidence, avait su trouver son unité profonde dans un apparent éclatement territorial. Il me semblait donc inutile de le chercher à ses multiples adresses qui se trouvent toutes dans son questionnement de notre beauté et de nos inquiétudes, dans notre commune humanité.

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