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Luis Sepúlveda, par Anne-Marie Métailié

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Luis Sepúlveda
Anne-Marie Métailié

Avril  1992, samedi matin ensoleillé, quai de la gare Montparnasse, train au départ pour Saint-Malo, j’attends un auteur dont je ne sais que ce qu’il a écrit dans le livre qu’on vient de publier. Une silhouette massive s’avance, grand, corpulent, beaucoup de cheveux très noirs, des cannes et surtout une démarche à la Éric von Stroheim, nous nous regardons et nous savons qui nous sommes. Je le conduis dans le wagon et nous nous présentons, en quelques minutes je sais que nous allons être amis, vraiment amis. Luis Sepúlveda sort de l’hôpital, il a une tuberculose osseuse, il a fui son médecin, il porte un corset, il va tenir le coup pendant trois jours. Les trois jours où va se jouer le destin de son roman Le Vieux qui lisait des romans d’amour. Maëtte Chantrel le présente, je traduis ses réponses, les lecteurs se précipitent, achètent le livre, le dimanche matin les gens l’interpellent dans la rue, le saluent. Et c’est parti, le roman gagne ses premiers lecteurs, à ce jour ils sont deux millions et demi en France. Et pour moi c’est une grande histoire d’amitié qui commence. Luis a toujours un air sombre et absent qui éloigne certains bavards, avant de répondre aux questions il marque un silence et en général cela déclenche la panique de l’interlocuteur. On n’a plus l’habitude du silence.

Dans les mois qui suivent je rêve de lui associer un mot : procrastination. Une intuition fulgurante de ce qui est la marque de cet écrivain capable de vous faire attendre quatorze ans avant de vous remettre le manuscrit promis pour dans trois mois ! Entre-temps il a écrit d’autres textes qu’il envoie toujours par surprise. Et quand vous avez rendez-vous avec lui il est d’une ponctualité germanique.

Dans les années qui suivent il devient une grande vedette dans trente-cinq pays. En Italie dans la rue on l’arrête, lui serre la main, lui dit son admiration avec effusion.

En voyageant avec lui je découvre qu’il adore conduire et qu’il faut le nourrir à intervalles réguliers ou bien il refuse de parler à qui que ce soit et est d’une humeur massacrante. Que par ailleurs il a beaucoup d’humour, on rit beaucoup avec lui. Qu’il a un passé d’aventurier de gauche et cinq enfants de nationalités variées. Qu’il a épousé deux fois, à vingt ans d’intervalle, son amour de jeunesse. C’est aussi un grand cuisinier, quand tout va mal ou tout va bien il réunit ses amis autour d’un asado et d’un bon vin, il est un maître du point de cuisson des différentes viandes grillées qu’il a choisies. Autour de la table Luis raconte des histoires magnifiques, des aventures, des rencontres, des idées. Sur la politique il s’emporte et ne mâche pas ses mots, il n’a rien oublié de l’idéal qui l’a conduit en prison sous Pinochet en 1973.

Luis aime les climats froids et changeants, les paysages du Sud du monde et il est très fier de son adresse chilienne à l’entrée de la Patagonie : Estrada Patagonica km cero (« Route patagonienne km zéro »).

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