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Jacques Meunier, par Pascal Dibie

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Jacques Meunier
Pascal Dibie

Quant un homme a accompli sa vie, il ne reste plus qu’à remonter ses traces à l’envers. Ceci nous donne une impression torse mais assez exacte de l’impossible linéarité de nos vies d’écrivains. Jacques Meunier s’était très tôt décerné un avantage qui lui permettait de franchir les mondes, celui d’« ethnologue défroqué » – façon élégante de se mettre à part et des églises académiques et des écrivains à chapelle pour gagner en liberté de voir et de penser. Sur ses fiches d’hôtel, à la rubrique profession, il écrivait parfois « détective littéraire » , « chasseur de mythes » ou « mythonaute », quoique « touriste » ne lui déplaisait pas, voyager pour son plaisir ayant toujours été son alibi véritable.

Jacques Meunier fut un voyageur dès l’enfance ; il commença par se déplacer de quelques kilomètres aux abords de la forêt de Fontainebleau pour se faire adopter par une autre tribu, et ça lui a réussi. L’étranger proche, c’était son fort. Il savait décrire aussi bien un baobab en quelques lignes qu’un feu rouge en vingt pages, reconnaître une pipe Chipoba chez un fumeur Yanomami et une coiffe Chacobo sur la tête d’un Kashinawa. Jamais il n’a mélangé de yopo avec du vin rouge trop soucieux du goût des choses et des mondes qu’ils véhiculaient. Jouant des temps longs et des temps courts, son nomadisme était autant réel qu’intellectuel.

Cet élève de François Châtelet et de Gilles Deleuze a très vite laissé dans les vestiaires de la Sorbonne le jargon philosophique pour prendre le terrain par les cornes. Après avoir réalisé la liaison fluviale Orénoque-Rio de la Plata dans les années 1970, il est allé rejoindre le monde des « gamins de Bogota ». De cette drôle de quête il a tiré un des ouvrages les plus réussis de l’anthropologie du monde contemporain que les étudiants lisent toujours. En même temps qu’il entreprit mille « voyages sans alibi », « le monocle de Joseph Conrad » bien rivé à l’œil, il s’offrit des anti-voyages mémorables où les pannes et les cannibales sont aussi déroutants que l’utilisation des bananes à quartz, les histoires belges ou les rêveries de Hitler chez les Peaux-Rouges.

On peut reprendre les aventures de Jacques Meunier dans l’ordre que l’on veut, sa poésie excentrique nous entraîne par tranches entières dans des mondes qui ne seront jamais parallèles. Avec On dirait des îles, son dernier livre, il posait l’idée de l’île comme on prendrait un objet bizarre, se demandant : « N’est-elle pas comme le divan du psychanalyste, un endroit qui permet à chacun de rassembler les mille morceaux de son “moi dispersé” ? » il aurait pu tout aussi bien poser la question de savoir s’il y avait des arbres à pain dans les îles Sandwich ?

Bref, Jacques Meunier, arrive toujours par la magie de ses mots et l’habileté de sa plume à nous faire croire que les îles sont des continents, que les cultures qui s’y isolent sont entières et que la Tasmanie est bien un vide-poche où Dieu aurait mis en vrac un assortiment de reliefs et de paysages.

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