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Hommage pour James Welch, par Sherman Alexie

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Hommage pour James Welch
Sherman Alexie

La même année, j’ai perdu mon père biologique, Sherman Alexie senior, et mon père littéraire, James Welch. Ils sont morts à quelques mois d’intervalle. Mon père est mort d’alcoolisme. J’ai beau être un écrivain qui a échappé à bon nombre des fléaux sociaux, économiques et politiques qui pèsent sur ma race et ma culture, cela n’a pas été le cas pour mon père. Et comme nous portons le même nom, cela m’a fait un drôle d’effet.

En écrivant ces mots, j’éprouve des remords, de la crainte et une étrange impression de familiarité. James Welch, lui aussi, était intimement familier des remords et des craintes des Indiens. Dans ses romans comme dans son étonnant recueil de poèmes, Jim écrivait sur les Indiens d’une manière totalement originale.

Il avait eu comme professeur Richard Hugo, l’un des plus grands écrivains enseignants. Il possédait cette ambition, cette colère, cette intelligence, qui lui ont permis de fusionner des traditions différentes, indiennes et occidentales, et en quelque sorte de créer un nouveau genre dans la littérature américaine contemporaine.

Quand j’ai lu pour la première fois les livres de Jim, j’étais tout jeune étudiant à l’université de l’État de Washington, à quelques heures de route à peine du Montana, et j’ai été submergé par l’émotion. J’avais grandi, sur la réserve spokane, avec des gars comme Jim Loney ou comme le narrateur de L’Hiver dans le sang, et je descendais moi aussi d’hommes confrontés à la fin de leur univers comme les personnages de Comme des ombres sur la terre.

À ce moment-là, j’avais déjà lu pas mal de livres, ayant décidé de devenir écrivain, mais je n’avais jamais rien lu qui me fasse l’effet d’être soudain comme ouvert en deux et exposé au reste du monde. J’avais l’impression que Jim connaissait mes peurs et mes secrets honteux mieux que moi-même.

J’imagine que c’est ce que font les écrivains, ils nous font voir l’universel en chacun de nous. Et dans ce petit coin du monde qu’on appelle l’Amérique indienne, Jim est universel. Comme il l’est en France et dans tous les pays où ses livres ont été traduits. Bien entendu, quand des critiques littéraires disent « universel », c’est censé être un compliment. Mais Jim était bien plus qu’universel, il était unique et particulier.

Oui, n’importe qui peut lire ses livres, les aimer et les comprendre, y trouver du sens et en être enrichi. Mais Jim a rendu possible, pour moi et pour beaucoup d’autres écrivains indiens, et pour les Indiens en général, le simple fait d’appartenir à un monde dans lequel nous essayons chaque jour de nous frayer un chemin.

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