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Gilles Lapouge, par Christine Jordis

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© RAPHAEL GAILLARDE

Et s’ennuyer. C’est peut-être cela le voyage.
Christine Jordis

Il arrive en coup de vent, encore tout occupé du travail de la matinée. « Quelle histoire ! Abdallah est mort hier soir, le dixième fils d’un homme qui en a eu cinquante et plus de trente épouses. Cinq pages, j’ai dû écrire cinq pages ce matin. » Depuis 1951, Gilles Lapouge travaille pour un quotidien brésilien sans manquer une journée. Soixante-quatre ans dans le même journal, ce n’est pas banal. « Pas de l’éditorial, mais des commentaires, des chroniques sur ce qui se passe dans le monde. » Un homme de haute fidélité, moins à un journal qu’à une personnalité. Ainsi celle de Maurice Nadeau, fondateur de la Quinzaine littéraire, à laquelle il contribua depuis 1967 jusqu’à la fin, c’est-à-dire la mort de Nadeau en 2013, il avait 102 ans. Nadeau, il l’admirait depuis toujours. À Combat, il lisait ses chroniques « qui faisaient la pluie et le beau temps ». Au Figaro littéraire, Gilles commençait à s’ennuyer, il alla donc trouver Nadeau, et il resta à ses côtés.

« C’est peut-être à cause du Brésil qu’on m’a pris pour un voyageur. Je partais, je revenais. Mais c’est un malentendu, je ne voyageais pas par goût, seulement pour mes fonctions. En fait, je ne suis pas un voyageur. Je l’ai d’ailleurs dit à Michel Le Bris quand il m’a proposé de faire partie de l’équipe. Il m’a répondu : “Ça ne fait rien, tu n’as qu’à t’y mettre.” Et c’est ce que j’ai fait, j’ai été en Islande, comme touriste, et en Inde, envoyé par le gouvernement français… Il fallait bien montrer que j’étais un voyageur. »
Michel, il a fait sa connaissance vers 1969. Il avait contacté Gilles à propos de son livre sur les pirates qu’il avait beaucoup aimé : « Dix ans plus tard, il le rééditait chez Phébus avec une préface magnifique. Il écrivait : "Tout dans ce livre est inexact, mais c’est le plus beau livre écrit sur la piraterie.” Moi, avant même de le connaître, j’aimais ses livres, notamment celui sur le romantisme. Auprès de lui, j’ai rencontré Georges Walter, Jacques Lacarrière, Jacques Meunier, l’homme à la pipe, très décontracté, et Nicolas Bouvier, que je connaissais déjà, pour moi, le plus grand écrivain de voyage, au sens le plus strict du mot : un type qui voyage, mais surtout un grand écrivain. » Des affinités les liaient à Michel, le voyage aussi. « Au fond, nous avons toujours été des compagnons de route. » C’était au début une toute petite équipe. Puis le festival a connu un développement spectaculaire. Ce n’était plus seulement le noyau central des amis, mais des écrivains venus du monde entier pour étonner et fasciner la foule – celle des lecteurs prodigieux dont on se demande s’ils n’ont pas été eux aussi sélectionnés tant ils sont attentifs, motivés, pleins d’ardeur, se bousculant dans des salles toujours combles et dans la librairie qui reste inégalée. Nombre de livres de Gilles y ont pris leur essor. Des livres qui ne racontent pas nécessairement un déplacement sur la carte, mais se situent par leur thème et leur imaginaire dans le champ des Étonnants Voyageurs. Gilles aime à se perdre, le GPS, cette façon de se rassurer, ne le tente pas : « Ce n’est pas que je cherche à le faire, mais je me suis toujours mis en état de me perdre, cela me vient facilement, j’y trouve des bénéfices certains, entre autres avoir peur. Et s’ennuyer. C’est peut-être cela le voyage. »

Un premier jet désordonné, et par la suite un « travail énorme », non pour mettre de l’ordre, mais – plus difficile – pour obtenir le « naturel » : ce naturel littéraire, sophistiqué, qui exclut l’afféterie et l’effet et qui caractérise l’écriture de Gilles. Son dernier essai, L’Âne et l’Abeille (deux animaux qui n’ont en commun, que le rapport amoureux), est un merveilleux exemple de ce mélange d’humour, de sérieux, de tolérance et de douceur qui donne à l’écriture son rythme, comme il exprime une philosophie de la vie.

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