BLAS de ROBLÈS Jean-Marie

France

7 mai 2018.

Parcourant sans relâche un monde dont la Méditerranée serait le centre, Jean-Marie Blas de Roblès, érudit atypique et plein d’humour explore dans son œuvre les cultures méconnues. Depuis son Médicis en 2008 pour le roman-somme Là où les tigres sont chez eux, il a signé plusieurs romans et récits, sans oublier la revue « Apulée" qu’il dirige avec deux compères, H. Haddad et Y. Belakri. En 2017, paraît un roman aux airs d’épopée familiale, inspiré de l’histoire de son père, pied-noir rapatrié en France en 1962. Il nous dévoile tout un pan de l’histoire de l’Algérie, à travers le prisme de l’amour d’un fils pour son père.

 

Jean-Marie Blas de Roblès n’a plus à faire ses preuves dans le domaine de la littérature de voyage depuis Là où les tigres sont chez eux, un roman-somme qui reçoit le prix Médicis et le prix FNAC en 2008. L’exploration de cultures inconnues est toujours centrale dans son œuvre.
Né à Sidi-Bel-Abbès, il connaît très tôt le goût du voyage lorsque sa famille s’installe en France, en Camargue d’abord, puis en Normandie, dans les Vosges, et enfin dans le Var, qu’il quitte pour se rendre à Paris où il étudie la philosophie à la Sorbonne et l’histoire au Collège de France. Ses études brillantes lui laissent malgré tout le temps de parcourir la Méditerranée en voilier.

En 1982, Jean-Marie Blas de Roblès part pour le Brésil et devient enseignant et directeur de la Maison de la Culture Française à l’Université de Fortaleza. C’est à cette période, qu’il publie son premier livre, un recueil de nouvelles errant aux frontières du fantastique et du mystique : La mémoire de riz, qui reçoit le prix de la nouvelle de l’Académie Française, et dans lequel transpire déjà l’érudition sublime de l’auteur et sa fascination devant le mystère du monde. À 27 ans, Jean-Marie Blas de Roblès est salué par le magazine Les Nouvelles Littéraires comme l’un des « grands gnostiques de notre littérature » alors que le Figaro voit en lui « un nouveau roi de la nuit » héritier d’André Pieyre de Mandiargues.

Il est ensuite muté en Chine Populaire, à l’université de Tien-Tsin, où il est le premier à donner des cours sur Sartre et Roland Barthes alors que la Révolution Culturelle s’achève à peine. Affecté ensuite à l’université Palerme, il en profite pour visiter le Tibet sur le chemin du retour vers l’Europe qu’il rejoint via le mythique Transsibérien. Sort la même année son premier roman, L’impudeur des choses, dans lequel il dessine à merveille la beauté monstrueuse du monde. En 1989, il publie un second roman, Le rituel des dunes, hanté, encore et toujours, par l’anamorphose du monde. Puis vient sa dernière affectation, à Taïwan cette fois, auprès de l’Alliance française de Taïpeï. C’est là qu’il commence la rédaction d’un troisième roman dont il sait déjà que la gestation sera longue. Il abandonne alors l’enseignement et voyage toujours plus, se nourrit de la planète : Pérou, Yémen, Indonésie…

En 2008, après avoir passé une décennie à l’écrire, et presque autant de temps avant de trouver un éditeur qui accepte de le publier, Jean-Marie Blas de Roblès sort enfin Là où les tigres sont chez eux. Dès sa publication, ce roman est couronné par le Prix FNAC, le Prix Jean Giono et le Prix Medicis, faisant même partie de la liste du Prix Goncourt. Ce roman d’aventure sur le refus de la modernité mathématique est aussi un roman sur la quête des origines qui recrée le tourbillon de la course du monde, enchevêtre le bal des siècles, mêle les époques, les hommes, les lieux… Une ode à la folie créatrice.

Après un nouveau recueil de nouvelles publié en 2013 et uniquement disponible en numérique, L’Échiquier de Saint-Louis, il publie en 2014 un superbe roman d’aventure qui s’ouvre sur un jeune hacker implantant un virus à une maison d’édition numérique, L’Île du Point Némo. Ce livre allie avec panache le récit de voyage et la littérature.

Jean-Marie Blas de Roblès est responsable de rédaction de la revue Aouras, consacrée à la recherche archéologique dans l’Aurès antique et dirige également la collection Archéologies qu’il a créé chez Edisud et dans laquelle il a publié plusieurs ouvrages de vulgarisation. Membre de la Mission Archéologique Française en Libye depuis 1986, il a participé chaque été aux fouilles sous-marines d’Apollonia de Cyrénaïque, de Leptis Magna et de Sabratha en Tripolitaine ; il dirige actuellement la collection Archéologies qu’il a créée chez Edisud et où il a publié plusieurs ouvrages de vulgarisation. Dans le même cadre d’activités, il est aussi responsable de rédaction de la revue Aouras, consacrée à la recherche archéologique sur l’Aurès antique.

En 2016, il fait partie du comité de rédaction de la revue Apulée avec Hubert Haddad et Yahia Belaskri, publiée chez Zulma. Cette revue littéraire met l’Afrique et la Méditerranée sur le devant de la scène. Le numéro inaugural, Galaxies Identitaires, tente d’en finir avec les enfermements idéologiques, les replis élitistes et les fanatismes aveugles. Il rappelle le rôle de la création et de la réflexion dans le discours sur les identités. Le troisième numéro, La guerre, le monde et la paix, paraît en 2018.

Spécialiste de la Libye, il publie en 2016 un récit qui part sur les traces de l’archéologue et explorateur Jean-Raimond Pacho qui parcourut le pays au XIXe siècle. Ce voyage dans la Lybie antique, riche de ses origines grecques et carthaginoises, met en lumière les récents événements qui ont secoué le pays et permet d’éclairer les conflits actuels.

Il signe aujourd’hui une « saga familiale », inspiré de la vie romanesque de son père, pied-noir rapatrié après l’indépendance de l’Algérie en 1962. Son personnage principal, Thomas Cortès, se retrouve dans un accident en mer ; tout en essayant de se sortir d’affaire, il revient sur l’histoire de son père Michel, immigré espagnol en Algérie pris dans une Histoire qui le dépasse. Roman d’aventure autant qu’épopée familiale, Dans l’épaisseur de la chair évite toute idéalisation et complaisance tout en rappelant que les « pieds-noirs sont les boucs émissaires du forfait colonialiste. » Jean-Marie Blas de Roblès pose un regard à la fois profond et plein d’humour sur l’histoire de son père.


Le site de Jean-Marie Blas de Roblès


Bibliographie

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Dans l’épaisseur de la chair

Zulma Editions - 2017

C’est l’histoire de ce qui se passe dans l’esprit d’un homme. Ou le roman vrai de Manuel Cortès, rêvé par son fils – avec le perroquet Heidegger en trublion narquois de sa conscience agitée. Manuel Cortès dont la vie pourrait se résumer ainsi : fils d’immigrés espagnols tenant bistrot dans la ville de garnison de Sidi-Bel-Abbès, en Algérie, devenu chirurgien, engagé volontaire aux côtés des Alliés en 1942, accessoirement sosie de l’acteur Tyrone Power – détail qui peut avoir son importance auprès des dames…
Et puis il y a tous ces petits faits vrais de la mythologie familiale, les rituels du pêcheur solitaire, les heures terribles du départ dans l’urgence, et celles, non moins douloureuses, de l’arrivée sur l’autre rive de la Méditerranée.
Dans l’épaisseur de la chair est un roman ambitieux, émouvant, admirable – et qui nous dévoile tout un pan de l’histoire de l’Algérie. Une histoire vue par le prisme de l’amour d’un fils pour son père.


Revue de presse