Matinée : Le jour où j’ai basculé

Écrivains, poètes et cinéastes face à la guerre

19 mai 2018.
 

Dénoncer les horreurs de la guerre ? Oui, bien sûr. Qui n’est pas pour la paix ? À ce jeu il n’est que des gagnants, belles âmes, romanciers et idéologues mêlés. C’est même le problème : la guerre, à ce jeu, c’est toujours l‘autre. Mais tenter de dire l’indicible, la vérité de la guerre ? Là commence la vraie, la grande littérature. Celle d’un Shakespeare, d’un Conrad, d’un Dostoïevski. Cela, tous les créateurs le savent – n’est-ce pas leur premier sujet ?

Une matinée «  Le jour où j’ai basculé   »

Au Théâtre Chateaubriand

Le Nigérian Elnathan John (Né un mardi, Anne-Marie Métailié) nous plonge dans le chaos de la société nigériane gangrenée par la violence et l’extrémisme religieux. Le Tunisien Yamen Manai signe avec L’Amas ardent (Elyzad Éditions) une «  fable aux accents voltairiens […], où il nous en apprend davantage sur les pulsions meurtrières des fous de Dieu que bien des discours   » (Paula Jacques). Le Syrien Omar Youssef Souleimane (Le petit terroriste, Flammarion) retrace son adolescence en Arabie Saoudite et l’endoctrinement des salafistes. Et le Danois Carsten Jensen signe La première pierre (Phébus), véritable réquisitoire contre la guerre.
Suivi à 11h30 du film Stronger than a bullet de Maryam Ebrahimi. Fervent partisan de la Révolution iranienne, Saied Sadeghi a photographié la guerre Iran-Irak (1980-1988) au plus près des théâtres d’opérations. Il rêvait d’être un martyr et un grand nombre de ses photos a été détourné à des fins de propagande, comme un appel au martyr. Aujourd’hui, il se sent responsable de la mort de milliers de jeunes gens.
Dimanche dès 10h, Théâtre Chateaubriand

Pour saluer la Revue Apulée

Lectures et rencontres en musique à l’occasion de la parution du nouveau numéro de la revue Apulée — «   Guerre et paix  » — avec les auteurs ayant contribué au numéro. La revue, lancée par Hubert Haddad, entend parler du monde d’une manière décentrée, nomade, investigatrice, avec pour premier espace d’enjeu l’Afrique et la Méditerranée. Avec Hubert Haddad, Jean-Marie Blas de Roblès, Yahia Belaskri, Omar Youssef Souleimane, Colette Fellous, Jean Rouaud et Éric Sarner
Sam. 14h30, Grande Passerelle 2

Fiction, non-fiction

Quelques récits, d’une grande intensité : Les guerres perdues de Youri Beliaev (Grasset), où Pierre Sautreuil, déjà récompensé du prix Bayeux-Calavados des correspondants de guerre, dresse le portrait d’un mercenaire de guerre ukrainien aux multiples vies et s’interroge sur cet «  individualiste absolu  » de la décennie post-URSS. Thierry Cruvellier avec Terre Promise (Gallimard) raconte 27 ans d’histoire de la Sierra Leone à travers ses rencontres et expériences personnelles, ou l’épopée tragique d’un peuple en résilience. L’Indien Anjan Sundaram (Bad News, Marchialy), prix Reuters en 2006, nous entraîne au Rwanda sous la dictature de Paul Kagame, et raconte les réseaux de la peur du pouvoir en place, notamment contre la presse libre.
Lun. 14h, Univers

Guerres des religions

Raphaël Jerusalmy publie La rose de Saragosse, un roman palpitant dans lequel il revient sur la persécution des Juifs d’Espagne par l’Inquisition au XVe  siècle. Un roman humaniste au rythme de polar, qui emprunte les chemins du passé pour «   ouvrir des pistes de réflexions parfaitement actuelles   » (L’Humanité) sur la puissance politique de l’art face à l’intolérance. Après Seul le grenadier qui explore le thème de la vie et de la mort, indissociables dans ce pays où les bombes menacent chaque instant, Sinan Antoon poursuit son exploration de la violence qui s’est emparée de son pays avec Ave Maria (Actes Sud), consacré au sort des chrétiens d’Irak. Le Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr s’attaque à nouveau à l’intégrisme religieux avec De purs hommes et Wilfried N’Sondé dont le très beau Un océan, deux mers, trois continents vient de remporter le prix Kourouma 2018.
Dim. 18h, Univers

Au cœur des ténèbres

Le Danois Carsten Jensen (La première pierre, Phébus) nous plonge dans l’univers violent des forces militaires danoises en Afghanistan. Blaise Ndala (Sans capote ni kalachnikov, Mémoire d’Encrier), raconte la guerre qui gangrène la région des Grands Lacs de sa jeunesse, doublé d’une charge acerbe sur notre monde obsédé par la marchandisation de la misère des pays africains. Alfredo Pita avec Ayacucho (Anne-Marie Métailié) publie “Le” roman de la violence péruvienne des années 80 et 90. Tout à la fois thriller, western, récit ethnographique, le roman politique Timika (Anacharsis) de Nicolas Rouillé explore cette Papouasie occidentale écrasée sous la botte militaire indonésienne, en proie à un saccage écologique et humanitaire sans précédent, si peu connu des médias. Juste et percutant. Tandis qu’Eka Kurniawan, dans Les Belles de Halimunda (Wespieser), retrace l’histoire d’une lignée de femmes maudites et révoltées, dans l’Indonésie aux prises avec la colonisation hollandaise, l’occupation japonaise puis la dictature.

Pierre-Yves Vandeweerd/Antoine Agoudjian : regards sur un monde en guerre

À 16h, projection de Résilience, photographies d’Antoine Agoudjian. Suivie à 16h15, d’une rencontre «   Mémoire et histoire   ». Hanté par la disparition, par la nécessité de donner un visage et une voix aux oubliés du monde, le cinéaste belge Pierre-Yves Vandeweerd construit de film en film une œuvre puissamment originale. Les Éternels est un récit d’errance aux confins du Haut-Karabagh, une enclave arménienne en Azerbaïdjan. Habités par les fantômes du génocide et par la guerre qui y sévit depuis plus de vingt ans, on appelle «   Éternels   » ceux qui souffrent de la mélancolie d’éternité. Convaincus que la mort ne peut avoir raison d’eux, ils se croient condamnés à errer dans l’attente du jour où ils seront libérés de leur existence. Tout le travail d’Antoine Agoudijian est aussi habité par la question de la mémoire. Parti sur les traces du peuple arménien, en Anatolie, au Haut-Karabagh, il a sillonné tout le Moyen-Orient. Le chaos de la guerre et la souffrance des populations sont pour lui comme un écho aux souffrances de son peuple.
À 17h15 projection du film de Pierre-Yves Vandeweerd, Les Éternels.
Mémoire et histoire : Sam. 16h, Grande Passerelle 2
Écrire la guerre en mots et en images : Lun. 15 h15, Maupertuis

Olivier Guez, la guerre après la guerre

Après l’Impossible retour et son film sur Bauer, procureur allemand qui traqua Eichman, il continue d’interroger l’après Seconde Guerre mondiale, la guerre après la guerre. Il s’empare cette fois-ci de l’histoire du tristement célèbre médecin d’Auschwitz dont il décrit avec minutie et froideur la traque et la chute dans La disparition de Joseph Mengele (Grasset). On plonge avec lui aux côtés du monstre, interrogeant le mal et sa banalité. Trois ans d’écriture minutieuse et documentée pour une histoire inouïe et dérangeante (prix Renaudot 2017).
Café littéraire, dim. 16h

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Sans capote ni kalachnikov

Mémoire d’Encrier - 2017

Point de vue de l’éditeur : Au-delà de la guerre, de ce qui l’a provoquée et des dérapages, racontés par deux ex-soldats rebelles, Blaise Ndala fait le récit d’un monde obsédé par la célébrité et par la marchandisation de la misère. Tout ceci avec comme trame de fond un capitalisme sauvage où la guerre sert à exploiter les richesses minières des pays africains.

Rwenzori, Afrique des Grands Lacs. Fourmi Rouge et Petit Che traquent les ombres fuyantes du conflit le plus meurtrier depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils se sont rebellés contre le dictateur qui a coincé le pays entre une espérance de vie en chute libre et une constipation électorale bien carabinée. Ce qui hante pourtant leur esprit dépasse les aléas du jeu politique. Leur obsession a un nom : Véronique Quesnel, cinéaste attirée par cette république déclarée « centre de gravité de la misère nègre ». Connaîtront-ils le vrai visage de celle qui, de Montréal à Hollywood, draine les foules ? Parviendront-ils à découvrir la vérité et à s’inventer un avenir ?

Point de vue de l’auteur : Si la misère ne faisait pas le bonheur, pas une seule célébrité n’irait au soleil voir si elle y est moins pénible ; et si elle n’était pas cotée en bourse, aucun riche n’y investirait sa fortune. Ce roman est une auto-dénonciation : je viens avouer au lecteur que j’appartiens à ce e société du spectacle qui participe, d’une crise à l’autre, à la mise en abîme de « l’aide » aux pauvres. Je viens lui tendre ma joue pour qu’il y balance la gifle qui me rappellera mon statut de comparse. Du Kivu au Congo, aux Gonaïves en Haïti, la danse du ventre de « l’egocharité » n’aurait peut-être pas séduit autant si j’avais fait de moi-même un homme qui s’interroge. Si je n’avais pas feint d’ignorer que nous ne donnons plus pour vaincre la misère que nous montre CNN, mais bien pour nous assurer que nous sommes le nombril du monde. C’est donc pour sortir de ma torpeur que j’ai écrit cette fiction, car si elle est auto-dénonciation, elle est avant tout monologue.

 

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Essais

Les guerres perdues de Youri Beliaev

Grasset - 2018

Youri Beliaev : élu député du Soviet de Leningrad en 1990 sur une liste nationaliste. Marié, deux fils, dont un mort brutalement. Surnoms : Papa Muller, le Chat, le Petit bonhomme en pain d’épice... Admirateur de Benito Mussolini et, « avec des réserves », d’Adolf Hitler. Supporter du Zénith Saint-Pétersbourg, il aime les films soviétiques, les animaux et la lutte gréco-romaine.

Le CV de Youri Beliaev n’avait rien d’attirant. Il intrigue pourtant Pierre Sautreuil, pigiste de 21 ans tout juste débarqué en Ukraine pour y couvrir la guerre du Donbass. Ancien flic devenu mafieux, millionnaire déchu, chef de parti d’extrême droite, vétéran du conflit yougoslave soupçonné d’avoir tué 64 Bosniaques et tenté d’assassiner Eltsine, fugitif recherché en Russie, Youri Beliaev a décidé, à 58 ans, de se mettre au vert sur le front de Lougansk. Drôle d’endroit pour se planquer...

Lorsque Pierre le rencontre, il ne voit qu’un vieil homme un peu fatigué, bras droit du commandant « Batman », un seigneur de guerre qui cherche à se tailler une part du gâteau ukrainien. Mais très vite, entre l’apprenti reporter et le mercenaire sur le retour, se noue un lien fait de confessions troubles, d’une affection tangible et d’une certaine fascination. Tandis que les obus dévastent la steppe glacée, Pierre découvre et partage l’histoire rocambolesque d’un homme prêt à tout, jusqu’à l’innommable, pour rendre à la Russie sa gloire d’antan et assouvir ses ambitions. Au fil des pages, Youri disparait, Youri se cache, Youri échappe à un attentat, fait de la prison, s’échappe... Et Pierre le poursuit, s’inquiète, tente de comprendre. Salopard, fasciste, criminel de guerre néonazi, ou rebelle dans une société russe dont toutes les portes sont fermées ? « T’as le droit de pas aimer ce qu’il a à vendre, mais au moins, lui, il se bat », dit à Pierre un des derniers copains de Youri.

A travers le portrait d’un homme, le récit romanesque d’une amitié improbable, et une traversée épique, burlesque et terrible, du Donbass à Moscou, de la Bosnie à la Tchétchénie, Les guerres perdues de Youri Beliaev nous fait découvrir une Russie qui ne s’est jamais remise de la chute du Bloc soviétique. Exaltant et totalement original.


Revue de presse

 

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Les éternels

Les êtres humains qui ont expérimenté un choc tellement fort que même la mort ne leur fait plus peur tombent parfois (cela arrive souvent aux rescapés des génocides) dans ce que l’on appelle un sentiment ou une « mélancolie » d’éternité. Ils vivent dans une forme de « sortie » du temps, un mode d’existence extra-temporel, dans l’attente du jour où ils seront libérés de leurs souffrances.

Ce sont ces personnes, presque des fantômes ayant survécu au conflit du Haut-Karabagh entre Arméniens et Azéris qui dure depuis près de vingt ans, que le cinéaste montre et écoute dans son film. Derrière eux, derrière leurs corps errants, derrière leurs délires, ce qui reste de l’effondrement de l’Union Soviétique au Caucase : des ruines, des espaces inhabités, des tombes, des vestiges de guerre, des tranchées d’où des soldats guettent un ennemi invisible.

Avec une composition inspirée d’images et de sons, Pierre-Yves Vandeweerd transforme la matière de l’histoire en poésie, là où la condamnation de l’Homme sur terre est celle de vivre et non de mourir.

 

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Romans

Timika

Anacharsis - 2018

Sutrisno est l’un de ces humbles migrants qui espèrent faire fortune dans la province indonésienne de Papua, la Papousie occidentale. Riche de rêves et de maigres économies, il va tenter de s’établir comme restaurateur de coin de rue dans la ville portuaire de Timika.
Timika, qui a poussé comme un champignon ultramoderne sur la mangrove originelle, dans l’ombres des gigantesques mines à ciel ouvert d’or et de cuivre creusées dans les montagnes de l’arrière-pays sous l’égide de Freeport, multinationale spécialisée dans l’extraction de minerai à grande échelle.
Timika, débouché des grands pipelines écoulant à travers les jungles d’altitude les métaux précieux, où se côtoient une population hétéroclite venue de tout l’archipel indonésien ainsi que les employés des mines arrivés du monde entier, leurs cadres américains ou canadiens, les malfrats, la police, les prostituées, l’armée, et, toujours là malgré les dévastations, les Papous.
Déracinés depuis des décennies, ils sont venus grossir les bidonvilles de Timika, pour devenir orpailleurs dans les rejets toxiques déversés par la mine. Entassés dans les no man’s land entre les édifices de béton, ils perpétuent ce qu’ils peuvent d’une tradition à l’agonie, et luttent autant pour leur survie quotidienne que pour l’indépendace.
Alfons est de ceux-là. Jeune papou idéaliste élevé dans les maquis clandestins, il passe avec Bambang, trafiquant ambitieux et sans scrupule, un arrangement pour acheter des armes.
Pak Sutrisno, Alfons, Bambang et beaucoup d’autres avec eux, emportés dans les tourbillons implacables de cet hallucinant farwest mélanésien, vont tenter de tirer leur épingle du jeu…

Tout à la fois thriller et récit documentaire, Timika, second roman de Nicolas Rouillé, est fondé sur des événements authentiques. Outre son caractère dramatique, il ouvre à la connaissance de l’un des endroits les plus terribles de la planète, cette Papouasie occidentale dont la population autochtone est écrasée sous la botte militaire ; un monde en proie à un saccage écologique et humanitaire sans précédent, d’autant plus acharné qu’il demeure en dehors des projecteurs médiatiques.
En ce sens, Timika est aussi un roman politique sur une situation dont Nicolas Rouillé expose avec beaucoup de tact et beaucoup de fermeté l’immense complexité.


Revue de presse

"Entre anthropologie, polar et roman politique, on fait l’histoire de ce peuple papou à travers de l’exploitation de la plus grande mine d’or à ciel ouvert du pays, exploitée par une firme américaine. Une ville frontière, d’orpailleurs, pourrie par la corruption, une guerre contre les papoue… un livre documenté et politique. Des personnages de fiction plaqués à un contexte historique et politique bien réels, à savoir l’étouffemet du peuple papou par l’état inonésien. » France Info, À livre ouvert

 

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Récit

Le petit terroriste

Flammarion - 2018

Récit autobiographique, Le Petit Terroriste évoque, à travers le regard d’un jeune adolescent syrien dont la famille s’installe en Arabie Saoudite, les réactions de la société saoudienne à l’époque d’événements majeurs dans le monde arabe : le 11 septembre, la mort d’Hafez el-Assad et la guerre en Irak. Pris entre ses propres contradictions, les persécutions dues à sa nationalité, la découverte de la religion, de la politique et du sexe, le jeune homme est confronté à l’Islam radical.


Revue de presse

 

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Terre Promise

Gallimard - 2018

Sierra Leone. Ils ont tout enduré. Ils ont vu leur pays si riche devenir le plus pauvre du monde. Ils ont vu disparaître électricité, eau, routes, hôpitaux et écoles - eux qui avaient été le phare universitaire de l’Afrique de l’Ouest. Ils ont connu l’Etat policier et le parti unique. Ils ont subi la terreur des seigneurs de guerre et des cortèges d’enfants soldats drogués jusqu’aux
yeux. Ils ont nourri les prébendiers, hébergé les vendeurs d’Evangile et les pilleurs de diamant, traversé l’épouvante de la plus grande épidémie de fièvre Ebola. Pourtant, ils n’ont jamais perdu le sens de l’entraide, une tolérance religieuse hors du commun, un humour inébranlable, et le goût de la liberté.
Terre promise révèle l’épopée tragique et héroïque d’un peuple maître de l’endurance, capable de supporter l’intolérable et de le surmonter sans perdre son âme. De ce récit de toutes les épreuves de la vie, émerge toujours le chant souverain de l’ironie, une bienveillance apaisante et la force de l’espérance.

Dans la tradition des grands témoignages, Cruvellier révèle ici une merveilleuse qualité littéraire où la chronique mêle le réalisme de portraits croisés à la manière de Svetlana Alexievitch à la puissance méditative de la réflexion personnelle, avec un engagement personnel que n’aurait pas désavoué Ryszard Kapuscinski.

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Romans

Né un mardi

Anne-Marie Métailié - 2018

Un roman d’apprentissage moderne dans une partie chaotique de l’Afrique.
Dantala ne connaît pas son âge, mais il sait qu’il a fait dix ramadans, à peu près. Il vit dans la rue avec les voyous de Bayan Layi, fume la wee-wee sous le baobab, fait le coup de poing pour le Petit Parti. Évidemment, ça tourne mal, mais tout ce qui arrive est la volonté d’Allah. Un soir d’émeutes, pris en chasse par la police, il doit s’enfuir. Sans famille, il trouve refuge à Sokoto dans une mosquée salafiste. Il apprend l’anglais avec son ami Jibril, psalmodie l’appel à la prière, tombe amoureux, découvre le pouvoir de la langue et l’étendue de ses contradictions. Naïf mais curieux, le gamin paumé se fait une place et un nom dans un monde chaotique et violent. Alors que les tensions entre communautés ne cessent de croître, un imam irascible fait sécession et part à la campagne fonder une secte extrémiste.
Loin de l’exotisme et du tiers-mondisme bien-pensant, Elnathan John nous emmène dans une région dont on ignore presque tout : harmattan, poussière des routes, vendeurs de koko, c’est l’autre côté du miroir. Un formidable roman d’apprentissage, extraordinairement dense, sensible et poignant, dont on sort complètement retourné.

Traduit de l’anglais (Nigeria) par Céline Schwaller.


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Récit

Bad News

Marchialy - 2018

En 2009, un programme de l’Union européenne demande à Anjan Sundaram, grand reporter et spécialiste de la situation en Afrique, de venir enseigner le journalisme au Rwanda pour favoriser la liberté d’expression dans le pays. Les élèves sont triés sur le volet : journalistes indépendants, directeurs de rédaction, propriétaires de journaux, dont certains ont déjà connu la torture et la prison pour avoir été en désaccord avec le gouvernement. Son cours devient rapidement le dernier bastion qui permet à ces journalistes de se rassembler, échanger et résister. Ensemble, ils essayent de trouver des solutions pour contourner la censure et passer des informations à la population. Tout semble fonctionner jusqu’à ce que peu à peu certains de ses élèves se retrouvent menacés. Anjan prend alors conscience de la complexité du contexte politique et du danger qui pèse sur la vie de ses élèves.
Si le Rwanda a connu ces dernières années un fort essor économique, la liberté d’expression y est toujours menacée. Bad News, Derniers journalistes sous une dictature est un récit important qui dénonce les dérives d’un régime autoritaire, plus qu’un simple témoignage, c’est un véritable manifeste sur la liberté d’expression.

Traduit de l’anglais par Charles Bonnot


Revue de presse

 

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Romans

Les Belles de Halimunda

Sabine Wespieser Editeur - 2017

Fondée par une princesse à la beauté fatale, Halimunda est une ville imaginaire de la côte sud de Java. Eka Kurniawan y déploie l’histoire d’une lignée de femmes marquée par une malédiction dont l’origine remonte à la fin de l’occupation néerlandaise.
Le livre s’ouvre au moment où Dewi Ayu, la prostituée la plus célèbre de la ville, sort de sa tombe vingt et un ans après sa mort. Couverte de son linceul, sa très longue chevelure flottant au vent, elle traverse Halimunda pour rentrer chez elle. Dans la véranda est assise une jeune fille d’une insoutenable laideur. Dewi Ayu comprend que son vœu a été exaucé : épouvantée par la succession de catastrophes qui s’étaient abattues sur ses trois filles aînées, aussi séduisantes que leur mère, sur leurs familles et sur la région entière, elle avait tout mis en œuvre pour que la quatrième fût laide. La repoussante jeune femme reçoit pourtant la nuit les visites d’un mystérieux prince charmant.
L’identité du visiteur nocturne, et la raison pour laquelle Dewi Ayu est revenue parmi les vivants, seront élucidées à la faveur d’une époustouflante plongée dans le passé. La difficile conquête de l’indépendance, les massacres des communistes en 1965 et la dictature de Soeharto constituent la toile de fond de cette tragédie de la vengeance où destinées individuelles et collectives sont intimement liées.
Alternant réalisme historique et figures légendaires, convoquant à loisir spectres et esprits, passant de l’émotion la plus pure à un humour ravageur, de l’idylle romantique à la violence la plus crue, Eka Kurniawan impressionne par la diversité de ses registres. Et la maîtrise narrative avec laquelle il mène au pas de charge son lecteur éberlué vers le dénouement l’inscrit d’emblée parmi les grandes voix de la littérature mondiale.

Traduit de l’indonésien par Etienne Naveau.


Revue de presse

 

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Ave Maria

Youssef, un vieil Irakien chrétien, refuse obstinément de quitter Bagdad, sa ville natale. À la suite d’un attentat, il accueille chez lui une proche parente et son mari. Maha, elle, ne rêve que de partir, et le plus rapidement possible. L’un après l’autre, ils racontent leur histoire, opposant deux générations d’Irakiens, celle des nostalgiques irréductibles et celle qui cherche par-dessus tout à fuir l’horreur du présent.
Sinan Antoon poursuit son exploration de la violence qui s’est emparée de son pays, dressant ses composantes confessionnelles l’une contre l’autre. Il aborde ici un sujet particulièrement douloureux : le sort de la communauté chrétienne d’Irak, enracinée dans le pays depuis deux millénaires.

 

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Romans

De purs hommes

Philippe Rey / Jimsaan - 2018

Tout part d’une vidéo virale, au Sénégal, où on voit le cadavre d’un homme être déterré puis traîné hors d’un cimetière par une foule. Dès qu’il la visionne, naît chez Ndéné Gueye, jeune professeur de Lettres déçu par l’enseignement et fatigué de l’hypocrisie morale de sa société, un intérêt voire une obsession pour cet événement. Qui était cet homme ? Pourquoi avait-on exhumé son corps ? À ces questions, une seule réponse : c’était un goor-jigéen, un « homme-femme ». Autrement dit, un homosexuel : péché ultime, faute absolue dans un pays où la religion régit les moeurs et les rapports sociaux.

Les discussions de Ndéné avec son entourage – son amante, Rama, bisexuelle assumée et libre ; son père, imam, garant des valeurs religieuses – et certaines de ses rencontres – Maniang Niang, un travesti, brillante étoile du folklore local ; Demba, un jeune serveur – contribuent peu à peu à lui faire comprendre, dans un contexte social de plus en plus nerveux sur le sujet, la réalité de la condition des homosexuels au Sénégal.

Ndéné se met à la recherche du passé de l’homme déterré de la vidéo, et va même rencontrer sa mère qui lui révélera les causes profondes de son intérêt pour cet inconnu. Alors qu’autour de lui les suspicions et les rumeurs naissent, Ndéné tente d’affronter la seule grande question qui vaille à ses yeux : comment trouver le courage d’être pleinement soi, sans se trahir ni se mentir, quel qu’en soit le prix ?

 

DERNIER OUVRAGE

 
Beaux livres

Le Cri du silence

Flammarion - 2015

Il y a 27 ans, Antoine Agoudjian, petit-fils de rescapés du génocide de 1915, s’est lancé à la recherche des lieux imprégnés de l’histoire de son peuple. Après l’Arménie et le Caucase, il poursuit son travail sur la mémoire à Jérusalem, au Liban, en Syrie, en Turquie, en Irak, en Iran...
Par la puissance esthétique de ses photographies comme par l’intégrité de sa démarche, Antoine Agoudjian se pose en témoin, questionne et transmet un message d’espoir, celui de la puissance indomptable de l’esprit humain.

La photographie, devenue vecteur de ses émotions, a su donner tout son sens à sa quête identitaire.
A l’occasion du centenaire du génocide arménien, il publie l’œuvre d’une vie, dont l’histoire de son peuple constitue le fil directeur, tout en devenant le reflet des luttes contemporaines face à l’intolérance.
Comme l’affirme l’auteur, « il faut immortaliser la mémoire afin qu’elle n’appartienne pas qu’au passé. »

©Electre 2015

 

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La disparition de Joseph Mengele

Grasset - 2017

1949 : ancien médecin SS à Auschwitz, coupable d’expérimentations atroces sur les déportés, Josef Mengele s’enfuit en Argentine. 1979 : après trente ans de traque, il meurt mystérieusement au Brésil.
Caché derrière divers pseudonymes, protégé par ses réseaux et par l’argent de sa famille, soutenu à Buenos Aires par une communauté qui rêve du Quatrième Reich, Mengele croit d’abord pouvoir s’inventer une nouvelle vie... En Allemagne, l’heure est à la reconstruction, l’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier. Mais la traque reprend, menée par le Mossad puis par le chasseur de nazis Simon Wiesenthal. Avec l’aide de sympathisants, Mengele trouve un temps refuge au Brésil, auprès d’un couple de Hongrois, dans une ferme reculée. Son errance ne connaîtra plus de répit. De planque en planque, entouré d’une meute de chiens, perché sur le mirador qu’il a fait construire pour guetter les dangers qui le menacent, isolé, déguisé, dévoré d’angoisse, Mengele finira noyé sur une plage brésilienne.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet international trente ans durant ? De quelles complicités en Allemagne de l’Ouest et en Amérique du Sud a-t-il bénéficié ? L’histoire est inouïe, elle est dérangeante. La barbarie nazie y croise la modernité des années 1960 et 1970, et nos ambiguïtés occidentales : que faire des hommes qui ont commis le mal ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

Revue de Presse

 

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Romans

La Rose de Saragosse

Actes Sud - 2018

La rose de Saragosse s’ouvre sur un crime et se clôt sur une envolée. C’est un roman d’élans rapides et de gestes vifs, une histoire en mouvements qui raconte la rébellion au cœur de l’Inquisition espagnole - et au cœur de cette rébellion, une rivalité artistique qui ne dit pas son nom. L’élaboration d’un langage. Une danse de séduction codée. Le timide frôlement de deux solitudes sauvages. Et comme toujours avec Jérusalmy, la conquête de la liberté.
Saragosse, 1485. Tandis que Torquemada tente d’asseoir sa terreur, un homme aux manières frustes pénètre le milieu des conversos qui bruisse l’urgence de fuir. Plus encore que l’argent qui lui brûle les doigts, cette brute aux ongles sales et aux appétits de brigand aime les images et les visages.
Il s’appelle Angel de la Cruz, il marche vite et ses trajectoires sont faites d’embardées brutales. Où qu’il aille, un effrayant chien errant le suit. Il est un familier : un indic à la solde du plus offrant, une sorte d’espion, de balance professionnelle. Mais un artiste, aussi.
La toute jeune Léa est la fille du nobre Ménassé de Montessa, riche seigneur converti. Orpheline de mère, élevée dans l’amour du beau, des livres et de l’art, elle est le raffinement et l’espièglerie. L’esprit d’indépendance.
Dans la nuit que l’Inquisition fait tomber sur l’Espagne, Raphaël Jerusalmy déploie le ténébreux ballet qui s’improvise et se joue entre ces deux-là, dans un décor à double-fond, au cœur d’une humanité en émoi où chacun joue sa peau, où chacun porte un secret.

Alliant le souffle de La confrérie des chasseurs de livres et l’acuité de Sauver Mozart, le nouveau roman de Raphaël Jerusalmy exalte la puissance d’évocation et l’économie de moyens d’un langage unique, un art de l’esquisse : la gravure. La rose de Saragosse est un roman vif et dense, où le mystère, la séduction et l’aventure exaltent la conquête de la liberté.


Revue de presse

 

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Romans

Pièces détachées

Gallimard - 2017

Dans la nuit qui a suivi l’attentat sur la plage de Sousse le 26 juin 2015, une femme écrit, face à la mer de Sidi Bou Saïd : « Il faut que je raconte avant demain, que je témoigne, très vite, ce livre sera mon nocturne, puis je rendrai les clefs, je partirai. Cette femme, je la reconnais, c’est moi. Moi dans ce livre qui veut raconter l’histoire de ce père né et mort au XXe siècle, et l’histoire de ce monde d’ici, de ce village de Tunisie que je vais devoir abandonner, dans cette année 2015, année terrifiante, sans répit, aux couleurs nouvelles du XXIe siècle. Maintenant qu’ils sont morts, je me dis que je ne pourrai les consoler qu’en écrivant. En sachant malgré tout que je ne rattraperai rien : à mon tour je dois partir, quitter ceux que j’aime, peut-être ne plus revenir, je ne sais pas encore. »

À l’annonce de la mort brutale d’Alain, un ami proche, en pleine mer, ressurgit celle du père, en écho. Tous deux ont été atteints au cœur. C’est toujours le cœur qui est attaqué, celui des êtres aimés, celui d’un pays devenu si fragile, celui des exilés.

Colette Fellous poursuit ici son exploration des temps et des lieux, en superposant librement passé et présent, Tunisie et Normandie, visages et musiques, pour dire son attachement au monde et à tous ces êtres rencontrés, proches ou parfois plus lointains. Une déclaration d’amour, de celle qui s’en va.

Revue de presse :

"L’écriture poétique de Colette Fellous, l’alternance entre passé et présent, la France et la Tunisie, le réel et le rêve, donnent une puissance magnétique à ce livre qui est une traversée de vie, une recomposition de l’être, un long poème, une ode à l’amour de la vie…" (Laurent Borderie, L’Orient littéraire)

"Pièces détachées, de Colette Fellous, est un livre dont la douceur fait beaucoup de bien, non parce qu’elle serait un évitement du mal ravageant la planète, mais parce qu’elle répond à la violence de la stratégie de la terreur actuelle par l’arme de la délicatesse." (L’Intervalle)

"Pièces détachées, son dernier livre, interroge notre réaction face à un monde qu’elle juge en miettes." (TV5 Monde)

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

L’Amas ardent

Elyzad Éditions - 2017

Aux abords de Nawa, village de l’arrière-pays, le Don, apiculteur, mène une vie d’ascète auprès de ses abeilles, à l’écart de l’actualité. Pourtant, lorsqu’il découvre les corps mutilés de ses "filles", il doit se rendre à l’évidence : la marche du monde l’a rattrapé, le mettant face à un redoutable adversaire. Pour sauver ce qu’il a de plus cher, il lui faudra conduire son enquête dans une contrée quelque peu chamboulée par sa toute récente révolution, et aller chercher la lueur au loin, jusqu’au pays du Soleil-Levant.
 
En véritable conteur, Yamen Manai dresse avec vivacité et humour le portrait aigre-doux d’une Tunisie vibrionnante, où les fanatiques de Dieu ne sont pas à l’abri de Sa foudre. Une fable moderne des plus savoureuses.


Revue de presse

 

DERNIER OUVRAGE

 

Regarde par la fenêtre : Récit de voyage de Montevideo à Ushuaïa en passant par Rio

Akinomé - 2017

Un jour, sur la Toile, un écrivain voyageur et solitaire découvre l’amour sous les traits d’une belle métisse brésilienne.
Adriana est-elle la muse tant attendue qui hante le poète ? A deux, ils vont parcourir des milliers de kilomètres : de Montevideo à Rio de Janeiro, de Salvador de Bahia à Buenos Aires et, de là, jusqu’au bout du monde, Ushuaïa.
L’amour part en voyage en Amérique du Sud. Un récit exaltant d’aventures et d’émotions.

 

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Romans

Le livre d’Amray

- 2018

« On m’a dit que je naissais au monde, que les montagnes reculeraient devant mes aspirations, que les plaines donneraient plus de blé qu’elles n’en ont jamais produit et que les matins s’offriraient à mes pas juvéniles. Que ne m’a-t-on dit pour me laisser croire que j’étais un homme libre ? »
Amray est né avec la guerre, entre le souffle du chergui, le vent chaud du Sahara, et les neiges des Hauts Plateaux, fils préféré d’une mère qui n’avait jamais appris les mots d’amour, et d’un père qui a fait plus de guerres qu’il n’en faut pour un homme. Mais bientôt son monde vacille et les amis d’enfance, Shlomo, Paco, Octavia – celle qu’il nomme ma joie – quittent le pays.
Resté là comme en exil, Amray, fils du vent, fils de fières et nobles figures de résistance, Augustin, la Kahina ou Abd el-Kader, avec la rage puisée dans les livres et les mots des passeurs, part chercher plus loin ses horizons, et la liberté d’être poète.
À travers le récit d’une enfance et d’une jeunesse marquée au fer de la guerre et de la violence en Algérie, le Livre d’Amray est une charge ardente contre un régime autoritaire et tous les intégrismes religieux, un chant vibrant d’amour pour une terre qui n’est jamais nommée, une Algérie rêvée et rendue à la vie – un chant d’espoir au monde.

 

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Romans

La première pierre

« Ils ont quitté un continent pour atterrir à mi-chemin d’un autre. Des montagnes, des déserts, des fleuves et des mers. Des points dans le désert signalent un village. Le Danemark pourrait tenir tout entier ici, enclos entre deux chaînes de montagnes. Ils n’ont pas remarqué qu’ils quittaient l’espace aérien iranien pour franchir la frontière afghane — mais qu’est-ce qu’une frontière à dix kilomètres d’altitude ? »
 
L’Afghanistan, au début du XXIe siècle. Au cœur du désert, une trentaine de jeunes militaires danois sont impatients d’en découdre, alors que la coalition internationale peine à maintenir la paix dans la province de Helmand, à la frontière avec le Pakistan.
 
Entraînés dans une fuite enragée par leur charismatique chef de section au passé mystérieux, ils connaîtront la trahison, l’errance, et le désespoir d’une guerre sans fin. Dans ce pays qui leur échappe, ils ne se battent bientôt plus que pour garder leur humanité. Sous le soleil afghan, les masques tombent, les hommes dansent, les soldats continuent de mourir.
 
Dans ce grand roman de violence et de pitié, qui doit autant à Conrad qu’à Malraux, le romancier le plus populaire du Danemark, Carsten Jensen, interroge les naïvetés et les aveuglements de nos sociétés occidentales face à la guerre et à la colère du monde.

Lauréat du Prix Transfuge du meilleur roman scandinave 2017, ce roman a été traduit du danois par Nils Ahl.


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Romans

Dans l’épaisseur de la chair

Zulma Editions - 2017

C’est l’histoire de ce qui se passe dans l’esprit d’un homme. Ou le roman vrai de Manuel Cortès, rêvé par son fils – avec le perroquet Heidegger en trublion narquois de sa conscience agitée. Manuel Cortès dont la vie pourrait se résumer ainsi : fils d’immigrés espagnols tenant bistrot dans la ville de garnison de Sidi-Bel-Abbès, en Algérie, devenu chirurgien, engagé volontaire aux côtés des Alliés en 1942, accessoirement sosie de l’acteur Tyrone Power – détail qui peut avoir son importance auprès des dames…
Et puis il y a tous ces petits faits vrais de la mythologie familiale, les rituels du pêcheur solitaire, les heures terribles du départ dans l’urgence, et celles, non moins douloureuses, de l’arrivée sur l’autre rive de la Méditerranée.
Dans l’épaisseur de la chair est un roman ambitieux, émouvant, admirable – et qui nous dévoile tout un pan de l’histoire de l’Algérie. Une histoire vue par le prisme de l’amour d’un fils pour son père.


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Romans

Casting sauvage

Zulma Éditions - 2018

Engagée pour recruter une centaine de figurants, Damya arpente les rues de Paris. Maigres, défaits, abîmés, tous ces malmenés de la société incarneront des déportés, débarquant Gare de l’Est en juin 1945. Dans cette quête, Damya cherche aussi à retrouver le garçon qu’elle a aimé le temps d’une nuit, et dont le souvenir la hante. 
Un roman d’une force exceptionnelle dont le Paris d’aujourd’hui est quasiment le personnage principal, une ville habitée par la mémoire de la déportation, des attentats, et les migrants qui peuplent ses rues…

Ce roman est sélectionné pour le Prix Ouest-France Étonnants Voyageurs 2018.


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Romans

Un océan, deux mers, trois continents

Actes Sud - 2018

Au tout début du XVIIe siècle, Nsaku Ne Vunda, ordonné prêtre et baptisé Dom Antonio Manuel, est chargé par le roi des Bakongos de devenir son ambassadeur auprès du pape. En faisant ses adieux à son Kongo natal, il ignore que le long voyage censé le mener à Rome va passer par le Nouveau Monde, et que le bateau sur lequel il s’apprête à embarquer est un navire négrier. De quoi mettre à mal sa foi en Dieu et en l’homme...
Wilfried N’Sondé s’empare avec ardeur d’un personnage méconnu de l’Histoire pour dénoncer les horreurs d’une époque d’obscurantisme et exalter la beauté de l’espérance.


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Romans

Ayacucho

Anne-Marie Métailié - 2018

Dans l’air pur des montagnes d’Ayacucho règne une odeur de mort. Pourtant, quand Vicente Blanco, reporter espagnol, débarque dans la ville andine pour enquêter sur le Sentier lumineux, il ne voit rien. Les militaires paradent, l’archevêque Crispin joue au basket, les habitants se taisent, les “subversifs” se cachent. Pas de scènes tragiques, pas de barricades, pas de combats. Tout juste, parfois, quelques bruits de balles. Avec deux journalistes locaux qui deviennent vite des amis, Vicente découvre lentement l’horreur de cette guerre sourde et silencieuse, qui dans les campagnes alentour prend les populations en otage. À force de courage et d’investigations, ils ont la preuve que l’armée a trouvé une méthode pour faire disparaître les corps.
Mais la vérité peut s’avérer dangereuse, et les journalistes sont des cibles à abattre. Dans une prose visuelle et lyrique, avec un sens de la narration extraordinaire, Alfredo Pita raconte magistralement cette guerre sale, et rend un hommage vibrant à ses victimes, anonymes ou non. “Le” roman de la violence péruvienne des années 80 et 90

 

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La splendeur escamotée de frère Cheval ou le secret des grottes ornées

Grasset - 2018

" Sur la question du « sens » des grottes ornées (Chauvet, Lascaux, Font-de-Gaume et autres) la seule question qui nous intéresse - pourquoi des hommes et /ou des femmes se sont enfoncé(e)s sous terre pour dessiner et graver des figures animales dont, faute de recul parfois, ils ou elles n’étaient même pas en mesure d’apprécier le trait - les préhistoriens se retranchent derrière une pudeur toute scientifique.
Faute de témoignages, on ne peut rien en dire, à moins de s’aventurer sur le terrain de la spéculation poétique, qui n’est pas le leur. A moins encore de tomber sur une pierre de Rosette comme celle qui permit à Champollion de décrypter les hiéroglyphes. Peut-être l’a-t- on trouvée à Etiolles, une commune des rives de la Seine, proche de Paris, où depuis près de cinquante ans les spécialistes fouillent un ancien campement magdalénien (-15.000 ans). C’est un gros galet de calcaire sur lequel est figuré un cheval agonisant, perdant son sang, et qui était déposé en bordure du foyer, comme si on l’avait placé là intentionnellement pour le réchauffer, lui redonner vie. Car il y a une chose que nous partageons avec nos ancêtres, c’est précisément ce que la raison rejette et qui est notre cerveau poétique, cette faculté d’associer les images, de procéder par analogie, par comparaison. Et quand on lève les yeux vers l’horizon, ce soleil qui rougeoie comme s’il perdait son sang avant de plonger dans la nuit, on comprend qu’il faille le soutenir, moralement et physiquement, pendant sa traversée de la nuit pour peu qu’on tienne à le revoir le lendemain. Mais le soleil n’est pas un cheval ? Pour le galet d’Etiolles, il l’est. Et à Chauvet, et à Lascaux.
Ces fresques animalières, pour ceux-là qui vivaient dans le froid sibérien du paléolithique supérieur où les grands animaux évoluaient en majesté, figuraient leur conception du monde, telle qu’on en trouve dans tous les récits de création – pour nous longtemps, et pour quelques-uns encore, ce fut la Genèse. Nous avons sous nos yeux, miraculeusement préservée, la cosmogonie du paléolithique supérieur où, durant 25.000 ans, sur un territoire immense, la représentation n’a pas varié. Bête comme une oie, dit-on. Les oies gravées dans la grotte de Cussac en savent plus long que nous, qui sont en mesure d’annoncer par leur passage l’arrivée des beaux jours ou la mauvaise nouvelle de l’hiver. Pour peu qu’on échappe à nos diktats matérialistes, où un cheval ne peut être qu’un cheval, ce bestiaire des grottes apporte une réponse cohérente, organisée, apaisante, à toutes les questions qu’on se pose quand on ne sait rien sur le jour et la nuit, la course du soleil, la disparition par morceaux de la lune, sa réapparition, les éclairs, l’orage, l’arc-en-ciel, la mort, la renaissance. Ce que le galet d’Etiolles nous raconte, c’est que le cheval, avant qu’on le « domestique », qu’on le contraigne comme un esclave à tirer de lourdes charges, était la figure du soleil. La tyrannie débute quand il n’y a plus de médiation, la toute-puissance quand il n’y a plus d’intercesseur. Nous avons appelé « évolution » cette frise qui partant du singe conduit par « désanimalisation » successive à l’homme triomphant, seul « maitre et possesseur de la Nature ». Et si la « part animale », cet héritage des grottes ornées, était ce que l’homme avait encore de divin en lui ?"