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CHAMOISEAU Patrick

France

Osons la Fraternité (Philippe Rey, 2018)

©D.R.

Principalement connu pour son travail sur la langue créole, Patrick Chamoiseau est l’un des écrivains majeurs de la Caraïbe. Lorsqu’il co-signe en 1989 un Éloge de la créolité, c’est un véritable coup de tonnerre qui s’abat sur les Antilles. Avec Texaco, formidable fresque épique, brassant souffrances et espérances de trois générations de Matiniquais, il obtient le Prix Goncourt 1992. Frères Migrants, en 2017, à la fois essai poétique et umanifeste, rend compte de l’urgence d’un monde où la décence et l’humanité se font rare. Il coordonne cette année avec M. Le Bris un recueil dans lequels une trentaine d’auteurs, dont JMG Le Clézio, Claudio Magris ou Mathias Enard, prennent la plume et s’engagent pour un accueil humain des migrants, relégués aux marges de nos sociétés occidentales.

Principalement connu pour son travail sur la langue créole à laquelle il rend hommage en saluant son inventivité inépuisable, Patrick Chamoiseau est l’un des écrivains majeurs de la Caraïbe.
Lorsqu’il signe en 1989 avec Jean Bernabé et Raphaël Confiant, deux autres grands noms de la littérature caribéenne, un Éloge de la créolité, c’est un véritable coup de tonnerre qui s’abat sur les Antilles. Mettant à mal de nombreux stéréotypes, ce livre s’inspire des théories de la négritude développée par Sédar Sanghor et Aimé Césaire tout en allant plus loin en revendiquant une identité antillaise. Il a depuis signé plusieurs autres essais et notamment Lettres créoles, un essai sur la littérature antillaise, pour lequel il a retrouvé Raphaël Confiant et a publié avec Édouard Glissant, L’Intraitable beauté du monde (2009).

Né en 1953 à Fort de France, Patrick Chamoiseau s’imprègne dès l’adolescence des lectures caribéennes. Après des études de droit et d’économie en métropole, il devient travailleur social, d’abord dans l’hexagone puis en Martinique. Intéressé par l’ethnographie et les travaux d’Edouard Glissant, il se penche sur les formes culturelles disparaissantes de son île natale mais aussi sur le dynamisme de sa première langue - le créole - qu’il a dû abandonner dès l’école primaire.

En 1986, il publie son premier roman, Chronique des sept misères qui remporte le prix Kléber Haedens ainsi que celui de l’île Maurice. Trois ans plus tard paraît Solibo Le magnifique, dans lequel il s’intéresse à la recherche d’une identité martiniquaise à travers les pratiques culturelles du passé. En 1992, c’est la consécration et la reconnaissance du monde littéraire. Il obtient le prix Goncourt pour son roman Texaco - futur succès mondial -, brassant souffrances et espérances de trois générations de Martiniquais, sous l’esclavage, pendant la première migration vers l’Enville et aujourd’hui. Considéré comme l’inventeur d’un nouveau style linguistique, il emploie un langage accessible aux lecteurs de la métropole qui contient cependant des éléments propres à la culture créole. Maintes fois récompensé, cet écrivain engagé, qui travaille aussi pour la (re)connaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité, s’est essayé à tous les genres, de l’essai au théâtre en passant par le roman, le scénario de film ou la littérature jeunesse. Il a ainsi signé les scripts de Passage du milieu et de Biguine réalisés par Guy Deslaurier et a publié un nouveau roman, L’empreinte à Crusoé. Il revient dans cet ouvrage sur l’histoire du plus célèbre des naufragés, grande figure de l’impérialisme : après vingt ans de domination sur son île, Robinson arpente ses terres comme un maître passe en revue son domaine, jusqu’à ce que le fantôme de ses premières années resurgisse. Patrick Chamoiseau continue ici son combat pour la mémoire de l’esclavage, en s’attaquant à l’une des plus grandes figures littéraires du XVIIIe siècle, âge d’or de la traite négrière.

En 2013 il signe Césaire, Perse, Glissant. Les liaisons magnétiques (Philippe Rey), un essai dans lequel il rassemble trois des plus grands poètes de tous les siècles, tous les trois nés dans les Antilles, trois génies que le théoricien définit ainsi :"L’homme de l’Afrique et de la Négritude. L’homme de l’universel conquérant, orgueilleux et hautain. L’homme des chaos imprévisibles du Tout-Monde." L’ouvrage est l’occasion pour Patrick Chamoiseau d’établir des relations entre ces maîtres de langue en reliant la personne, le style et la pensée de ces écrivains en apparence si différents.

17 ans après le décès de sa mère, Patrick Chamoiseau sort un livre entre roman autobiographique et essai philosophique sur l’expérience universelle du deuil d’un être cher. La matière de l’absence invoque la mémoire de Nénette Man dans un dialogue du narrateur avec La Baronne, la sœur de l’écrivain et ce que son absence a provoqué en eux. Dans une démarche presque anthropologiue, Patrick Chamoiseau revient sur l’histoire et la culture des Antilles, à travers des traditions et des rituels et nous fait revivre une blessure originelle, la première fois qu’un Homo Sapiens a fait l’expérience de la mort d’un de ses proches.

En mai 2017, il publie Frères Migrants, un essai poétique et manifeste qui rend compte de l’urgence d’un monde où la décence et l’humanité se font rare. Il y prend la défense des migrants, qui, fuyant leurs pays en guerre, sont maltraités par nos sociétés occidentales qui les relèguent à la marge. Suite à cet essai, il coordonne en 2018 un recueil, Osons la Fraternité, en compagnie de Michel Le Bris, dans lequel une trentaine d’auteurs prennent la plume et s’engagent pour un accueil humain des migrants.


Bibliographie :

  • Osons la Fraternité, collectif (Philippe Rey, 2018)
  • Contes des sages créoles (Seuil, 2018)
  • Frères Migrants (Seuil, 2017)
  • La matière de l’absence (Seuil, 2016)
  • L’empreinte à Crusoé (Gallimard, 2012)
  • Le papillon et la lumière (Phillipe Rey, 2011)
  • Les Neuf consciences du Malfini (Gallimard, 2009)
  • Un dimanche au cachot (Gallimard, 2007)
  • Une enfance créole (Gallimard, 2006 - Coffret en 3 volumes) :
    Tome 1 : Antan d’enfance
    Tome 2 : Chemin-d’école
    Tome 3 : A bout d’enfance
  • Biblique des derniers gestes (Gallimard, 2002)
  • Texaco (Gallimard, 1992)

Essais

  • Césaire, Perse, Glissant. Les liaisons magnétiques (Philippe Rey, 2013)
  • Manifeste pour les" Produits" de Haute Nécessité, ouvrage collectif (Galaade, 2009)
  • L’intraitable beauté du monde. Adresse à Barack Obama, avec Édouard Glissant (Galaade, 2009)
  • Quand les murs tombent - L’identité nationale hors la loi ?, avec Edouard Glissant (Galaade, 2007)
  • Elmire des sept bonheurs : confidences d’un vieux travailleur de la distillerie Saint-Etienne, photographies de Jean-Luc de Laguarigue (Gallimard, 1998)
  • Écrire en pays dominé (Gallimard, 1997)
  • Martinique (Richer, 1994)
  • Lettres créoles, avec Raphaël Confiant (Hatier, 1991)
  • Éloge de la créolité (Gallimard, 1989)

Conte philosophique

  • Le Papillon et la lumière (Philippe Rey, 2012)

Littérature jeunesse

  • Le commandeur d’une Pluie (Gallimard, 2002) illustration de William Wilson
  • Emerveilles (Gallimard jeunesse, 1998)

Théâtre

  • Manman Dlo contre la fée Carabosse (Editions Caribéennes, 1982)

Autres

  • Martinique vue du ciel : Trésors cachés et patrimoine naturel (HC Editions, 2007)
Frères Migrants

Frères Migrants

Seuil -

Face aux tragédies humaines qu’ont entraînées les récentes migrations, venues de l’Est et du Sud vers l’Europe, Patrick Chamoiseau s’exprime en humaniste et en poète. "La parole poétique est nécessaire, dit-il. Même si elle n’apporte pas de solution, elle stimule les imaginaires." L’auteur est parti de l’idée de lucioles qu’avait développée Pasolini pour dénoncer le néo-fascisme italien et la dégradation du parti communiste. La disparition des lucioles correspondait pour lui a un affaiblissement de l’humain. Le phénomène migratoire, tout comme le surgissement de Trump, est une conséquence du capitalisme. On peut tenter de deviner l’autre monde que ce phénomène annonce et le dessiner grâce à quelques concepts d’Edouard Glissant, notamment ceux de la mondialité et de la Relation. Toutes les initiatives individuelles d’aide aux migrants qui se produisent partout sont autant de lucioles. Le texte, tout en ayant un fond politique, a une forme poétique, mais l’impact direct n’est jamais oublié. L’auteur se réfère à des événements mondiaux connus, mais il nomme peu les responsables directs. En revanche, outre Pasolini et Glissant, sont cités Gilles Deleuze ou Mireille Delmas-Marty. Et l’auteur s’adresse à deux amies, Jane Sautière (qui le filme) et Hind Meddeb (la fille du poète tunisien récemment disparu). Il s’agit d’un texte pamphlétaire. Il peut faire l’objet de lectures publiques, grâce à sa tonalité littéraire et à son style lyrique, quoique minutieusement argumenté. Le dernier chapitre est une « déclaration des poètes » sur la dignité humaine.


Revue de presse

  • Frères Migrants paraîtra en mai aux éditions du Seuil. Mais l’écrivain martiniquais a choisi de rendre publique dès maintenant la “Déclaration des poètes” dans laquelle il lance un appel à la fraternité. Une urgence alors que l’indifférence et le rejet grandissent en Occident, et qu’on voudrait nous faire avaler que la solidarité est un délit” (L’Humanité)
  • “[...] l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau publiera, le 4 mai, au Seuil, un essai poétique sur les enjeux politiques actuels à travers le prisme des migrants. L’occasion, pour l’auteur de Texaco, prix Goncourt 1992, de prendre la défense de la “mondialité” chère à Édouard Glissant” (L’Express)
Edouard Glissant

Edouard Glissant

Patrick Chamoiseau et Guy Deslauriers (France 3 / Kreol Productions, 1996, 45’) -

Portrait de l’écrivain Edouard Glissant

Contes des sages créoles

Contes des sages créoles

Seuil - 2018

Avec ses contes créoles, Patrick Chamoiseau nous convie à un voyage haut en couleur en terres martiniquaises. Au fil d’une écriture musicale et imagée, le conteur donne vie à des personnages dont les histoires nous embarquent au cœur de la culture créole, en même temps qu’elles rappellent combien ces textes de la “survie” ne prennent sens que par rapport au contexte auquel ils se réfèrent : la période colonialiste inhérente à l’histoire des Antilles.

“Notre conteur est le délégué à la voix d’un peuple enchaîné, affamé, vivant dans la peur et les postures de la survie. Pour exprimer cela, sa Parole (les contes créoles) a mêlé le bestiaire africain (baleine, éléphant, tortue, tigre, compère lapin...) aux personnages humains ou surnaturels (Diable, Bondieu, Cétoute, Ti-Jean l’horizon...) d’influence plus nettement européenne. Si leur fonction ludique est indéniable (...), ils constituent globalement une dynamique éducative, un mode d’apprentissage de la vie, ou plus exactement de la survie en pays colonisé : le conte créole dit que la peur est là, que chaque brin du monde est terrifiant, et qu’il faut savoir vivre avec… “ Patrick Chamoiseau


La Matière de l'absence

La Matière de l’absence

Seuil - 2016

"Quand nous nous retrouvâmes autour des restes de Man Ninotte - ses deux filles, trois garçons - et qu’il nous fallut confronter l’immobilité plénière, l’impassibilité absente et minérale, le silence sans commencement ni fin, comme lors de cette même ronde autour du cercueil que l’on devait sceller, nousdûmes être persuadés qu’une bonne partie du monde s’était comme amoindri, que les horizons s’étaient soudain déformés, laissant des irruptions de vides et des dévastations de nature invisible. Une bonne part de nous avait basculé hors de l’espace et hors du temps."

À partir de la mort de sa mère, l’écrivain visite l’histoire encore méconnue des Antilles, leurs genèses, leurs rituels, leurs modes de vie, remontant aux origines de l’humanité, retraçant l’étonnante créativité d’un peuple qui a inauguré ses mythes et ses combats dans le ventre du bateau négrier. Dialoguant avec sa sœur, dite "la Baronne", il évoque, avec tendresse, humour et profondeur, la poétique de tout un monde qui dépasse le cercle familial et qui nous initie à un bel art de vivre.


Revue de presse

  • "Un premier résumé du livre pourrait être celui-ci : un frère et une sœur se racontent, le temps d’une visite au cimetière, ce qu’ils ont fait de la perte, ce que leur mémoire a produit autour du manque. «  Négrillon [c’est ainsi que l’aînée appelle le benjamin], ceux qui vivent longtemps n’ont pas besoin de cette réponse  », prévient La Baronne, qui ramène son intellectuel de frère à l’évidence du mystère." (Catherine Portevin, Philo mag)
  • "Dans ce livre, Chamoiseau sollicite ce qui le travaille depuis ses premiers écrits : sa vocation d’écrivain, son rapport à la langue française et au créole, le peuple martiniquais, ce « magma anthropologique » créé par le choc des rencontres entre Amérindiens, Européens et Africains, rejoints plus tard par les travailleurs chinois, indiens et syro-libanais." (Gladys Marivat, Le Monde)
  • "Avec une précision chirurgicale, le prix Goncourt 1992 dit l’histoire de sa famille mais également celle de sa terre et d’une société née de la transplantation, de l’esclavage et d’un réenracinement progressif. Ce livre constitue un véritable bréviaire pour qui connaît peu les étapes de la construction socioculturelle de la Martinique." (France Info)

Césaire, Perse, Glissant. Les liaisons magnétiques

Césaire, Perse, Glissant. Les liaisons magnétiques

Philippe Rey - 2013

Aimé Césaire. Saint-John Perse. Édouard Glissant. Trois des plus grands poètes de tous les siècles. Pourtant, il nous est difficile d’envisager une entité pareille. Dans l’ordinaire perception, on les distingue, on les oppose, on les distingue en les opposant. Le contexte historique et politique accuse cette perception d’antagonismes définitifs. L’homme de l’Afrique et de la Négritude. L’homme de l’universel conquérant, orgueilleux et hautain. L’homme des chaos imprévisibles du Tout-Monde. Derrière ces classifications, on sent bien que persiste notre impossibilité à envisager l’unité-diversité, les solidarités conflictuelles, les ruptures qui rassemblent, les écarts convergents. Dès lors, il nous faut tenter de deviner leur inévitable relation, ces "liaisons magnétiques" qui les rassemble sans les confondre, et qui nourrissent, et leurs mouvements particuliers et leurs musiques secrètes. La liaison magnétique est rétive aux rapprochements généralisants. Elle est tremblante, légère, subtile, réversible, diffractée et infime. Elle va de notes en contre-notes, de sentiments en longues rêveries. Sa fécondité provient de l’intensité des imprévisibles qu’elle suscite, des déplacements, combinaisons et dispositions nouvelles qu’elle suggère. Césaire. Perse. Glissant. La magnétique puissance de ces solitaires ne les rend-elle pas finalement solidaires ? Patrick Chamoiseau nous livre ci sa perception très libre de trois des plus grands poètes du vingtième siècle. Une année de lectures et de relectures, au fil des saisons antillaises, des vents, des chaleurs, de la pluie. De notes en contre-notes, au contact de ces forces poétiques, s’ouvre le mouvement océanique d’une conscience qui envisage son pays, dessine les contours de son Lieu, éprouve les événements contemporains, se questionne et questionne sans cesse les mutations imprévisibles et les beautés du monde.


Césaire, Perse, Glissant, les liaisons magnétiques

Césaire, Perse, Glissant, les liaisons magnétiques

Philippe Rey - 2013

Aimé Césaire. Saint-John Perse. Édouard Glissant. Trois des plus grands poètes de tous les siècles. Pourtant, il nous est difficile d’envisager une entité pareille. Dans l’ordinaire perception, on les distingue, on les oppose, on les distingue en les opposant. Le contexte historique et politique accuse cette perception d’antagonismes définitifs. L’homme de l’Afrique et de la Négritude. L’homme de l’universel conquérant, orgueilleux et hautain. L’homme des chaos imprévisibles du Tout-Monde. Derrière ces classifications, on sent bien que persiste notre impossibilité à envisager l’unité-diversité, les solidarités conflictuelles, les ruptures qui rassemblent, les écarts convergents. Dès lors, il nous faut tenter de deviner leur inévitable relation, ces "liaisons magnétiques" qui les rassemble sans les confondre, et qui nourrissent, et leurs mouvements particuliers et leurs musiques secrètes. La liaison magnétique est rétive aux rapprochements généralisants. Elle est tremblante, légère, subtile, réversible, diffractée et infime. Elle va de notes en contre-notes, de sentiments en longues rêveries. Sa fécondité provient de l’intensité des imprévisibles qu’elle suscite, des déplacements, combinaisons et dispositions nouvelles qu’elle suggère. Césaire. Perse. Glissant. La magnétique puissance de ces solitaires ne les rend-elle pas finalement solidaires ? Patrick Chamoiseau nous livre ci sa perception très libre de trois des plus grands poètes du vingtième siècle. Une année de lectures et de relectures, au fil des saisons antillaises, des vents, des chaleurs, de la pluie. De notes en contre-notes, au contact de ces forces poétiques, s’ouvre le mouvement océanique d’une conscience qui envisage son pays, dessine les contours de son Lieu, éprouve les événements contemporains, se questionne et questionne sans cesse les mutations imprévisibles et les beautés du monde.


Veilles et Merveilles Créoles

Veilles et Merveilles Créoles

Le Square - 2013

Nanie-Rosette, Ti-Jean l’horizon, la Madame Kéléman… autant de personnages qui nous font plonger tête la première dans la culture créole. Au travers de onze contes, Patrick Chamoiseau donne à voir les couleurs éclatantes du pays Martinique et nous offre un voyage temporel. Ces histoires, parvenues jusqu’à nous, rappellent qu’au temps marquant de l’esclavage le conte est une source de force et constitue un message d’espoir.

Illustré par Giorgia Grippo Belfi


L’empreinte à Crusoé

Gallimard - 2012

spip_logoRobinson Crusoé vient de passer vingt ans de solitude dans son île déserte. Il a dû reconstruire son équilibre. C’est avec fierté, celle d’avoir soumis l’île à sa domination, qu’il entame ce matin-là une promenade rituelle sur la plage où il avait mystérieusement échoué il y a tant d’années. C’est alors qu’il découvre l’inconcevable : dans le sable, une empreinte. Celle d’un homme. Passé l’affolement, puis la posture agressive et guerrière, le solitaire s’élance à la recherche de cet Autre qui lui amène ce dont il avait oublié l’existence : l’idée même de l’humain. Commence alors une étrange aventure qui le précipite en présence de lui-même et d’une île inconnue jusqu’alors. Celui qui avait réussi à survivre sans civilisation, sans culture, sans autrui, doit maintenant affronter ce qu’il n’aurait pu imaginer ailleurs qu’ici : la relation à l’impensable. Après les Robinson de Defoe et Tournier, voici donc celui de Chamoiseau, démarquage créole des deux précédents, avec les propres thèses de l’auteur (notamment sur " l’Autre "). La langue est luxuriante comme l’île décrite avec intimité, en fin connaisseur amoureux qu’est Chamoiseau. C’est donc une exploration fine d’une âme en proie aux chimères, à la mémoire chancelante (des mots surgissent du passé, ceux d’une culture livresque et occidentale), qui nous est proposée ici et pose la question de la civilisation, de l’origine, de l’altérité, du langage, de la nature (avec le concours récurrent de Parménide et Héraclite).


Le papillon et la lumière

Philippe Rey - 2012

« C’est une soirée très ordinaire, dans un coin de la ville. Les papillons sont là. Ils tourbillonnent autour des lampadaires. Comme la lune est absente, les ampoules électriques s’emparent de l’idée de lumière : ils apparaissent alors mille fois plus fascinants. Les papillons s’en exaltent, s’en approchent, et en reviennent parfois. Le plus souvent, ils s’y brûlent les ailes. L’hécatombe est massive. Des centaines de dépouilles gisent au pied des pylônes. Les survivants tourbillonnent encore autour des lampadaires, mais ils ont les ailes plus ou moins estropiées. Rares sont ceux qui n’arborent pas quelque chose d’abîmé. Pour les papillons de nuit, l’aile délabrée est l’emblème du courage : le signe d’un début d’expérience du grand secret de la lumière. » Un jeune papillon se tient à l’écart des réverbères et préserve sa vie. Mais il sent bien qu’une expérience fondamentale lui échappe. Il s’en ouvre à un vieux papillon, lui aussi aux ailes intactes. Ce dernier n’en est pas forcément plus heureux et semble éluder ses questions, avant de l’entraîner dans un voyage initiatique à travers la ville, dans la nuit d’abord, puis au lever du jour vers le soleil. Ce conte philosophique, délicatement illustré par les dessins à l’encre de Chine d’Ianna Andréadis, mène le jeune papillon (et le lecteur avec lui) vers la résolution de la lancinante énigme de toute existence : quel est le sens d’une vie où l’on ne se met pas en danger ?


Manifeste pour les “produits” de haute nécessité

Manifeste pour les “produits” de haute nécessité

Galaade Editions - 2009

Ernest BRELEUR
Patrick CHAMOISEAU
Serge DOMI
Gérard DELVER
Edouard GLISSANT
Guillaume PIGEARD DE GURBERT
Olivier PORTECOP
Olivier PULVAR
Jean-Claude WILLIAM

« Au moment où le maître, le colonisateur proclament
« il n’y a jamais eu de peuple ici »,
le peuple qui manque est un devenir, il s’invente,
dans les bidonvilles et les camps, ou bien dans les ghettos,
dans de nouvelles conditions de lutte auxquelles un art nécessairement politique doit contribuer »

Gilles Deleuze,
L’Image-temps,

« Cela ne peut signifier qu’une chose :
non pas qu’il n’y a pas de route pour en sortir,
mais que l’heure est venue d’abandonner toutes les vieilles routes. »

Aimé Césaire,
Lettre à Maurice Thorez.



C’est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s’est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n’est illégitime. Aucune n’est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu’elle représente, ni dans ce qu’elle implique en relation avec l’ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d’avoir su organiser sur une même base ce qui jusqu’alors s’était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle –– à savoir les luttes jusqu’alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales...

Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj –– qui est d’allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé –– est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d’ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l’on peut saisir l’impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.

Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent.

Dès lors, derrière le prosaïque du « pouvoir d’achat » ou du « panier de la ménagère », se profile l’essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l’existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n’ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.

La « hausse des prix » ou « la vie chère » ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d’une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s’est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires –– non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte « d’épuration éthique » (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain. Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être « consommateur » ou bien être « producteur ». Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l’unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L’ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz, et où l’économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste.
Alors, quand le « prosaïque » n’ouvre pas aux élévations du « poétique », quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont « le pouvoir d’achat » ou « le panier de la ménagère ». Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d’une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d’escorter les « produits de premières nécessités », d’une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d’une « haute nécessité ».

Par cette idée de « haute nécessité », nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en œuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d’achat, relève d’une exigence existentielle réelle, d’un appel très profond au plus noble de la vie.

Alors que mettre dans ces « produits » de haute nécessité ?

C’est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d’entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd’hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.
D’abord, il ne saurait y avoir d’avancées sociales qui se contenteraient d’elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s’est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l’absence de pouvoir qui lui sert d’ossature. Le « déterminant » ou bien le « décisif » s‘obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n’arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L’éloignement, l’aveuglement et la déformation président aux analyses. L’imbroglio des pseudos pouvoirs Région-Département-Préfet, tout comme cette chose qu’est l’association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s’est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par-dessus nos « présidents locaux » pour s’en aller mander ailleurs. Hélas, tout victoire sociale qui s’obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s’arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudos pouvoirs.

Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d’acquiescer aux sous-traitances. La question békée et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu’une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l’accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d’une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement... Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l’autre, confiance réduite en soi... La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C’est dans l’irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c’est dans la responsabilité que se trouve l’invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C’est dans la responsabilité que l’échec ou l’impuissance devient un lieu d’expérience véritable et de maturation. C’est en responsabilité que l’on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l’essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.

Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s’est étendu à l’ensemble de la planète avec la force aveugle d’une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C’est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres. Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l’insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l’immédiat ; mais l’illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du « Marché » et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par « l’esprit colonial » et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l’octroi de mer, ne sauraient endiguer.

Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américains pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L’autre très haute nécessité est ensuite de s’inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n’est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d’un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d’une société non économique, où l’idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d’épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l’humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables « producteurs » –– chefs d’entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes –– incapables de tressaillements en face d’un sursaut de souffrance et de l’impérieuse nécessité d’un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n’existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d’un système flou, globalisé, qu’il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu’il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l’élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant.

Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l’ampleur du poétique.

On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.

On peut renvoyer la Sara et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.

On peut endiguer les agences de l’eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles d’un trésor qui appartient à tous.

On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd’hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile...) ne sauraient ni ne pourraient y résister.

Enfin, sur la question des salaires et de l’emploi.
Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité.
Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu’il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main d’œuvre. Quand il délocalise, ce n’est pas dans la recherche d’une main d’œuvre abondante, mais dans le souci d’un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n’est donc en rien illégitime : c’est le début d’une équité qui doit se faire mondiale.

Quant à l’idée du « plein emploi », elle nous a été clouée dans l’imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l’ont accompagnée. Le travail à l’origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d’ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu’il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple « emploi », et l’unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s’est mis à n’ouvrir qu’à la consommation.
Nous sommes maintenant au fond du gouffre.
Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu’il redevienne un lieu d’accomplissement, d’invention sociale et de construction de soi, ou alors qu’il en soit un outil secondaire parmi d’autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeur-travail en une sorte d’arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu’à l’équation d’une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s’envisagera dans ce qu’il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu’il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement...
Il s’envisagera en « tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ».
Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l’ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l’étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création –– créaconsommation.
En valeur poétique, il n’existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l’infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.

Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l’imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l’esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l’artisanat, la culture et l’agriculture... Qu’il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation... Qu’il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu’il favorise tout ce qui permet d’entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde... C’est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l’ampleur des exceptions. C’est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire... C’est le gratuit en son principe qui devrait s’installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes...

Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu’à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un « panier de ménagère », mais le souci démultiplié d’une plénitude de l’idée de l’humain.

Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise, guadeloupéenne, guyanaise, réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.

Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s’ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.

An gwan lodyans qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l’utopie.

Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du « Marché », mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l’instrumentalisant de la manière la plus étroite.

Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l’individu, sa relation à l’Autre, au centre d’un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.

Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l’assistanat, en nous inscrivant résolument dans l’épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d’un rapport écologique global aux équilibres de la planète....

Alors voici notre vision :
Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d’être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s’inscrit dans l’horizontale plénitude du vivant...

Ernest BRELEUR
Patrick CHAMOISEAU
Serge DOMI
Gérard DELVER
Edouard GLISSANT
Guillaume PIGEARD DE GURBERT
Olivier PORTECOP
Olivier PULVAR
Jean-Claude WILLIAM


Les Neuf consciences du Malfini

Gallimard - 2009

spip_logo« Un Malfini, grand rapace assuré de sa magnificence, découvre un jour l’existence des colibris, surtout du plus extraordinaire de ces minuscules oiseaux, qui vient s’échouer sur son aire. Il n’avait jusqu’alors jamais prêté attention à de pareilles insignifiances. Ni pris la mesure d’une si profonde altérité. Sidéré par la découverte de cette petite créature, le terrible prédateur va se retrouver en dérive dans l’incompréhension, le mépris, la haine, le doute puis l’admiration souffrante. L’infime colibri affrontera seul une menace écologique, colossale et incompréhensible, tandis que le grand rapace va s’interroger sur la différence, le territoire, la culture, le langage, le rapport au monde, explorer la nature exacte de la puissance, de la grâce ou de la beauté. Puis, dans une exaltation de tous les sens, développés comme des consciences, ce maître des vents va remettre en question son existence elle-même, jusqu’à engager sa puissance au service de l’insignifiante créature et affronter à ses côtés le lent désastre qui se profile... Longtemps plus tard, désireux de laisser témoignage de cette bouleversante aventure, le grand rapace se posera au lendemain d’un cyclone dans le jardin de Patrick Chamoiseau pour tout lui raconter, offrant ainsi à l’écrivain – Marqueur de paroles, Guerrier de l’imaginaire – l’occasion d’une récitation sur l’événement impensable du vivant et sur la place que devrait y occuper une idée de l’humain. Dans ce qui relève à la fois de la chronique ethnologique, de la méditation de philosophe, de la fable, du conte, de la légende, de la saga ou d’un simple roman initiatique nourri des merveilles maintenant autorisées par la littérature, c’est une poétique du vivant, pleine de tendresse, d’amour, d’humour, qui s’empare de la conscience écologique... » Patrick Chamoiseau.


Un dimanche au cachot

Un dimanche au cachot 

Gallimard - 2009

Un dimanche de pluie, une petite fille se réfugie sous une voûte de pierre, dans le jardin du foyer qui l’a recueillie. Terrassée par une souffrance indépassable, elle reste prostrée dans l’ombre et ne veut plus en sortir. On sollicite alors Patrick Chamoiseau, écrivain, Marqueur de Paroles, et surtout éducateur en matière de justice. Mais tandis qu’il vient au secours de l’enfant, il devine ce qu’elle ignore : cette voûte de pierre n’est autre que le plus effrayant des vestiges. C’est un cachot dont les parois balisent une ténébreuse mémoire, qui dérive loin dans les impensables de l’Histoire, dans l’intransmissible de l’esclavage, ce crime sans châtiment. Désemparé, l’éducateur lui raconte d’abord ce qui lui vient à l’esprit (sous les auspices de Faulkner, Saint-John Perse et Glissant). S’ensuit une histoire de chair et de sang, une tremblante évocation qui se déplace dans le réel et l’imaginaire, dans le présent et les temps anciens de l’Habitation où vivait L’Oubliée, l’esclave rebelle... Car c’est l’œuvre du Marqueur de Paroles de capter les signes et les traces, les langues et les cultures, de considérer les présences qui nous habitent, ce qui s’est abîmé ou s’est effacé, et qui pourtant nous fonde et nous initie... Qui sait ce que le cachot le plus effrayant peut refléter, ou libérer, de l’éclat du monde ?


L'intraitable beauté du monde. Adresse à Barack Obama, avec Édouard Glissant

L’intraitable beauté du monde. Adresse à Barack Obama, avec Édouard Glissant

Galaade Editions - 2009

En coédition avec l’Institut du Tout-monde Et avec le soutien de la région Île-de-France Toute l’œuvre d’Édouard Glissant a appelé de ses vœux un événement comme celui qui vient de se produire aux Etats-Unis : Barack Obama est l’incarnation de ce qu’il nomme depuis trente ans la « créolisation » du monde. Son élection est un fait sur lequel on ne peut désormais plus revenir. Qu’est-ce que Barack Obama fera de cette victoire ? C’est aujourd’hui impossible à dire. Dans cette lettre ouverte écrite un an après Quand les murs tombent, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau s’adressent au 44e président des États-Unis, premier Africain-américain à accéder à la Maison Blanche, et appellent à une réflexion entre poétique et politique sur ce que pourrait être demain l’action d’Obama, président de la première puissance mondiale.


Quand les murs tombent - L'identité nationale hors la loi ?, avec Edouard Glissant

Quand les murs tombent - L’identité nationale hors la loi ?, avec Edouard Glissant

Galaade Editions - 2007

En coédition avec l’Institut du Tout-monde Et avec le soutien de la région Île-de-France Quand les murs tombent. L’identité nationale hors-la-loi ? est un texte d’intervention. Au moment où est inauguré le ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau y lancent un appel contre « les murs » qui aujourd’hui menacent la relation à l’autre. « Nous demandons que toutes les forces humaines, d’Afrique, d’Asie, d’Europe, des Amériques, que tous les peuples sans États, tous les « républicains », tous les tenants des « droits de l’homme », les habitants des plus petits pays, […] tous les artistes, les hommes et les femmes de connaissance et d’enseignement, et toute autorité citoyenne ou de bonne volonté, ceux qui façonnent et qui créent, élèvent, par toutes les formes possibles, une protestation contre ce mur-ministère qui tente de nous accommoder au pire, de nous habituer peu à peu à l’insupportable, de nous mener à fréquenter, en silence et jusqu’au risque de la complicité, l’inadmissible. Tout le contraire de la beauté. » « Observateur privilégie de l’évolution et de l’état de la société américaine, ou sa pensée agite le monde intellectuel, il parle avec entrain de Barack Obama. Les deux hommes ont des points communs. D’abord, le probable et souhaité futur Président est pour Glissant l’incarnation de ce qu’il nomme depuis trente ans la créolisation du monde Ensuite, tous deux abhorrent les murs. En septembre 2007, en réaction au "mur ministère" de l’Identité nationale et de l’Immigration, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau cosignent le beau manifeste Quand les murs tombent. En juillet 2008, Barack Obama, "citoyen fier des États-Unis et citoyen du monde", s’adressera ainsi à la foule des Berlinois "Le plus grand de tous les dangers serait de permettre à de nouveaux murs de nous diriger. (…) Ce sont les murs qu’il nous faut faire tomber." Retour avec Édouard Glissant sur l’avènement d’Obama. » – Anne Laffeter, Les Inrockuptibles, 28 octobre 2008.


Martinique vue du ciel : Trésors cachés et patrimoine naturel

Martinique vue du ciel : Trésors cachés et patrimoine naturel

HC Editions - 2007

Sur les superbes photos d’Anne Chopin, Patrick Chamoiseau dresse un état des lieux des trésors cachés et du patrimoine naturel de la Martinique. Il revisite la Martinique depuis le ciel, qu’elle soit naturelle, touristique, urbanisée et même industrielle. Un cri d’amour autant qu’un cri d’alerte pour prendre conscience de l’incroyable richesse de l’île, mais également de sa fragilité.


Une enfance créole, Tome 3 : A bout d'enfance

Une enfance créole, Tome 3 : A bout d’enfance

Gallimard - 2005

« Un jour, bien des années avant l’épreuve du mabouya, le négrillon s’aperçut que les êtres-humains n’étaient pas seuls au monde : il existait aussi les petites-filles. Intrigué mais pas abasourdi comme il aurait dû l’être, il ne put deviner combien ces créatures bouleverseraient le fil encore instable de sa pauvre petite vie... » Dès lors, où situer ces petites-filles que le négrillon zieute par les persiennes de son école... ces créatures étranges qui « ressemblent à des êtres-humains, sauf qu’elles portent des nattes, des papillottes, et des nœuds papillons assortis aux robes-à-fleurs et à dentelles... » ? Sale temps pour le négrillon qui, à bout de souffle, entre Éros et Thanatos, doit aussi résoudre son Œdipe et explorer les différents usages d’un certain... ti-bout de son anatomie ! Et c’est la quête irrésistible d’une Irréelle, « une chabine aux cheveux mi-rouges mi-jaunes, et aux pupilles indéfinissables », qui referme cette geste subversive de l’enfance et de cette mémoire-sable que le grand « Marqueur de parole » célébrait dans Éloge de la créolité...


Biblique des derniers gestes

Biblique des derniers gestes

Gallimard - 2002

Jadis, au-delà de l’aurore et du crépuscule, les bois symbolisaient la demeure de la divinité, et ainsi de la Martinique. Mais les dieux sont partis laissant derrière eux, dans l’obscurité des siècles, des esprits qui enflamment toujours les racines des forêts, tandis que le temps poursuit sa route. Balthazar Bodule-Jules était né, disait-il, il y a de cela quinze milliards d’années - et néanmoins, en toutes époques, en toutes terres dominées et sous toutes oppressions. Alors que, désenchanté, il décide de mourir, il se souvient tout à coup des sept cent vingt-sept femmes qu’il avait tant aimées... Ces créatures mémorielles le ramènent au long cours de sa vie sur les rives de la Terre, parmi le fracas de ses guerres auprès du Che en Bolivie, de Hô Chi Minh au Vietnam, de Lumumba au Congo, de Frantz Fanon en Algérie... Dans ce vrac de mémoire, le vieux rebelle découvre la dimension initiatique de son enfance soumise à la grandiose autorité d’une femme des bois, Man L’Oubliée, seule capable de s’opposer aux damnations de la diablesse. Il prend la mesure des enseignements d’une ardente communiste que l’on croit être un homme ; puis il élucide enfin l’étrange douceur de celle qui lui paraissait la plus fragile de toutes : la céleste Sarah-Anaïs-Alicia... Le narrateur (Marqueur de paroles et en final Guerrier) s’identifie insensiblement à ce rebelle qui l’emplit d’une connaissance littéraire des temps anciens et des temps à venir. Car, au terme d’une vie dont il ne pensait retenir que l’échec, l’agonisant accède à une autre conscience : cet amour-grand qui relie les contraires...


Le Commandeur d'une pluie suivi de L'Accra de la richesse

Le Commandeur d’une pluie suivi de L’Accra de la richesse

Gallimard Jeunesse - 2002

Patrick Chamoiseau nous invite à partager plus qu’une histoire, celle d’une grande sécheresse et d’un petit bout de négrillon commandeur de pluie. L’histoire aussi des petits, des faibles qui veulent aider, qui peuvent aider…


Elmire des sept bonheurs : confidences d'un vieux travailleur de la distillerie Saint-Etienne, photographies de Jean-Luc de Laguarigue

Elmire des sept bonheurs : confidences d’un vieux travailleur de la distillerie Saint-Etienne, photographies de Jean-Luc de Laguarigue

Gallimard - 1998

« Un siècle de belles-paroles flotte autour de la distillerie Saint-Étienne. Autant que des touffes de bambous dans une ravine sans fond. Des secrets flottent aussi. Une boule de secrets qui raccordent 1893 au jour d’aujourd’hui. Les anciens travailleurs vont sembler les connaître, mais je suis le seul en vérité à les compter dans ma mémoire. » Patrick Chamoiseau.


Emerveilles

Emerveilles

Gallimard Jeunesse - 1998

À partir des peintures de Maure et des récits traditionnels antillais, Patrick Chamoiseau tisse une vingtaine de contes « émerveilles » pour habiller la vie. L’Émerveille mobilise les légendes, les mythes, les fables, les contes, les sagas, les miracles, les événements inexplicables, les êtres incertains, les zombis. Elle mélange le fantastique, l’étrange et la simple merveille de l’âme enfantine… L’Émerveille imagine le monde réenchanté…


Ecrire en pays dominé

Ecrire en pays dominé

Gallimard - 1997

Écrire en pays dominé c’est l’histoire d’une vie, la trajectoire d’une conscience, l’intime saga d’une écriture qui doit trouver sa voix entre langues dominantes et langues dominées, entre les paysages soumis d’une terre natale et les horizons ouverts du monde, entre toutes les ombres et toutes les lumières. Écrivain, Marqueur de Paroles, et finalement Guerrier, Patrick Chamoiseau interroge les exigences contemporaines des littératures désormais confrontées aux nouvelles formes de domination et à la présence du Total-monde dans nos imaginaires.


L'Esclave vieil homme et le molosse

L’Esclave vieil homme et le molosse

Gallimard - 1997

« Du temps de l’esclavage dans les isles-à-sucre, il y eut un vieux-nègre sans histoires ni gros-saut, ni manières à spectacle. Il était amateur de silence, goûteur de solitude. C’était un minéral de patiences immobiles. Un inépuisable bambou. On le disait rugueux telle une terre du Sud ou comme l’écorce d’un arbre qui a passé mille ans. Pourtant, la Parole laisse entendre qu’il s’enflamma soudain d’un bel boucan de vie. Ainsi m’est parvenue l’histoire de cet esclave vieil homme, de son Maître-béké et du molosse qu’on lança à ses trousses. Une histoire à grands sillons d’histoires variantes, en chants de langue créole, en jeux de langue française et de parlures rêvées. Seules de proliférantes mémoires pourraient en suivre les emmêlements. Ici, soucieux de ma parole, je ne saurais aller qu’en un rythme léger flottant sur leurs musiques... » Patrick Chamoiseau.


Une enfance créole, Tome 2 : Chemin-d'école

Une enfance créole, Tome 2 : Chemin-d’école

Gallimard - 1996

Patrick Chamoiseau nous donne ici ses souvenirs d’enfance. Enfance prise dans l’En-ville de Fort-de-France, dans le giron de la merveilleuse Man Ninotte qui ne cesse d’organiser la vie familiale avec un art de vivre et de survivre dont le cocasse et la poésie nous charment. Sous le regard du négrillon se révèle la société créole chatoyante, complexe, aux origines multiples, symbolisée par une ville qui lui ressemble. Il y vivra ses premières expériences : les jeux, la rue, les marchés, le cinéma et aussi la négritude, l’injustice sociale, le racisme.


Martinique

Martinique

Richer - 1994

Romancier originaire des Antilles, Patrick CHAMOISEAU nous convie à visiter " sa " Martinique débarrassée des clichés exotiques. Passant ainsi au travers du miroir-aux-alouettes, le lecteur découvrira les mille et une scènes d’une vie quotidienne antillaise authentique et parfois insolite. Ainsi assiste-t-on à des combats de coqs ou encore à des veillées de conteurs créoles. On descendra dans les marchés typiques, où la moitié des fruits et légumes sont souvent inconnus des " z’oreilles " (français de la métropole) et - bien sûr - on ira " zouker " dans les grands carnavals où la nouvelle musique antillaise rythme le mouvement des danseurs. Quant aux paysages des Antilles.... Il vaut mieux laisser la parole à Patrick CHAMOISEAU : " C’est un bouquet de plages somnolentes et désertes, de mornes doux et de falaises altières, de côtes en chiquetaille et de baies rêveuses, de mangroves magiques où les racines imitent les cathédrales, de terres craquelées comme des écorces succédant à des délires végétaux gorgés d’eau scintillante"...


Une enfance créole, Tome 1 : Antan d'enfance

Une enfance créole, Tome 1 : Antan d’enfance

Gallimard - 1993

Patrick Chamoiseau, auteur de Texaco, prix Goncourt 1992, nous donne ici ses souvenirs d’enfance. Enfance prise dans l’En-ville de Fort-de-France, dans le giron de la merveilleuse Man Ninotte qui ne cesse d’organiser la vie familiale avec un art de vivre et de survivre dont le cocasse et la poésie nous charment. Comme le souligne Milan Kundera, « les souvenirs d’enfance de Chamoiseau sont exempts du moindre narcissisme, l’enfance étant pour l’auteur avant tout l’âge de la plus grande soif de réalité ». Sous le regard du négrillon se révèle la société créole chatoyante, complexe, aux origines multiples, symbolisée par une ville qui lui ressemble. Il y vivra ses premières expériences : les jeux, la rue, les marchés, le cinéma et aussi la négritude, l’injustice sociale, le racisme. Chronique d’une enfance martiniquaise écrite dans une langue réinventée, Antan d’enfance allie l’art du conteur créole à celui des maîtres de la littérature classique.


Texaco

Texaco

Gallimard - 1992

« Une vieille femme câpresse, très grande, très maigre, avec un visage grave, solennel, et des yeux immmobiles. Je n’avais jamais perçu autant d’autorité profonde irradier de quelqu’un... Elle mélangeait le créole et le français, le mot vulgaire, le mot précieux, le mot oublié, le mot nouveau... » Et c’est ainsi que Marie-Sophie Laborieux raconte à l’auteur plus de cent cinquante ans d’histoire, d’épopée de la Martinique, depuis les sombres plantations esclavagistes jusqu’au drame contemporain de la conquête des villes. D’abord, les amours d’Esternome, le « nègre-chien » affranchi, avec la volage Ninon qui périt grillée dans l’explosion de la Montagne Pelée, puis avec Idoménée l’aveugle aux larmes de lumière, qui sera la mère de Marie-Sophie. Dans les temps modernes, Marie-So erre d’un maître à l’autre, au gré de mille et un « djobs » qui l’initient à l’implacable univers urbain. Ses amours sont sans lendemain. Devenue l’âme du quartier Texaco, elle mène la révolte contre les mulâtres de la ville, contre les békés qui veulent s’approprier les terres, contre les programmes de développement qui font le temps-béton. Patrick Chamoiseau a sans doute écrit, avec Texaco, le grand livre de l’espérance et de l’amertume du peuple antillais, depuis l’horreur des chaînes jusqu’au mensonge de la politique de développement moderne. Il brosse les scènes de la vie quotidienne, les moments historiques, les fables créoles, les poèmes incantatoires, les rêves, les récits satiriques. Monde en ébullition où la souffrance et la joie semblent naître au même instant.


Lettres créoles

Lettres créoles

Hatier - 1991

Du XVIIe au XXe siècle. Aux Amériques. Des peuples. Des races. Des langues. Des cultures. Les silences. L’écriture. La parole. Les langages. Le tout emporté par l’idée coloniale. Et en guise de contacts : génocides, attentats, massacres, traite négrière et esclavage. Témoignant de tout cela, littérature que rien n’arrête, surtout pas l’aventure. Dans un décor de plantations, de bourgs, et puis de villes. Avec une obsession : la mer toujours présente. Aux silences caraïbes et des premiers conteurs, se mêlent les émois des mulâtres, les foudres de Césaire, l’émerveillement d’André Breton, les feux de Frankétienne, les dévoilements opaques d’Édouard Glissant. Une légende littéraire qui hèle la liberté. Sans cesse.


Eloge de la créolité

Eloge de la créolité

Gallimard - 1989

« Ni Européens, ni Africains, ni Asiatiques, nous nous proclamons Créoles. Cela sera pour nous une attitude intérieure, mieux : une vigilance, ou mieux encore, une sorte d’enveloppe mentale au mitan de laquelle se bâtira notre monde en pleine conscience du monde. » Publié en 1989, cet éloge de l’identité créole, cette quête lyrique « d’une pensée plus fertile, d’une expression plus juste, d’une esthétique plus vraie », fonde un art poétique qui devait très vite, dans une illustration magnifique, donner des œuvres importantes : Raphaël Confiant a reçu le prix Novembre pour Eau de Café (1991), Patrick Chamoiseau le prix Goncourt pour Texaco (1992). "Neither Europeans, nor Africans, nor Asians, we proclaim ourselves to be Creoles. For us this will be a state of mind, or, rather, a state of vigilance, or, better still, a sort of mental envelope within which we will build our world, in full awareness of the world." Published in 1989, this hymn to the Creole identity, this lyrical quest "for a more fertile way of thinking, for a more accurate means of expression, and for a more genuine aesthetics", laid the foundations of a poetic art that was very quickly, and brilliantly, to produce major works : Raphaël Confiant was awarded the prix Novembre for Eau de Café (1991), and Patrick Chamoiseau received the prix Goncourt for Tewaco (1992).


Manman Dlo contre la fée Carabosse

Manman Dlo contre la fée Carabosse

Editions Caribéennes - 1982

La fée Carabosse colonise une ’île mais Manman Dlo, déesse de l’eau lui fait face. Le combat est inévitable.

Les grands débats en vidéo

Atelier-monde : le peuple qui manque

Saint-Malo 2012

Avec Patrick Chamoiseau, Shumona Sinha, Alaa El Aswany, Makenzy Orcel, Daniel Bougnoux, Philippe Mouillon


Les enjeux de la fiction

Saint-Malo 2012

Interventions de Michel Le Bris, Patrick Chamoiseau, Nancy Huston et Hubert Haddad


Réappropriation de l’histoire

Saint-Malo 2012

Avec Patrick Chamoiseau, Sanjay Subrahmanyan.

Les cafés littéraires

Atelier-monde : le peuple qui manque

Saint-Malo 2012

Avec Patrick Chamoiseau, Shumona Sinha, Alaa El Aswany, Makenzy Orcel, Daniel Bougnoux, Philippe Mouillon


Les enjeux de la fiction

Saint-Malo 2012

Interventions de Michel Le Bris, Patrick Chamoiseau, Nancy Huston et Hubert Haddad


Réappropriation de l’histoire

Saint-Malo 2012

Avec Patrick Chamoiseau, Sanjay Subrahmanyan.

Contes d’ici et d’ailleurs

Avec Patrick Chamoiseau, Pierre Dubois et Halima Hamdane - Saint-Malo 2018

Rencontre à la Maison de l’Imaginaire avec Patrick Chamoiseau, Pierre Dubois et Halima Hamdane, animée par Claudine Glot.


Au-delà de l’indignation que pouvons-nous faire ?

avec Patrick Chamoiseau, Raphaël Glucksmann, Mireille Delmas-Marty et Cédric Herrou - Saint-Malo 2018

Animé par Yann Nicol
avec Patrick Chamoiseau, Raphaël Glucksmann, Mireille Delmas-Marty et Cédric Herrou.


Ce que la littérature peut

avec Patrick Chamoiseau, Hind Meddeb, Isabelle Fruleux, Mohamed Mbougar Sarr et Youssif Haliem - Saint-Malo 2018

Avec Patrick Chamoiseau, Hind Meddeb, Isabelle Fruleux, Mohamed Mbougar Sarr et Youssif Haliem.
Animé par Sophie Ekoué


Dépasser les traumas de l’Histoire

Avec Pascal Blanchard, Felwine Sarr, Abd Al Malik, Patrick Chamoiseau, Wilfried N’Sondé, Jean-Marc Ayrault - Saint-Malo 2018

Après la projection du documentaire Sauvages. Au cœur des zoos humains.
Avec Pascal Blanchard, Felwine Sarr, Abd Al Malik, Patrick Chamoiseau, Wilfried N’Sondé et Jean-Marc Ayrault.
Animé par Yann Nicol.


Y a-t-il des valeurs universelles ?

Avec Patrick Chamoiseau, Mireille Delmas-Marty, Souleymane Bachir Diagne, Jean-Marie Gustave Le Clézio et Mohamed Mbougar Sarr - Saint-Malo 2018

Avec Patrick Chamoiseau, Mireille Delmas-Marty, Souleymane Bachir Diagne, Jean-Marie Gustave Le Clézio et Mohamed Mbougar Sarr
Animé par Yann Nicol.


Édouard Glissant, un monde en relation - Rencontre

Avec Manthia Diawara et Patrick Chamoiseau - Saint-Malo 2018

Rencontre avec Manthia Diawara et Patrick Chamoiseau après la projection du film Édouard Glissant, un monde en relation.
Animé par Yann Nicol


Culture et développement

avec Erik Orsenna, Felwine Sarr, Patrick Chamoiseau et Jean-Christophe Rufin - Saint-Malo 2018

Animé par Sophie Ekoué
Avec Erik Orsenna, Felwine Sarr, Patrick Chamoiseau et Jean-Christophe Rufin.


L’invention du sauvage

Avec Pascal Dibie, Patrick Chamoiseau, Stéphane Breton, Pascal Blanchard, Bob Connolly et Michel Le Bris. - Saint-Malo 2012

Une rencontre entre Pascal Dibie, Patrick Chamoiseau, Stéphane Breton, Pascal Blanchard, Bob Connolly et Michel Le Bris.


Frantz Fanon aujourd’hui

Avec Patrick Chamoiseau, Alice Cherki, Guillaume Pigeard de Gurbert et Isabelle Fruleux - Saint-Malo 2012

Avec Patrick Chamoiseau, Alice Cherki, Guillaume Pigeard de Gurbert et Isabelle Fruleux


Patrick Chamoiseau : une oeuvre-monde

Avec Patrick Chamoiseau, Guillaume Pigeard de Gurbert, Michel Le Bris et Isabelle Fruleux (lectures) - Saint-Malo 2012

Avec Patrick Chamoiseau, Guillaume Pigeard de Gurbert, Michel Le Bris et Isabelle Fruleux (lectures)


Puissances du mythe

Saint-Malo 2011

Dans les années d’arrogance des avant-gardes, quand celles-ci rêvaient à une littérature qui n’aurait plus d’autre objet qu’elle-même, et que la « production textuelle » prétendait remplacer le récit, bref, quand la fiction et donc l’imaginaire se trouvaient frappés d’interdit, le moins que l’on puisse dire est que le mythe n’avait pas bonne presse. Mais comment dire, sans y retourner, l’inconnu du monde qui vient, dans le déploiement de ses puissances ?

Avec Patrick CHAMOISEAU, Hubert HADDAD, Robin HOBB et Ian MC DONALD.
Un débat animé par Willy Persello.


Edouard Glissant, poésie et politique

Saint-Malo 2011

Avec Jean ROUAUD, Michel LE BRIS, Patrick CHAMOISEAU, HADDAD Hubert


Edouard Glissant, le poète

Saint-Malo 2011

Avec Tahar BEKRI, Patrick CHAMOISEAU, BORER Alain, Simone SCHWARZ BART, animé par : Catherine Pont-Humbert


De l’irruption du poétique en temps de crise

Saint-Malo 2009
Dimanche : 11h30 : De l’irruption du poétique en temps de crise
Michel Le Bris, Patrick Chamoiseau, Édouard Glissant, Breyten Breytenbach, Yvon Le Men. Animé par Jacques Darras

Esthétique et politique du Tout-Monde

Saint-Malo 2009
Samedi : 16h15 - Esthétique et politique du Tout-Monde
Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau. Animé par Valérie Marin la Meslée

Le Chamoiseau de toutes les couleurs

Saint-Malo 2009
Dimanche : 16h15 - Le Chamoiseau de toutes les couleurs
William Wilson, Patrick Chamoiseau. Animé par Anne Chevrel

Programme


Samedi

10h00
Inauguration : Osons la fraternité
Café Littéraire

11h30
Dépasser les traumas de l'histoire
Auditorium

14h00
Y-a-t-il des valeurs universelles ?
Auditorium

15h35
Signatures

18h00
France Culture : De cause à effets d’Aurélie Luneau
Rotonde Surcouf

19h15
Signatures
 

Dimanche

10h00
Les contes de la survie
Café Littéraire

11h30
Culture et développement
Cinéma Vauban – Salle 1 (300 places)

14h30
Ce que la littérature peut
Auditorium

16h05
Signatures

18h00
Au-delà de l’indignation, que pouvons-nous faire ?
Auditorium
 

Lundi

10h30
Contes d’ici et d’ailleurs
Maison de l'imaginaire (Chapelle de l'ENSM)

14h30
Signatures

16h00
Dire la fraternité
Café Littéraire