STEFANSSON Jon K.

Islande

Asta (Grasset, 2018)

Romancier, traducteur et poète, Jón K. Stefánsson est l’un des auteurs islandais contemporains les plus reconnus et les plus salués de sa génération. Avec son style unique, il poursuit sa quête des mots afin de transcrire la réalité d’un monde qui nous échappe. Un monde absurde et trop souvent incompréhensible. Il revient avec une œuvre déroutante, dans laquelle la brièveté de la vie s’associe à l’urgence de vivre pleinement, de saisir la beauté de chaque instant, et d’aimer toujours.

Après ses études, il travaille en Islande de l’ouest dans les secteurs de la pêche et de la maçonnerie. Il entreprend par la suite des études en littérature à l’université d’Islande, mais sans les terminer. Pendant cette période, il donne des cours dans différentes écoles et rédige des articles pour le journal Morgunblaðið. Il vit à cette époque à Copenhague et participe à divers travaux, lisant beaucoup. Il rentre en Islande et s’occupe alors de la Bibliothèque municipale de Mosfellsbær jusqu’en 2000. Depuis, il se consacre à la l’écriture de contes et de romans.

Quatre de ses romans ont été traduits en France, chez Gallimard. On avait découvert Jón K. Stefansson avec son magnifique Entre ciel et terre, ouvrage âpre, à la lecture lente et syncopée, dans lequel l’auteur islandais, dans le cadre d’une banale histoire de pêches à la morue au cours du XIXe siècle, traduisait avec force la violence des forces terrestres et célestes. Suivent La Tristesse des anges en 2011 et Le Cœur de l’homme en 2013. Le quatrième opus de cette fresque islandaise, D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, raconte l’exil nécessaire, qui devient l’élément qui sublimera cette terre quittée, âpre et froide, que l’auteur célèbre dans chacune de ses œuvres. Cet ouvrage a remporté plusieurs prix, dont le Meilleur livre étranger et a été finaliste du prix Médicis étranger.

Jón K. Stefansson est de retour avec l’envoûtant Asta, dans lequel il nous éclaire sur ce qui donne toute sa saveur et son intensité à la vie : l’amour.
L’histoire se déroule à Reykjavik, au début des années 50. Sigvaldi, le père d’Asta, se remémore son existence, sa vie avec Helga, l’histoire d’Asta, ses espoirs, ses échecs. Composé par les souvenirs morcelés du père, ce récit fragmenté fait s’entremêler les époques et les générations. La plume à la fois audacieuse et profonde de l’auteur révèle avec beauté l’incompatibilité déroutante qui existe entre « les vérités du cœur » et celles du monde. Cette œuvre nous invite, en dépit de l’insatisfaction chronique humaine, à vivre pleinement l’instant présent.


Bibliographie

  • Asta (Grasset, 2018)
  • D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds (Gallimard, 2015)
  • Le Cœur de l’homme (Gallimard, 2013)
  • La Tristesse des anges (Gallimard, 2011)
  • Entre ciel et terre (Gallimard, 2010)
Asta

Asta

Grasset - 2018

Reykjavik, au début des années 50. Sigvaldi et Helga décident de nommer leur deuxième fille Ásta, d’après une grande héroïne de la littérature islandaise. Un prénom signifiant – à une lettre près – amour en islandais qui ne peut que porter chance à leur fille… Des années plus tard, Sigvaldi tombe d’une échelle et se remémore toute son existence  : il n’a pas été un père à la hauteur, et la vie d’Ásta n’a pas tenu cette promesse de bonheur.

Jón Kalman Stefánsson enjambe les époques et les pays pour nous raconter l’urgence autant que l’impossibilité d’aimer. À travers l’histoire de Sigvaldi et d’Helga puis, une génération plus tard, celle d’Ásta et de Jósef, il nous offre un superbe roman, lyrique et charnel, sur des sentiments plus grands que nous, et des vies qui s’enlisent malgré notre inlassable quête du bonheur.

Traduit de l’islandais par Eric Boury


  • “Sensuel et lyrique, ce grand roman, qui semble en contenir plusieurs tant il palpite de vie, trace pourtant sa voie dans un récit parfaitement maîtrisé où toutes ces bribes d’existence, tous ces destins incandescents s’ajustent pour raconter la mélancolie et les erreurs d’Ásta, sa quête du bonheur et surtout d’amour dont son prénom porte toutes les promesses.” La Croix
  • “Livre de l’amour impossible, du bonheur en fuite et de l’effondrement intime, Asta est aussi celui de la tristesse, de la mauvaise conscience et des reproches, « ces trois archers d’élite qui nous touchent en plein cœur ».” Le Monde
D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds

D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds

Gallimard - 2015

« Elle est plus belle que tout ce qu’il a pu voir et rêver jusque-là, à cet instant, il ne se souvient de rien qui puisse soutenir la comparaison, sans doute devrait-il couper court à tout ça, faire preuve d’un peu de courage et de virilité, pourtant il ne fait rien, comme s’il se débattait avec un ennemi plus grand que lui, plus fort aussi, c’est insupportable, il serre à nouveau les poings, récitant inconsciemment son poème d’amour. Elle s’en rend compte et lui dit, si je dénoue mes cheveux, alors tu sauras que je suis nue sous ma robe, alors tu sauras que je t’aime. » Ari regarde le diplôme d’honneur décerné à son grand-père, le célèbre capitaine et armateur Oddur, alors que son avion entame sa descente vers l’aéroport de Keflavík. Son père lui a fait parvenir un colis plein de souvenirs qui le poussent à quitter sa maison d’édition danoise pour rentrer en Islande. Mais s’il ne le sait pas encore, c’est vers sa mémoire qu’Ari se dirige, la mémoire de ses grands-parents et de leur vie de pêcheurs du Norofjörour, de son enfance à Keflavík, dans cette ville « qui n’existe pas », et vers le souvenir de sa mère décédée. Jon Kalman Stefansson entremêle trois époques et trois générations qui condensent un siècle d’histoire islandaise. Lorsque Ari atterrit, il foule la terre de ses ancêtres mais aussi de ses propres enfants, une terre que Stefansson peuple de personnages merveilleux, de figures marquées par le sel marin autant que par la lyre. Ari l’ancien poète bien sûr, mais aussi sa grand-mère Margret, que certains déclareront démente au moment où d’autres céderont devant ses cheveux dénoués. Et c’est précisément à ce croisement de la folie et de l’érotisme que la plume de Jon Kalman Stefansson nous saisit, avec simplicité, de toute sa beauté.

Traduit de l’islandais par Éric Boury


Revue de presse :

  • « Un grand roman dont la beauté et la force vous emportent. Jón Kalman Stefánsson s’y livre à une réflexion sur la condition humaine portée par un souffle et une grâce qui impressionnent d’un bout à l’autre. » Alexandre Fillon
    Le Journal du Dimanche
  • « La poésie précède tout dans cette Recherche de Stefánsson, qui croit vraiment que la beauté sauvera le monde. »
    Le Monde des Livres
  • « L’Islandais Jón Kalman Stefánsson signe un roman magistral sur les mutations du monde, la faiblesse des hommes, les souvenirs, les regrets et la nécessité de l’écriture. »
    L’Express
  • « L’écriture de Stefánsson est comme le pays dont il est originaire : brute, dépouillée, sublime. »
    Les Inrockuptibles

Le coeur de l'homme

Le coeur de l’homme

Gallimard - 2013

« Où s’achèvent les rêves, où commence le réel ? Les rêves proviennent de l’intérieur, ils arrivent, goutte à goutte, filtrés, depuis l’univers que chacun de nous porte en lui, sans doute déformés, mais y a-t-il quoi que ce soit qui ne l’est pas, y a-t-il quoi que ce soit qui ne se transforme pas, je t’aime aujourd’hui, demain, je te hais – celui qui ne change pas ment au monde. »
Jens le postier et le gamin ont failli ne pas sortir vivants de cette tempête de neige, quelque part dans le nord-ouest de l’Islande. Ils ont été recueillis après leur chute par le médecin du village, et le gamin, une fois de plus, a l’impression de revenir à la vie. Nous sommes au mois d’avril, la glace fondue succède à la neige et au blizzard. Après avoir repris des forces et fait connaissance avec quelques habitants comme cette jeune femme à la chevelure rousse qui met en émoi le gamin, tous deux peuvent finalement reprendre le bâteau pour retrouver une autre communauté villageoise, celle de leur vie d’avant : la belle veuve Geirþrúður, farouchement indépendante, le capitaine aveugle et sa bibliothèque, puis Andrea, la femme du pêcheur Pétur qui rappelle au gamin le pouvoir des mots. Il lui a écrit une de ces lettres qui transforment un destin, l’enjoignant de quitter son mari au cœur si sec...
Conjuguant le romanesque du récit d’aventure à la poésie du roman introspectif, porté par une narration où chaque mot évoque avec justesse les grandes questions existentielles – le passage du temps, l’éveil au désir, l’espoir d’une vie meilleure – aussi bien que la réalité de l’Islande de la fin du XIXe siècle, Le cœur de l’homme nous offre une lecture tout simplement bouleversante.