FELLOUS Colette

France - Tunisie

Pièces détachées (Gallimard, 2017)

Partagée entre la Tunisie et la France, elle fait voyager ses lecteurs à travers les lieux et les instants qui ont marqué sa vie. Son histoire personnelle est sa première source d’inspiration, ses romans sont des bouts de sa vie qu’elle juge important et nécessaire de partager. Dans Pièces détachées, elle aborde le thème du deuil, suite aux attentats de 2015, qui ont réveillé en elle d’autres souffrances.

De son enfance à Tunis à son arrivée à Paris, Colette Fellous fait voyager ses lecteurs à travers les lieux et les instants qui ont marqué sa vie. Si son histoire personnelle est sa première source d’inspiration depuis Roma (1987), c’est naturellement que l’auteur s’est peu à peu tournée vers le genre autobiographique. Elle est également connue pour sa voix qui, chaque semaine, invite les auditeurs de France Culture à la découverte d’une ville sous un angle inédit, dans l’émission Cahier nomade. Dans son dernier roman, Un amour de frère, elle raconte ses premiers pas en France en 1967, guidée par la figure ambiguë et fascinante de l’un de ses frères aînés.,

C’est par ces va-et-vient entre deux villes, deux espaces-temps, que s’opère chez Colette Fellous la reconstruction de la mémoire. Née à Tunis en 1950, arrivée à Paris à l’âge de 17 ans, elle évoque ce double héritage dans ses récits où les lieux, les époques et les personnages, intimement liés, se mélangent au gré des sentiments.

Elle entame en 2001 une trilogie littéraire avec Avenue de France, qui trouvera sa conclusion dans Plein été (Gallimard, 2007). Ces ouvrages marquent sa volonté d’explorer plus profondément son passé : « Je les vois toujours comme des promenades filmées dans mon histoire, dans ce que j’ai gardé de ce que j’ai vu, rêvé ou inventé. » Aujourd’hui, le second opus sorti en 2005, lui vaut de recevoir le prix Marguerite Duras qui récompense en alternance une oeuvre de théâtre, de cinéma et de littérature.

Un amour de frère, paru en 2011, démarre par l’image d’une sandale coincée dans un rail... Alors qu’elle traverse une voie ferrée en Tunisie, Colette Fellous frôle la mort. Cet événement fait remonter en elle une multitude de souvenirs : elle revoit ses premières années à Paris, un Paris littéraire et cinématographique qu’elle découvre avec émerveillement. Au centre de cette vision, il y a Georgy, un frère aîné à la fois ange et mauvais génie, que l’auteur perdra quelques années plus tard. Elle livre en 2014 La préparation de la vie, dont le titre fait écho à La préparation du roman de Roland Barthes ; celui-là même qui impulsa à Colette Fellous l’écriture à la première personne : « Vous savez, vous avez le droit de dire "je" », lui confia-t-il un jour dans un café de l’Odéon. Inspirée par le sémiologue, l’auteure se replonge dans son passé pour y dénicher les racines de son univers littéraire et les événements qui ont construit son imagination.

Colette Fellous rédige son dernier ouvrage, Pièces détachées, suite au décès d’un de ses amis en 2015, année où la Tunisie, comme la France, fut frappée par de terribles attentats. Elle évoque plusieurs figures qui ont marqué sa vie et propose un récit sincère et riche en émotions.


Bibliographie :

  • Pièces détachées (Gallimard, 2017)
  • La Préparation de la vie (Gallimard, 2014)
  • Un amour de frère (Gallimard, 2011)
  • Pour Dalida (Flammarion, 2010)
  • Plein été (Gallimard, 2007)
  • Aujourd’hui (Gallimard, 2005 - Prix Marguerite Duras 2005)
  • Dernières nouvelles de l’été (Elyzad, 2005)
  • Maria Maria, avec Paul Nizon (Maren Sell éditeurs, 2004)
  • Avenue de France (Gallimard, 2001)
  • Le petit casino (Gallimard, 1999)
  • Amor (Gallimard, 1997)
  • Le Petit Palais (Mille et nuits, 1995)
  • Midi à Babylone (Gallimard, 1994)
  • Frères et soeurs (Juliard, 1992)
  • Rosa Gallica (Gallimard, 1989)
  • Calypso (Denoël, 1987)
  • Roma (Denoël, 1982)
Pièces détachées

Pièces détachées

Gallimard - 2017

Dans la nuit qui a suivi l’attentat sur la plage de Sousse le 26 juin 2015, une femme écrit, face à la mer de Sidi Bou Saïd : « Il faut que je raconte avant demain, que je témoigne, très vite, ce livre sera mon nocturne, puis je rendrai les clefs, je partirai. Cette femme, je la reconnais, c’est moi. Moi dans ce livre qui veut raconter l’histoire de ce père né et mort au XXe siècle, et l’histoire de ce monde d’ici, de ce village de Tunisie que je vais devoir abandonner, dans cette année 2015, année terrifiante, sans répit, aux couleurs nouvelles du XXIe siècle. Maintenant qu’ils sont morts, je me dis que je ne pourrai les consoler qu’en écrivant. En sachant malgré tout que je ne rattraperai rien : à mon tour je dois partir, quitter ceux que j’aime, peut-être ne plus revenir, je ne sais pas encore. »

À l’annonce de la mort brutale d’Alain, un ami proche, en pleine mer, ressurgit celle du père, en écho. Tous deux ont été atteints au cœur. C’est toujours le cœur qui est attaqué, celui des êtres aimés, celui d’un pays devenu si fragile, celui des exilés.

Colette Fellous poursuit ici son exploration des temps et des lieux, en superposant librement passé et présent, Tunisie et Normandie, visages et musiques, pour dire son attachement au monde et à tous ces êtres rencontrés, proches ou parfois plus lointains. Une déclaration d’amour, de celle qui s’en va.

Revue de presse :

"L’écriture poétique de Colette Fellous, l’alternance entre passé et présent, la France et la Tunisie, le réel et le rêve, donnent une puissance magnétique à ce livre qui est une traversée de vie, une recomposition de l’être, un long poème, une ode à l’amour de la vie…" (Laurent Borderie, L’Orient littéraire)

"Pièces détachées, de Colette Fellous, est un livre dont la douceur fait beaucoup de bien, non parce qu’elle serait un évitement du mal ravageant la planète, mais parce qu’elle répond à la violence de la stratégie de la terreur actuelle par l’arme de la délicatesse." (L’Intervalle)

"Pièces détachées, son dernier livre, interroge notre réaction face à un monde qu’elle juge en miettes." (TV5 Monde)

La préparation de la vie

La préparation de la vie

Gallimard - 2014

"Roland Barthes est devenu mon guide vagabond, il apparaît et disparaît, il n’y a jamais eu aucune contrainte dans notre lien : c’était notre pacte, il l’est resté. Tant d’années après, sa voix est là, inchangée, elle m’accompagne et je l’aime. Je l’emporte toujours dans mes bagages quand je voyage ou quand je retourne en Tunisie, comme si elle était mon enfance, comme si elle comptait davantage que ma famille. J’écoute son dernier séminaire au Collège de France, de 1978 à 1980 : La préparation du roman. Devant ce grand rectangle d’eau, à Sidi Bou Saïd, en suivant sa voix et sa recherche infinie d’un roman qui serait absolu, unique et finalement impossible à écrire, je le rends complice de tout ce que je vois, de tout ce dont je me souviens, de tout ce dont je suis témoin, au coeur de cette Tunisie en grande métamorphose depuis le 14 janvier 2011. Oui, devant ce grand rectangle découpé dans la Méditerranée, sur cette terre de naissance dont je ne veux pas me séparer, je compose ce livre labyrinthe, à la fois pour lui rendre hommage et pour le remercier de m’avoir aidée à préparer ma vie, depuis le jour où, en 1975, dans un café de l’Odéon, il m’a dit, amical et affectueux : "Vous savez, vous avez le droit de dire je"".


Revue de presse


Un amour de frère

Un amour de frère

Gallimard - 2011

Une sandale qui se prend dans un rail. Colette tombe. Le train de Tunis arrive. À la dernière seconde, elle parvient à ramper hors de la voie. Elle s’était crue morte.

Cette forte émotion déclenche un tourbillon d’images, de souvenirs. C’est un vertige qui fait danser les lieux, les moments, les mots, les voix. En particulier, Colette revit et nous fait revivre les années 1967-1968, les hôtels, les chambres de bonnes, la Sorbonne, les petits métiers, le Festival d’Avignon. Paris, ses cafés, ses restos, ses cinémas de la rive gauche.

Mais la figure dominante est celle de son frère Georgy, diabétique dès l’enfance et qui mourut à vingt-sept ans. Colette éprouve un immense amour pour lui, à cause de sa fragilité. « J’acceptais qu’il soit mon maître ». Jusqu’au jour où elle comprend qu’il est son mauvais génie. « Il aura été mon initiateur diabolique. (...) J’aurais accepté de me vendre pour lui plaire et s’il avait vécu plus longtemps, il m’aurait poussée à le faire, il avait déjà essayé plusieurs fois, je n’aurais pas pu refuser. »

On retrouve ici Colette Fellous telle que le lecteur l’a aimée dans ses récits précédents, plus une nouvelle dimension, proche du tragique


Revue de presse

  • "Tel un poème, le magnifique récit de Colette Fellous est à la fois "ouvert, mobile, transparent, et complètement secret, à jamais secret". Accompagné par les sombres accents d’une cantate de Bach, Actus tragicus, c’est un splendide mémorial pour la vie brève d’un frère tant aimé, éperdu dans sa poursuite d’une "beauté noire, brillante, fatale, magique"." Le Monde
  • "Dans la capitale de tous les possibles, à la fin des années 1960, Colette Fellous fait le plein de cinéma, de théâtre, de musique, de livres, mais elle fait surtout le plein de Georgy, ce frère adulé et malade qui la hante et auquel elle dédie ce récit qui ressemble à une chanson noire de Barbara." Le Nouvel Obs
  • Colette Fellous parle de son livre Un amour de frère pour Librairie Mollat :
  • Entretien sur France Culture dans l’émission "Du jour au lendemain" :

Un amour de frère

Un amour de frère

Gallimard - 2011

Une sandale qui se prend dans un rail. Colette tombe. Le train de Tunis arrive. À la dernière seconde, elle parvient à ramper hors de la voie. Elle s’était crue morte.
Cette forte émotion déclenche un tourbillon d’images, de souvenirs. C’est un vertige qui fait danser les lieux, les moments, les mots, les voix. En particulier, Colette revit et nous fait revivre les années 1967-1968, les hôtels, les chambres de bonnes, la Sorbonne, les petits métiers, le Festival d’Avignon. Paris, ses cafés, ses restos, ses cinémas de la rive gauche.
Mais la figure dominante est celle de son frère Georgy, diabétique dès l’enfance et qui mourut à vingt-sept ans. Colette éprouve un immense amour pour lui, à cause de sa fragilité. « J’acceptais qu’il soit mon maître ». Jusqu’au jour où elle comprend qu’il est son mauvais génie. « Il aura été mon initiateur diabolique. (...) J’aurais accepté de me vendre pour lui plaire et s’il avait vécu plus longtemps, il m’aurait poussée à le faire, il avait déjà essayé plusieurs fois, je n’aurais pas pu refuser. »
On retrouve ici Colette Fellous telle que le lecteur l’a aimée dans ses récits précédents, plus une nouvelle dimension, proche du tragique.

La préparation de la vie - Colette Fellous

Saint-Malo 2014

Avec Colette Fellous.
Animé par Christelle Capo-Chichi.