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Saint-Malo Archives : 2002 
 

Du Monde Entier : Bamako à livre ouvert

11 juin 2006.

Etonnants Voyageurs à Bamako : 21 au 25 février 2002

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Un festival à Bamako, mais aussi à Mopti, à Kita, à Koulikouro. Une grande fête du livre pour 80 écrivains venus de toute l’Afrique, organisée avec le soutien des Ministères de la Culture et des Affaires étrangères, du Conseil Général d’Ille-et-Vilaine.
Des Débats passionnants, parfois houleux, toujours généreux. Et l’évidence qu’est en train de déferler une nouvelle vague d’écrivains qui va tout bousculer. Bonne nouvelle, pour le roman français !

Bamako, ville du livre en Afrique de l’Ouest ?
A priori, rien ne destinait la capitale du Mali à se prévaloir de cette distinction. A Bamako, à l’aube de ce XXIe siècle, le griots continuent à transmettre oralement la geste des peuples et des familles. En dépit des priorités affirmées, les enfants écartés de l’école dans le pays sont plus nombreux, à chaque rentrée, que ceux qui ont eu la chance de trouver une place dans une classe de toute façon surpeuplée.
Les écrivains doivent batailler avec leur famille et leur milieu pour oser s’isoler devant leur feuille blanche ou leur ordinateur. Dans la bousculade frénétique mais nonchalante des rues de la ville qui s’étale de part et d’autre du fleuve Niger, on peut être "libraire pas terre" sans même savoir lire et on compte sur les doigts d’une main le vraies librairies. D’ailleurs, qui peut s’offrir ces romans ou ces essais dont le prix peut égaler le salaire mensuel d’un manœuvre…

Bamako, ville du livre en Afrique de l’Ouest !
Oui, sur ce terrain aride, l’amour du livre a pris racine. Il faut voir ces jeunes, rassemblés sous les lampadaires des rues ou le néon tremblant d’une boutique, plonger dans les bouquins avec avidité le soir venu. Il faut rencontrer ces paysans de la brousse, alphabétisés depuis peu, réclamer de quoi lire pour ne pas perdre un savoir difficilement acquis. Ou bien demander que l’on écrive et que l’on édite le récit de leurs combats actuels contre l’injustice et la pauvreté, pour mieux en garder la mémoire. Il faut soulever avec eux le couvercle d’une malle de fer où l’on range les livres comme des trésors pour leur épargner la poussière ou les termites.
Il faut avoir partagé les rencontres initiées par le festival Etonnants Voyageurs à Bamako, depuis deux ans maintenant. Dans les lycées ou l’Université, dans les débats et les cafés littéraires, devant les stands des éditeurs, ils sont des dizaines à s’agglutiner autour des écrivains venus d’Afrique, des Antilles ou d’Europe, cueillant les mots vifs, les échanges provocants, bousculant la langue française qui bouillonne et se métisse avec bonheur.
Ici s’affirment dans une joyeuse irrévérence, dans une rageuse impertinence, sans souci d’école littéraire, les écrivains africains d’aujourd’hui, les écritures francophones de demain.
"L’avenir de l’Afrique, lumineux, forcement lumineux", disait Wole Soyinka, premier prix Nobel de littérature africain. L’avenir du livre en Afrique, a-t-on le droit de le rêver autrement ?
Josiane Guéguen

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Tahar Bekri. La poésie et le Maghreb étaient aussi présents à cette grande fête de la littérature africaine. Florent Couao-Zotti et Ken Bugul, deux des quatre-vingt auteurs invités aux rencontres de Bamako.