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Saint-Malo Archives : 2012 
 
FESTIVAL DU FILM

Les coups de cœur de Patrice Blanc-Francard

4 mai 2012.
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De Tanger à la Namibie, du Makay, ce plateau encore inexploré de Madagascar, au rêve brisé des aborigènes du centre rouge australien, en passant par l’image inoubliable d’une façade de banquise, véritable gratte-ciel de glace qui s’effondre presqu’au ralenti, voici mes films coups de cœur de la programmation cinéma de ce cru 2012 du festival Étonnants Voyageurs.

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Plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis que Betty et Jacques Villeminot ont décidé de consacrer leur vie à ceux qu’on appelle désormais les peuples premiers. Aujourd’hui, chez eux, au coin de la cheminée, leurs regards brillent toujours de cette étrange flamme, la passion de la découverte. Dans les années 1950, ils furent parmi les premiers à rapporter des images et des sons qui témoignent de l’extraordinaire sens de l’écologie et du sens de l’humain des Aborigènes d’Australie, dont le mode de vie n’avait pas encore été saccagé. Une leçon d’ouverture et de clairvoyance à découvrir dans Le rêve brisé des aborigènes de Patrick Bernard (Anako Productions/2011/52’).

On oublie souvent que Madagascar est un territoire plus grand que la France. Et qu’il y reste encore des terres inexplorées. Comme cette sorte de “Continent Perdu” qu’est le massif du Makay au nord-est du pays. Une équipe de jeunes scientifiques va y jouer là les Indiana Jones de la bio-diversité. Et pas à pas, à coup de machette, on entre avec eux dans cette jungle de l’extrême filmée dans Makay, les aventuriers du monde perdu de Pierre Spine (Gédéon/90’/2011).

Tanger, nid d’espions. Ici s’arrête la légende. Le Tanger dans lequel nous emmène la jeune réalisatrice marocaine Leila Kilani n’a rien de la destination romantique qui fut la marque de la ville il y a un demi-siècle. Sur la Planche raconte l’histoire de quatre filles d’une vingtaine d’années. À cet âge à Tanger une seule issue : l’usine. Pour les plus chanceuses, le textile, et pour d’autres, les “crevettes”, le décorticage de crustacés comme unique horizon. À l’envers de tous les clichés, noir et rageux. En un mot, formidable.

La BBC est la référence mondiale du documentaire environnemental. Les équipes de David Attenborough n’ont pas lésiné sur les moyens pour ramener ces vues saisissantes d’une glace qui se brise sous nos pieds, des ours blancs que l’on regarde chasser et jouer en se demandant si nous n’assistons pas là à leur extinction programmée. L’un des tournants de l’histoire de l’humanité se joue peut-être devant nous devant les caméras HD anglaises et l’étincelante beauté que révèlent les images de Fragile banquise (BBC/2012/48’) rend cette issue encore plus dramatique.

Tout le monde le sait, les Anglais ont inventé le sens de l’humour. Un label, une marque de fabrique, une imprégnation génétique qui n’appartiendrait qu’à eux. Eh bien les Himbas viennent de prouver à la face du monde que tout ça n’est qu’un cliché de plus, faux et archifaux. Les Himbas sont l’une des peuplades les plus photographiées du monde. Et cette tribu namibienne a décidé de prendre les choses en main – notamment micro et caméra – pour qu’on arrête de les représenter sous la forme de primitifs emplumés, passe-temps presque quotidien des touristes sud-africains de passage. Avec Les Himbas font leur Cinéma, et la collaboration de l’ethnologue française Solenn Bardet, qui vit avec eux depuis dix ans, les Himbas délivrent un message d’une irrésistible drôlerie, et renvoie le regard occidental à ses chères études, avec un sens de l’humour à rendre jaloux Woody Allen lui-même.

Patrice Blanc-Francard