Word Alliance : nous étions au Bookworm Festival de Pékin (9-23 mars 2012)

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Après Jaïpur en janvier dernier, Emmanuel Delloye représentait Etonnants Voyageurs au « Bookworm International Literary festival » qui a eu lieu à Pékin du 9 au 23 mars. Il nous livre ses impressions sur ce festival intimiste et convivial, où écrivains chinois et étrangers dialoguent avec une liberté de ton rare. Prochaine étape dans la découverte de nos partenaires de la Word Alliance : le Pen Club Festival de New York du 30 avril au 6 mai prochain.

Une oasis dans le géant Pékin. Perdu au milieu d’immeubles dont on a peine à imaginer la taille, c’est un petit bâtiment vert en étage où l’on accède par un escalier raide et étroit. On entre par le café, ou plutôt le wi-fi café, à en juger par le nombre de personnes assises devant leurs ordinateurs. Alexandra Pearson, anglaise et pékinoise de longue date, a créé cet espace il y a 7 ans. Le Bookworm -c’est le nom du lieu, est à la fois une librairie, une bibliothèque de prêt et un café, le tout dans trois pièces. Des étagères remplies de livres couvrent tous les murs. Tout au long de l’année le Bookworm accueille un public de lecteurs et leur offre régulièrement des rencontres avec des écrivains, des concerts, des expositions, des films. Début avril, six pianistes se succéderont pour célébrer le cent cinquantième anniversaire de la naissance de Claude Debussy.

Chaque mois de mars, le festival ouvre ses portes pour deux semaines. Les événements du festival se déroulent dans une seule pièce fermée par un rideau qui peut contenir jusqu’à 100 personnes. On chuchote dans les deux autres quand les auteurs débattent. Si la communauté étrangère de Pékin est bien représentée, le public chinois est là aussi. On y parle plus volontiers l’anglais, et bien sûr le chinois traduit par des interprètes occidentaux impressionnants d’aisance. Cette année 70 auteurs sont invités, originaires de 20 pays, dont 14 chinois. Beaucoup de thèmes évoqués dans les tables rondes ou les entretiens individuels traitent de la Chine, celle d’hier et celle d’aujourd’hui, à travers des romans, des romans policiers, des essais, des poèmes, dont bon nombre, écrits en chinois, ne sont pas encore traduits en langue étrangère. Le dernier roman de Mai Jia, par exemple, conte une histoire d’espionnage palpitante, sur fond de guerre civile entre Kuomintang et communistes, mais il faudra patienter avant de pouvoir la lire en traduction. D’autres écrivains chinois sont déjà publiés en Angleterre et aux Etats-Unis, et aussi en France, comme Yu Hua (Brothers, La Chine en 10 mots), Zhang Lijia (Vive le socialisme) , Zhu Wen (I love dollars) et bientôt Fan Wen. Les auteurs chinois s’expriment avec une liberté de ton qui parfois peut surprendre.

Si on croise peu de stars internationales – Gary Shteyngart est sans doute le plus connu, on y écoute de jeunes écrivains prometteurs, tels la polonaise Dorota Maslowska (Polococktail party), l’irlandaise Belinda McKeon, la norvégienne Kjersti Skomsvold ou le catalan Albert Sanchez Pinol (Pandore au Congo) qui éveillent la curiosité des étudiants chinois venus nombreux. Luka Lesson, australien d’origine grecque, fantastique slameur, déchaîne l’enthousiasme tout comme le britannique de Pékin Andrew Simons, celui qui a appris aux chinois à aimer le football (Des Bambous dans la surface de réparation).

L’exiguïté du lieu favorise les rencontres et crée une atmosphère très conviviale. On arrive sans peine à faire signer son livre à l’écrivain qu’on vient d’écouter avant de trinquer avec lui.
Mais ne croyez pas que le Bookworm Festival se limite à ce petit bâtiment vert : une trentaine d’espaces divers dans Pékin, universités, écoles internationales, écoles pour enfants migrants, un grand hôtel partenaire , l’institut Cervantès de Pékin, une grande librairie s’associent au festival et organisent également des débats et des rencontres. Aux mêmes dates qu’à Pékin, le Bookworm s’installe également dans deux autres villes, Chengdu, capitale du Sichuan et Suzhou dans la province du Jiangtsu.

Chaque année le Bookworm Festival fait une place particulière à un pays. Cette année, c’est le Canada représenté par 5 auteurs. Un seul français, Olivier Philiponnat, est venu présenter sa biographie d’Irène Némirovski, mais en 2014 c’est la France qui sera sous les feux de la rampe.

Emmanuel Delloye, ambassadeur d’Étonnants Voyageurs au sein de la Word Allliance