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MEUR Diane

Belgique

La Carte des Mendelssohn (Sabine Wespieser, 2015)

© Philippe Matsas / Opale

Biographie

Jeune étudiante belge, Diane Meur débarque en 1987 à Paris avec la ferme intention de devenir écrivain. Mais cette bûcheuse polyglotte se retrouve happée dans l’engrenage des études : deux Khâgnes, puis Normal Sup’, la Sorbonne en lettres modernes et finalement l’EHESS en sociologie de la littérature l’éloignent peu à peu de son rêve.

Adepte de la gymnastique sémantique, elle embrasse avec passion une carrière de traductrice : elle traduit aussi bien des essais de sociologie, avec Erich Auerbach, Hanns Eisler, que les romans de Paul Nizon ou Tariq Ali. Néanmoins, à sa grande surprise, elle reprend son travail d’écriture en 2002 et signe un premier roman, La vie de Mardochée de Löwenfels, écrite par lui-même.

Son savoir-faire de traductrice n’est pas pour rien dans la beauté de sa prose : Diane Meur pèse patiemment ses mots, et affine un style poétique et référencé. "Je pense que la traduction est une merveilleuse école de style, une école d’écriture qui apprend à travailler de très près sur les mots, les phrases, les rythmes, les images. Mon écriture en reste très marquée et, au quotidien, le peaufinage d’une traduction et celui d’un texte à moi ne me paraissent pas des tâches très différentes. » Déclare-t’elle dans une interview à Alice Saintout et Célia Bascou.

Passionnée par la question du langage, elle interroge notre rapport à la parole au fil des romans. Dans Les Vivants et les Ombres, lauréat du Prix Victor Rossel en 2007, elle confie ainsi la narration à une maison, témoin des déchirements et des amours d’une famille austro-polonaise de 1848 à 1914.

Ancré dans une antiquité fictive, Les Villes de la plaine raconte l’histoire d’un scribe, Asral, qui au contact du peuple décide un jour d’abandonner la langue écrite ancestrale pour une langue vernaculaire, comprise de tous. Pour Diane Meur, l’écriture romanesque est aussi un moyen de questionner le présent à travers l’histoire. Les Villes de la plaine réserve une vertigineuse surprise en entrecoupant les péripéties d’Asral par le récit de la découverte, des siècles plus tard, des ruines de cette civilisation mésopotamienne par des archéologues. Au delà de la soudaine mélancolie provoquée par la disparition promise de cette civilisation, Diane Meur choisit de questionner le lecteur sur la place de l’héritage que nous voulons transmettre et nous donne ainsi une terrible leçon d’humilité.

Avec La Carte des Mendelssohn, publié en 2015, la romancière nous enchante par ses libres variations sur les figures tragiques et excentriques de la lignée des Mendelssohn, tout en nous dévoilant ses sources et sa chronologie, tout en mêlant sa propre vie à la matière de son livre. Tour de force d’un écrivain qui jamais ne perd le nord, La Carte des Mendelssohn finit par mettre à mal toute idée de racines, et par donner une image du monde, comme un riche métissage où nous serions tous un peu cousins.


Bibliographie

  • La Carte des Mendelssohn (Sabine Wespieser, 2015)
  • Les Villes de la plaine (Sabine Wespieser, 2011)
  • Les Vivants et les Ombres (Sabine Wespieser, 2007)
  • Raptus (Sabine Wespieser, 2004)
  • La Dame blanche de la Bièvre (Labor, 2004)
  • Le Prisonnier de Sainte-Pélagie (Labor, 2003)
  • La vie de Mardochée de Löwenfels, écrite par lui-même (Sabine Wespieser, 2002)

Traductions de l’Allemand au Français :

  • Jan Assmann, La mémoire culturelle : Écriture, souvenir et imaginaire politique dans les civilisations antiques (Éditions Aubier, 2011)
  • Tariq Ali, Le Livre de Saladin (Sabine Wespieser, 2008)
  • Tariq Ali, Un Sultan à Palerme (Sabine Wespieser, 2007)
  • Paul Nizon, La Fourrure de la truite (Actes Sud, 2006)
  • Erich Auerbach, Figura (Macula, 2003)
  • Heinrich Heine, Nuits florentines, précédé de Le Rabbin de Bacharach et de Extraits des mémoires de Monsieur de Schnabeléwopski (Éditions du Cerf, 2001)
  • Harald Weinrich, Léthé. Art et critique de l’oubli (Fayard, 1999)
  • Erich Auerbach, Écrits sur Dante (Macula, 1999)
    - Erich Auerbach, Le Culte des passions. Essais sur le xviie siècle français (Macula, 1998)
  • Hanns Eisler, Musique et société (Éditions de la Maison des Sciences de l’homme, 1998)
La Carte des Mendelssohn

La Carte des Mendelssohn

Sabine Wespieser Editeur - 2015

Je savais que Felix Mendelssohn le compositeur (1809-1847) était le petit-fils de Moses Mendelssohn le philosophe (1729-1786), et longtemps je n’en ai pas pensé grand-chose. Un jour pourtant, j’ai pensé à l’homme qui avait été le père du premier et le fils du second. Quel merveilleux sujet de roman, m’étais-je dit alors. D. M.
Au retour d’un séjour marquant à Berlin, Diane Meur, fidèle à son goût pour les filiations, décide de mener l’enquête sur Abraham Mendelssohn, banquier oublié de l’histoire, qui servit de pont entre le Voltaire allemand et un compositeur romantique plus précoce encore que Mozart. Mais comment ne pas remonter d’abord à l’origine, à Moses, le petit infirme du ghetto, qui à onze ans maîtrisait Torah et Talmud, à quatorze ans partit seul sur les routes rejoindre à Berlin un professeur bien-aimé ? Comment, en pleines années 2010, ne pas se passionner pour cet apôtre de la tolérance, grand défenseur de la liberté de culte et d’opinion ? Et, accessoirement, père de dix enfants dont le banquier Abraham n’était que le huitième…
Happée par son sujet, l’auteur explore cette descendance, la voit s’étendre au globe entier et aux métiers les plus divers, jusqu’à une ursuline belge, des officiers de la Wehrmacht, un planteur de thé à Ceylan. Même quand on est, comme elle, rompue aux sagas familiales d’envergure, impossible de tenir en main cette structure : l’arbre généalogique se transforme en carte, La Carte des Mendelssohn, qui envahit d’abord la table de son salon, puis le projet lui-même.
Le roman devient dès lors celui de son enquête, une sorte de Vie mode d’emploi où la famille tentaculaire apparaît comme un résumé de l’histoire humaine.


Revue de presse

« En se lançant dans l’étude de cette famille prolifique, où on trouve un compositeur célèbre, un philosophe majeur ou un banquier d’importance, Diane Meur dresse la carte d’un pays éclairé en même temps qu’elle peint avec brio le roman d’une histoire familiale passionnante. » Frédérique Roussel, Libération.

« Érudite et fantaisiste, reine du détail pointu et de la digression continue, Diane Meur est une romancière dont la puissance narrative rime avec l’enquête historique sans a priori. […] La Carte des Mendelssohn, son nouveau livre, se déplace encore dans le temps et l’espace, entre 1730, 1820 et aujourd’hui, pour une incroyable enquête autour des Mendelssohn. »
Christine Ferniot, Lire.

« À la fois Circé du fait du puissant attrait exercé par son récit vagabond entre découvertes historiques et déboires personnels, et Clio par la pédagogie qu’elle manifeste lorsqu’elle expose, par exemple, l’affaire Lavater (1769-1770) qui opposa Moses Mendelssohn au penseur luthérien, Diane Meur ­retrace la lignée du philosophe des Lumières comme s’il s’agissait d’un pays aux frontières mouvantes. » Macha Séry, Le Monde des Livres.

Les villes de la plaine

Sabine Wespieser Editeur - 2011

Les Villes de la plaine est un roman antique, campé dans une civilisation imaginaire qui emprunte des traits à l’Egypte et à la Babylonie, mais aussi à l’Ancien Testament. Une civilisation du Livre, monothéiste avant l’heure, qui malgré son exotisme nous est bien plus proche qu’il n’y paraît. Asral, le personnage-clef du roman, est scribe : sa mission est de produire une copie neuve du « testament d’Anouher », ce héros mythique qui donna des lois à la ville de Sir. Très vite il s’avise que la langue sacrée qu’il transcrit est vieillie, que ses mots ont changé de sens, et que par conséquent la vraie fidélité à l’esprit des lois consisterait à les reformuler, afin qu’elles soient à nouveau comprises telles qu’elles avaient été pensées quatre ou cinq siècles plus tôt. Il se lance dès lors, secrètement, dans la rédaction d’une deuxième « copie », qui est en fait une traduction. Son garde, un fruste montagnard, est pour lui un soutien précieux : pas seulement pour aller chercher des rouleaux de papyrus supplémentaire dans les magasins du haut palais, en prétextant que la réserve a brûlé. Mais aussi pour l’aider, par son bon sens et son recul d’étranger nouvellement arrivé, à trouver le mot juste : c’est qu’Ordjeneb (Ordjou pour les intimes, écrit malicieusement l’auteur) ne maîtrise ni la langue ni les codes de cette ville, qui en est confite. Il le paie chèrement le jour de son arrivée, c’est la première scène du livre, quand, demandant sur la place du marché le sens des paroles d’une chanson, il transgresse un interdit en prononçant le nom d’Anouher. Trois solides gaillards le tabassent et il ne doit le salut qu’à une jeune veuve qui l’héberge pour la nuit… Le lendemain matin, elle lui conseille d’aller voir le scribe, dont elle est la lingère et dont elle sait qu’il cherche un domestique. C’est tout le talent de Diane Meur que de parvenir, dès les premières pages de son livre, à incarner ses personnages dont les puissants affects embarquent le lecteur pour des épisodes haletants. Car il n’est pas question que de lettre et d’esprit dans ce formidable roman. Ordjou s’est follement épris de la belle lingère dont tout le sépare pendant qu’Asral soupire pour un jeune chanteur du faubourg des vanniers… Quant à l’entreprise de traduction du scribe, elle n’est pieuse qu’en apparence : les juges de la ville, exégètes attitrés de l’Ecriture, ont tôt fait d’en avoir vent et d’en mesurer le caractère subversif. Et les découvertes d’Asral sur un texte dont il comprend qu’au fil du temps il a été amendé, interpolé, voire amplifié, seront démystifiantes sur un plan religieux et, sur un plan politique, proprement révolutionnaires. Au point que, l’entreprise d’élucidation devenue hérésie et schisme, le cadre figé de la vie à Sir explose, entraînant une guerre civile qui devient rapidement guerre tout court. Car l’autre ville de la plaine, peuplée de transfuges et de bannis de la première (elle est à Sir ce que le Nouveau Monde est à l’ancien), se lance dans un jeu retors d’alliances. La dissension religieuse tournera à l’affrontement territorial et ethnique… La ville de Sir survivra-t-elle ? A long terme, il semble bien que non, quelques flash-forwards nous montrent une expédition d’archéologues prussiens, vers 1840, en train de mettre au jour ses premiers vestiges. Diane Meur, entre mythe et archéologie, érudition et parodie, brosse une fresque d’autant plus éblouissante qu’elle donne d’intéressantes clefs de réflexion sur le monde d’aujourd’hui… sans que jamais ne soit perdu le pur plaisir du mensonge romanesque.

Les grands débats en vidéo

Le roman de la ville

Saint-Malo 2012

Avec Makenzy Orcel, Cathi Unsworth, Ian Rankin, Diane Meur. Animé par Kerenne Elkaim.

Les cafés littéraires

Le roman de la ville

Saint-Malo 2012

Avec Makenzy Orcel, Cathi Unsworth, Ian Rankin, Diane Meur. Animé par Kerenne Elkaim.

Le roman de la ville

Avec Makenzy Orcel, Cathi Unsworth, Ian Rankin et Diane Meur - Saint-Malo 2012

Avec Makenzy Orcel, Cathi Unsworth, Ian Rankin et Diane Meur. Une rencontre animée par Kerenn Elkaim


Belgique d’aujourd’hui

Avec Diane Meur, Bernard Quiriny, Corinne Hoex, et Chantal Deltenre. - Saint-Malo 2012

Avec Diane Meur, Bernard Quiriny, Corinne Hoex, et Chantal Deltenre. Une rencontre animée par Jacques De Decker


Mondes antiques

Avec Diane Meur, Christos Chryssopoulos et Jean-Marie Blas de Roblès - Saint-Malo 2012

Une rencontre entre Diane Meur, Christos Chryssopoulos, et Jean-Marie Blas de Roblès animée par Yann Nicol.