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SINHA Shumona

France

Apatride (L’Olivier, 2014)

©Patrice Normand

Shumona Sinha a été l’une des révélations majeures de la rentrée 2011 avec un second roman, Assommons les pauvres !, sélectionné pour le prix Renaudot. À l’opposé d’une vision uniforme du migrant et loin de tout angélisme, Shumona Sinha fait défiler, dans le huis-clos d’un bureau où l’on examine les demandes d’asile, les visages multiples de l’immigration contemporaine. La force de ce texte tient dans son souci de transmettre de façon poétique certaines des interrogations existentielles propres au monde mobile, globalisé dans lequel nous vivons. Le roman questionne la notion d’identité et les multiples manières d’appartenir à un territoire, montre la fragilité des destins individuels confrontés à la mécanique sociale et administrative.

D’origine indienne, la romancière, née en 1973 à Calcutta, obtient à l’âge de 17 ans le prix du meilleur jeune poète du Bengale. Fascinée par la France et la langue de Molière, elle arrive à Paris en 2001 et obtient un DEA en lettres modernes à la Sorbonne. À peine dix ans après, son style est déjà affirmé, parsemé de métaphores et d’images frappantes de justesse. On retrouve dans ses trois romans la même prose poétique aux accents autobiographiques : menés par des narratrices ayant comme elle quitté l’Inde pour la France, ils racontent le déracinement, l’expérience combinée de la liberté et de la perte, le deuil des fantasmes entourant le pays d’accueil comme la patrie d’origine.

Plongée politiquement incorrecte dans l’univers des réfugiés, Assommons les pauvres ! s’inspire de l’expérience de l’auteur comme interprète auprès de l’Ofpra, l’établissement public français chargé de la gestion des demandes d’asile politique. Dans le théâtre d’un bureau exigu, des demandeurs d’asile, dont la plupart sont en vérité de simples migrants économiques, endossent maladroitement le rôle de militants politiques dont personne n’est dupe, débitent des récits de sévices appris par coeur... L’interprète, pressée d’enjoliver, de parfaire les fictions de ses compatriotes , voit peu à peu l’idée même de vérité se dissoudre, et avec elle l’empathie, remplacée par une défiance systématique à l’égard de la parole des candidats à l’exil. Ayant choisi d’immigrer par goût pour la langue et la culture française, la narratrice en vient à haïr ces frères miséreux, ignares, menteurs, souvent misogynes, prêts à tout pour obtenir le droit de rester dans l’Hexagone. Mise à nu accablante des rouages du système de demande d’asile, des mensonges auxquels contraint le désir d’une vie meilleure, ce roman sombre et brillamment écrit a tout de même coûté à Shumona Sinha son poste d’interprète auprès de l’Ofpra.

Retour aux sources, Calcutta, sorti en 2014, sonne comme un requiem aux échos autobiographiques. Une jeune femme, Trisha, retourne en Inde pour assister aux funérailles de son père, ancien marxiste. À travers l’histoire familiale, l’auteur évoque les bouleversements survenus dans l’Inde des années 1970. Par de subtils aller-retour, Shumona Sinha nous montre également la modernité déroutante de son pays natal. Une œuvre intimiste aux senteurs de curcuma et de cannelle.

En 2017, elle signe Apatride, un roman coup de poing sur la condition féminine dans les sociétés indienne et française, deux mondes pas si éloignés si on en croit l’auteure.


Bibliographie :

  • Apatride, (L’Olivier, 2017)
  • Calcutta (L’Olivier, 2014)
  • Assommons les pauvres ! (L’Olivier, 2011)
  • Fenêtre sur l’abîme (La Différence, 2008)
Apatride

Apatride

L’Olivier - 2017

« D’autres nuits surgirent derrière ses paupières, mais la lumière n’y avait plus de chaleur, il ne s’en échappait aucun bruit, aucun son, aucun souffle. Elle se rendit compte que, ni ici ni là-bas, elle n’arrivait à rire, à respirer, à se sentir vivante, et qu’elle lévitait dans un mouvement aveugle, chutait dans le vide, sans terre ni ciel."
Esha a quitté Calcutta pour s’installer à Paris, la ville dont elle rêvait. Or, d’année en année les déceptions s’accumulent, tout devient plus sombre et plus violent autour d’elle. Elle s’épuise dans d’innombrables batailles, et ne se sent plus en sécurité.
Issue d’une famille de paysans pauvres, Mina vit près de Calcutta. Par ignorance, ou par crédulité, elle est entraînée à la fois dans un mouvement d’insurrection paysanne qui la dépasse et dans une passion irraisonnée pour son cousin Sam, qui lui fait commettre l’irréparable.
Les destins de Mina et d’Esha se répondent dans ce roman qui ne ménage ni notre société ni la société indienne. L’écriture de Shumona Sinha est animée par la colère, une colère éloquente, aux images aussi suggestives que puissantes.


Revue de presse

  • "L’écriture singulière, très poétique, imagée mais néanmoins féroce de Shumona Sinha fait ressurgir une colère. C’est beau et déroutant. Le lecteur sort de ce roman bouleversé par les voix de ces trois femmes, derrière lesquelles on devine très bien ‘lauteure, née à Calcutta en 1973, arrivée à Paris en 2001 pour enseigner l’anglais, féministe et engagée à gauche.” (Lavie Gauthier, Le Soir)
  • "Naitre femme, le devenir, y survivre : le roman de Shumona est un cri de colère glaçant.” (Le Canard Enchaîné)
  • "Ce roman puissant et nostalgique dénonce l’injustice et la condition des femmes en Inde, le racisme de notre société. Poignant.” (Femina)
Calcutta

Calcutta

L’Olivier - 2014

Trisha revient à Calcutta pour assister à la crémation de son père. La mort de son père, le retour dans la maison familiale, la déambulation dans les rues de sa ville natale, tout concourt à projeter le présent dans son passé. Entre un père communiste et une mère mélancolique, Trisha a grandi plus vite que les autres enfants, elle a appris à traquer la vérité des choses : l’huile d’hibiscus était en fait un remède pour adoucir la folie maternelle et la couette rouge remisée au grenier cachait l’arme de son père. Elle a appris qu’il faut se méfier de l’obscurité.
Dans ce roman à l’écriture puissante, Shumona Sinha revisite les violences politiques d’un pays qui est le sien, le Bengale occidental.


Assommons les pauvres !

L’Olivier - 2011
couverture
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« Les mots s’ajoutaient aux mots. Les dossiers s’entassaient. Les hommes défilaient sans fin. Ils étaient obligés de mentir, de raconter une tout autre histoire que la leur pour tenter l’asile politique. Évidemment on ne croyait presque jamais à leurs histoires. Achetées avec le trajet et le passeport, elles allaient jaunir et tomber en miettes avec tant d’autres histoires accumulées depuis des années. »

Le temps d’une nuit, passée au commissariat pour avoir fracassé une bouteille de vin sur la tête d’un immigré, une jeune femme cherche à comprendre les raisons qui l’ont conduite à une telle fureur. Étrangère elle aussi, elle gagne sa vie comme interprète auprès des demandeurs d’asile, dans les bureaux des zones périphériques de la ville.

Assommons les pauvres !, qui emprunte son titre à un poème de Baudelaire, est l’histoire d’une femme que la violence du monde contamine peu à peu.


Revue de presse :

  • « C’est par la puissance poétique de ses phrases que Sinha porte à incandescence le monde défait qu’elle décrit. », Le Monde des Livres, 15/09/2011
  • « Un livre poignant, d’une rudesse infinie sur l’exil, la société et ses miroirs, la mémoire lacérée. L’auteur décrit le cauchemar de l’errance et la douleur d’être réduit à un formulaire administratif. », Christine Ferniot, Télerama, 17/09/2011
  • Sumana Sinha, Dinaw Mengestu, Kim Thuy et Pascal Janovjak étaient les invités d’Augustin Trapenard dans son émission Le Carnet d’Or.

Les grands débats en vidéo

Atelier-monde : le peuple qui manque

Saint-Malo 2012

Avec Patrick Chamoiseau, Shumona Sinha, Alaa El Aswany, Makenzy Orcel, Daniel Bougnoux, Philippe Mouillon

Les cafés littéraires

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Shumona Sinha, Assommons les pauvres

Avec Shumona Sinha - Saint-Malo 2012

Rencontre avec Shumona Sinha autour de son roman "Assommons les pauvres !", animée par Baptiste Liger


L'Europe vue d'ailleurs

L’Europe vue d’ailleurs

Avec Shumona Sinha, Dinaw Mengestu, Alain Mabanckou, Edem Awumey - Saint-Malo 2012

Avec Shumona Sinha, Dinaw Mengestu, Alain Mabanckou, Edem Awumey