logo
Le dico des auteurs


GLISSANT Edouard

France

26 juin 2006.
 

Biographie

 
JPEG - 33.9 ko
Edouard GLISSANT
© J. Sassier

La silhouette d’Edouard Glissant dans la littérature francophone est devenue au fil du temps incontournable. Ses premiers poèmes (Un champ d’îles, La terre inquiète et Les Indes) lui permettent de figurer dans l’Anthologie de la poésie nouvelle de Jean Paris. Le prix Renaudot, remporté en 1958 pour son premier roman, La Lézarde, consacre sa renommée. En 1960, il participe au manifeste des 121 ou "Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie". En 1961, il fonde avec Paul Niger le Front Antillo-guyanais, d’influence indépendantiste puis autonomiste, qui lui vaudra une interdiction de séjour en Martinique de 1959 à 1965. Influencé depuis ses études d’ethnologie à la Sorbonne par la pensée de la "négritude" élaborée par Aimé Césaire, Edouard Glissant va peu à peu affiner les contours de sa propre réflexion en se frayant un chemin au travers de cette dichotomie entre le principe d’assimilation culturelle et celui de négritude. Son rayonnement comme auteur et intellectuel va s’élargir au fil des années avec la participation au congrès des écrivains et des artistes noirs de Paris en 1956, et de Rome en 1959 et la parution d’ouvrages tel que Le Discours Antillais.
Pour beaucoup de la jeune génération d’auteurs francophones tels que Patrick Chamoiseau, ou Ernest Pépin, il est le père d’une autre conception de la culture antillaise. Cette voie médiane qu’il propose s’articule autour de plusieurs notions qui vont devenir le fondement de la poétique d’Edouard Glissant, de son questionnement sur l’identité, selon les concepts d’antillanité, basé sur le principe d’identité multiple, d’identité rhizome, et de créolisation du monde. Pensée comme un "processus inarrêtable, qui mêle la matière du monde, qui conjoint et change les cultures des humanités d’aujourd’hui", la créolisation va marquer l’ensemble de son œuvre de cette volonté de ne jamais figer les définitions de culture, mais au contraire de les laisser mobiles et perméables aux mouvements du monde. Directeur du Courrier de l’Unesco (1982-1988), il se trouve à un poste d’observation idéal pour développer sa réflexion autour des thèmes de la relation au monde et du métissage culturel. Il est actuellement Distinguished Professor au Graduate Center de CUNY (City University of New York) et l’un des vice-présidents du Parlement international des écrivains.

Penser une littérature-monde, dépasser des cadres identitaires trop rigides sera le fil rouge de son activité d’écrivain : "La notion même d’identité a longtemps servi de muraille : faire le compte de ce qui est à soi, le distinguer de ce qui tient de l’Autre, qu’on érige alors en menace illisible, empreinte de barbarie. Le mur identitaire a donné les éternelles confrontations de peuples, les empires, les expansions coloniales, la Traite des nègres, les atrocités de l’esclavage américain et tous les génocides." déclare-t-il dans Les murs, Approche des hasards et de la nécessité de l’idée d’identité, un texte rédigé avec Patrick Chamoiseau. Ce constat pénible pour l’écrivain sera le point de départ d’initiatives tels que l’Institut du Tout-Monde en 2007, lieu de rencontre et d’échange intertextuel et interculturel, pour donner à voir sans lisser la diversité du monde en accueillant des structures déjà existantes comme l’Institut du Monde Caribéen en Martinique, ou la Maison de l’Amérique latine à Paris, mais aussi de nouveaux concepts comme la Maison du Tout-Monde, le théâtre du Tout-Monde, le M2A2 (Musée Martiniquais des Arts des Amériques).

Ces démarches s’accompagnent, pour Edouard Glissant, de la parution d’ouvrages comme le Traité du Tout-Monde chez Gallimard en 1997. En janvier 2006, c’est Jacques Chirac qui lui confie le projet de création du Centre national consacré à la traite et à l’esclavage, projet qui s’accompagne d’un essai en mai 2007, Mémoire des esclavages aux éditions Gallimard, puis, c’est en s’opposant à la création par Nicolas Sarkozy d’un ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du co-développement qu’Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau feront paraître le manifeste Quand Les Murs tombent, l’identité nationale hors la loi ?
Edouard Glissant fidèle à une conception de l’identité comme un "être-dans le monde" témoigne ainsi durant l’ensemble de son parcours d’une extrême vigilance, d’une capacité de réaction sur l’actuel jusqu’à ses dernières parutions : L’intraitable beauté du monde, adresse à Barack Obama avec Patrick Chamoiseau chez Galaade Edition en 2009, lettre ouverte politique et poétique sur le nouveau souffle que peut représenter une figure telle que Barack Obama, symbole vivant de cette "créolisation" du monde, ainsi que le Manifeste pour les "produits" de haute nécessité ouvrage collectif paru chez Galaade en 2009, en soutien au mouvement social qu’a connu récemment la Martinique, qui appelle à la remise en question du modèle économique et politique en place et à la renaissance des utopies politiques.
Reste à paraître un dernier ouvrage en avril prochain, Philosophie de la Relation, Poésie en étendue chez Gallimard, développant sa conception de la "mondialité" autre concept cher à la poétique d’Edouard Glissant.

le site d’Edouard Glissant
In english
En español


Bibliographie :

- Philosophie de la Relation, Poésie en étendue (Gallimard, 2009)
- Manifeste pour les "produits" de haute nécessité, ouvrage collectif (Galaade, 2009)
- L’intraitable beauté du monde. Adresse à Barack Obama, avec Patrick Chamoiseau (Galaade, 2009)
- Les entretiens de Batton Rouge, avec Alexandre Leupin (Gallimard, 2008)
- Terre magnétique : Les errances de Rapa Nui, l’île de Pâques, avec Sylvie Séma (Seuil, 2007)
- Quand les murs tombent - L’identité nationale hors la loi ?, avec Patrick Chamoiseau (Galaade, 2007)
- Mémoires des esclavages : La fondation d’un centre national pour la mémoire des esclavages et de leurs abolitions (Gallimard, 2007)
- Miquel Barcelo (Yvon Lambert, 2007)
- Hélénon, lieux de peinture (HC Éditions, 2006)
- Une nouvelle région du monde : Esthétique I (Gallimard, 2006)
- Planète misère (Autrement, 2006 - avec André Corten)
- La boudeuse à l’île de Pâques (Seuil, 2006)
- La Cohée du Lamentin : Poétique V (Gallimard, 2005)
- Paradis brisé : Nouvelles des Caraïbes (collectif - Hoebeke, 2004)
- Ormerod (Gallimard, 2003)
- Pays rêvé, pays réel ; Fastes ; Les Grands Chaos (Gallimard, 2000)
- Sartorius (Gallimard, 1999)
- Monsieur Toussaint (Gallimard, 1998)
- Traité du Tout-Monde : Poétique IV (Gallimard, 1997)
- Poétique de la Relation : Poétique III (Gallimard, 1990)
- L’Intention poétique : Poétique II (Gallimard, 1997)
- Soleil de la conscience : Poétique I (Gallimard, 1997)
- Faulkner, Mississippi (Stock, 1996)
- Poèmes complets (Gallimard, 1994)
- Tout-monde (Gallimard, 1993)
- Mahagony (Seuil, 1987)
- La case du commandeur (Seuil, 1981)
- Les Indes (Seuil, 1965)
- Le Sel Noir (Seuil, 1960)
- La Lézarde (Seuil, 1958) Prix Renaudot 1958


Présentation de Philosophie de la Relation, Poésie en étendue :

Dans cet essai, Édouard Glissant reprend inlassablement les problématiques qui l’occupent. Sa pensée est en perpétuel mouvement et aucun concept n’est jamais une fois pour toute figé. Parmi les échanges incessants qui se nouent sur le plan culturel, le Tout-Monde tient une place essentielle.
Hier : cinq continents, quatre races, plusieurs grandes civilisations reliées par des périples et des découvertes nombreux, des conquêtes étendues… Aujourd’hui, qu’en est-il de cette totalité ? Des archipels à la place des continents, une floraison de cultures au sein desquelles chaque détail compte. Plus de race mais « des rencontres multiples qui ouvrent au grand large », pour parler comme l’auteur. La poésie seule peut rendre compte des emmêlements humains et culturels, aussi inattendus qu’inextricables.
Dans ce contexte nouveau comment envisager le rapport à l’autre ? La relation à l’autre ? Édouard Glissant en appelle dans le présent essai à une « philosophie de la relation » qui se fonde sur la différence. Il y expose le refus de l’identique et de l’universel qui ont provoqué tant de dominations et de crimes coloniaux. Il y défend une diversité consentie, une créolisation du langage, la mondialité comme face vivante d’une culture mondiale partagée, le tremblement du monde comme annonce d’un « nouvel imaginaire », en d’autres termes de nouvelles littératures.
De livre en livre, l’auteur poursuit une inépuisable description du monde, résolument du côté de ce qu’il nomme la pensée archipélique, pensée de l’errance, du tremblement, de l’imprévisible essentiellement non-agressive, mais toujours corrosive.

Présentation du Manifeste pour les "produits" de haute nécessité :

Alors qu’une grève générale sans précédent paralyse depuis janvier 2009 la Guadeloupe et que le mouvement social touchait la Martinique, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau, après Quand les murs tombent et L’Intraitable beauté du monde, ont lancé, avec sept autres auteurs antillais (écrivains, comédien, sociologue, philososophe, universitaires), un Manifeste pour les « produits » de haute nécessité.
Solidaires des grèves, ils y donnent une perspective politique à la révolte sociale, qui, sur un fond d’héritage colonial, ébranle les départements français d’outre-mer. Ils dessinent ainsi un modèle économique alternatif au modèle dominant, dont Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion offrent une caricature aggravée. Dénonçant le libéralisme économique et « une absurdité coloniale » dans les Antillles, ils en appellent à une renaissance des utopies politiques, ouvrant ainsi une réflexion d’avenir.

Présentation de L’intraitable beauté du monde. Adresse à Barack Obama :

Toute l’œuvre d’Édouard Glissant a appelé de ses vœux un événement comme celui qui vient de se produire aux Etats-Unis : Barack Obama est l’incarnation de ce qu’il nomme depuis trente ans la « créolisation » du monde.
Son élection est un fait sur lequel on ne peut désormais plus revenir. Qu’est-ce que Barack Obama fera de cette victoire ? C’est aujourd’hui impossible à dire.
Dans cette lettre ouverte écrite un an après Quand les murs tombent, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau s’adressent au 44e président des États-Unis, premier Africain-américain à accéder à la Maison Blanche, et appellent à une réflexion entre poétique et politique sur ce que pourrait être demain l’action d’Obama, président de la première puissance mondiale.

Présentation des Entretiens de Batton-Rouge :

« Je dois rendre grâce à Alexandre Leupin de m’avoir entraîné dans ces entretiens, où j’avais d’abord hésité à m’engager. Le sujet proposé, "L’approche du Moyen Âge européen", me décida. Je ne considérais cette époque, difficilement limitable ou définissable, ni comme une résultante des temps impériaux évanouis, ni comme une préface à des Renaissances futures, mais comme un drame en soi, que je n’hésitais pas à approcher de ces épisodes encore coloniaux que tant de peuples vivent aujourd’hui : les pensées de la multiplicité vaincues par les pensées de système. C’est aussi Alexandre Leupin qui entreprit de déchiffrer les enregistrements que nous avions réalisés. Pourquoi ? Le lecteur pourra peut-être en juger, à l’examen du résultat : ce livre tout à fait saisonnier. Et pourquoi si longtemps après ? Sans doute pour donner le temps à ce que nous aurions l’un et l’autre à écrire ou à concevoir, alors et depuis, de rejoindre ce que nous avions si tranquillement échangé entre nous, hors de toute limite. »
Édouard Glissant.

Présentation de Quand les murs tombent. L’identité nationale hors-la-loi ? :

Quand les murs tombent. L’identité nationale hors-la-loi ? est un texte d’intervention.
Au moment où est inauguré le ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau y lancent un appel contre « les murs » qui aujourd’hui menacent la relation à l’autre.
« Nous demandons que toutes les forces humaines, d’Afrique, d’Asie, d’Europe, des Amériques, que tous les peuples sans États, tous les « républicains », tous les tenants des « droits de l’homme », les habitants des plus petits pays, […] tous les artistes, les hommes et les femmes de connaissance et d’enseignement, et toute autorité citoyenne ou de bonne volonté, ceux qui façonnent et qui créent, élèvent, par toutes les formes possibles, une protestation contre ce mur-ministère qui tente de nous accommoder au pire, de nous habituer peu à peu à l’insupportable, de nous mener à fréquenter, en silence et jusqu’au risque de la complicité, l’inadmissible. Tout le contraire de la beauté. »

Présentation de Une nouvelle région du monde : Esthétique I :

"Chacun de nous rapproche les uns des autres et à son gré ses fleuves, ou ses montagnes, ou bien ses canyons ou ses forêts et ses brousses, ses haies ou ses lacs, ses vals ou ses fjords, qui partagent les géographies et qui assemblent les histoires du monde, tous les fleuves où des peuples brûlèrent des feux pour la clarté de leur eau, et les montagnes où tant d’autres piétèrent, et les grandes vallées et les ravines qui ont frayé des traces légères pour les marronnages, et les brousses où tant de marrons et de résistants s’acassèrent. Les réunir à chaque fois dans une poétrie ou un chaos-opéra, c’est une manière fertile de se déposséder de ces lieux, pour mieux y convenir. Les poétiques du Tout-monde sont issues des imaginaires de nos politiques les plus disséminées, les plus obstinées, ici et partout, combats ignorés et cris mal entendus et rassemblements fragiles et visées tellement impossibles à tenir."

Vidéos

 

 

Les cafés littéraires

Saint-Malo 2007

Bienvenue au Café Littéraire

Avec Jacques SCHWARZ BART, Edouard GLISSANT, Amin MAALOUF, Alain MABANCKOU, Anna MOI, Erik ORSENNA, Jean ROUAUD, Michel LE BRIS et René COUANAU

 

Les débats audios

 
Saint-Malo 2009

Le dérèglement du monde

Avec Édouard Glissant, Amin Maalouf, Aravind Adiga, Breyten Breytenbach. Animé par Yves Chemla

 
Saint-Malo 2009

De l’irruption du poétique en temps de crise

Avec Michel Le Bris, Patrick Chamoiseau, Édouard Glissant, Breyten Breytenbach, Yvon Le Men. Animé par Jacques Darras