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DUONG Thu Huong

Vietnam

Sanctuaire du coeur (Éditions Sabine Wespieser, 2011)

Biographie

Duong Thu Huong, Etonnants Voyageurs 2007
© Gael Le Ny

Au milieu des années 1980, le Vietnam vit à l’heure du "Doï MoÏ" ("Renouveau") : le parti a décidé lors de son VIème congrès d’initier une politique de libéralisation économique. L’étau communiste se desserre. Sous les auspices de cette perestroïka à la vietnamienne, une nouvelle génération d’intellectuels prend son essor. À côté du novelliste Nguyễn Huy Thiệp, Duong Thu Huong devient la figure la plus populaire de la renaissance littéraire du pays : Au-delà des illusions, récit d’un double désenchantement, amoureux et politique, publié en 1987 et vendu à plus de 100 000 exemplaires, s’impose comme « le livre de chevet de toute une génération ».

Vingt ans plus tôt, en pleine Guerre du Vietnam, la romancière, fervente patriote, menait au front une troupe d’artistes chargés selon leur slogan de « chanter plus fort que les bombes » pour divertir les combattants et les estropiés de l’armée du Nord.

Après la victoire du Vietnam communiste en 1975, elle écrit plusieurs scénarios pour l’industrie cinématographique sous contrôle étatique, puis fait office de nègre pour des généraux publiant leurs mémoires de guerre. Elle découvre à cette occasion les coulisses de la guerre et voit fonctionner sous ses yeux la machine de propagande du régime.

A la langue de bois communiste, Duong Thu Huong oppose dans son oeuvre une parole sans fioritures, à la fois directe et évocatrice : la gouaille du petit peuple vietnamien, riche en images et en dictons savoureux. Sur une trame souvent sentimentale, elle met en lumière les intrusions du système dans l’intimité des couples, les destins brisés par les pesanteurs d’une société restée patriarcale, les renoncements et les lâchetés innombrables qui contaminent les rapports entre les êtres.

Ses ennuis avec le régime commencent véritablement lorsqu’elle publie en 1988 Les paradis aveugles, premier roman à aborder de front la période sombre et sanglante de la réforme agraire des années 1950. En parallèle, la romancière multiplie les articles de presse et les conférences pour réclamer l’abolition de la dictature du prolétariat et la mise en place d’une démocratie au Viêt-Nam.

Expulsée du PC puis de l’Union des écrivains vietnamiens en 1990, elle est emprisonnée sans procès en avril 1991. La pression internationale, et notamment l’activisme de Mme Danielle Mitterrand, réussit à la faire libérer au bout de huit mois. Invitée en France en 1994 pour recevoir la médaille de Chevalier des Arts et des Lettres, elle refuse l’asile politique et retourne vivre en résidence surveillée à Hanoï où ses livres sont désormais interdits.

Duong Thu Huong continue d’écrire des romans qu’elle fait publier en France aux Editions Philippe Picquier puis chez Sabine Wespieser. Cette dernière l’invite en 2006 à l’occasion du succès public et critique de sa fresque Terre des oublis, qui obtient en 2007 le Grand Prix des Lectrices du magazine Elle. La romancière décide alors de s’installer à Paris pour terminer son oeuvre littéraire : "Le temps a passé, j’ai eu plus de 60 ans, une nouvelle génération est arrivée et je leur ai annoncé que j’allais les quitter, car c’était à eux de prendre le relais… "

En 2009 paraît Au Zénith, grand roman de désillusion politique que beaucoup considèrent comme son chef d’oeuvre, dominé par la figure mélancolique de Ho Chi Minh, Président broyé par la machine de pouvoir qu’il a contribué à édifier.

Dans Sanctuaire du coeur, paru en septembre 2011, la romancière emboite les histoires comme autant de poupées gigognes, voyageant dans le temps pour éclairer les destins de ses personnages. "C’est mon côté archaïque : je suis pareille à ces conteuses traditionnelles que sont les grands-mères vietnamiennes, aux dents laquées et au pantalon usé…"

Mais c’est cette fois dans le Vietnam désenchanté de la fin du siècle que Duong Thu Huong déploie son récit en cercles concentriques. Soulevant les lourds rideaux de l’Orchidée rouge, un bordel de Hanoï où de jeunes gigolos se vendent à des femmes fortunées, elle partage sa vision amère d’un pays où les fils des héros d’hier, écœurés par les double discours et les pots-de-vin, ne croient plus en rien.

In English
En español


Bibliographie :

  • Sanctuaire du coeur (Éditions Sabine Wespieser, 2011)
  • Au Zénith (Éditions Sabine Wespieser, 2009)
  • Itinéraire d’enfance (Éditions Sabine Wespieser, 2007)
  • Terre des oublis (Éditions Sabine Wespieser, 2006)
  • Myosotis (Éditions Philippe Picquier, 1998)
  • Au-delà des illusions (Éditions Philippe Picquier, 1996)
  • Roman sans titre (Editions des Femmes, 1992)
  • Paradis aveugles (Editions des Femmes, 1992)
  • Histoire d’amour racontée avant l’aube (Editions de l’Aube, 1991)

Présentation de Sanctuaire du coeur :

couverture La fugue de Thanh plonge dans la stupeur ses parents, un couple de professeurs respectés, ainsi que toute la petite ville proche de Hanoi où vit cette famille modèle. À seize ans, le jeune homme était promis à un brillant avenir et n’avait jamais donné le moindre signe de trouble ni de rébellion.
Quand on le retrouve quatorze ans plus tard – en 1999, le temps du récit –, il est devenu gigolo, entretenu par une femme d’affaires rencontrée dans la maison close de Saigon où il exerçait ses talents de prostitué.
Comment – et pourquoi – ce jeune homme sans histoires en est arrivé là, c’est ce que dévoile ce roman diaboliquement construit.
Thanh a tout le temps, pendant ses longues journées dans la villa de la côte que seuls rythment des dîners dans des établissements de luxe, de se remémorer son passé.
Ses jeunes années sont autant de souvenirs lumineux : elles ont été à jamais marquées par la présence radieuse de Tra My, son amie de toujours, la petite fille que ses parents avaient recueillie et dont il était tombé éperdument amoureux.
Sa descente aux enfers après sa fugue vient en sombre contrepoint de cette enfance heureuse : les scènes époustouflantes de son arrestation par erreur dans un hôtel de passe, de son emprisonnement avec des droit commun ou de sa rencontre avec le proxénète qui l’a embauché donnent à Duong Thu Huong la matière d’un portrait sans appel d’une société vietnamienne déstabilisée et corrompue que dominent le sexe, le pouvoir et l’argent.
Quand Thanh ne supporte plus sa vie oisive d’objet sexuel et qu’il décide de prendre un nouveau départ, il ne peut s’empêcher de buter sur le traumatisme subi lors de ses seize ans. La scène qui le hante, et dont son propre père est l’acteur principal, donne la clé de sa dérive et du roman tout entier.
La question sous-jacente que pose en effet Duong Thu Huong tout au long de ce livre consacré aux enfants des hommes et des femmes de sa génération, celle qui s’est battue pour des idéaux et qui ne se reconnaît pas dans le Vietnam d’aujourd’hui, est déchirante : qu’avons-nous fait à nos enfants ? quel monde leur laissons-nous ?

Revue de presse

"Duong Thu Huong se promène le long de cet itinéraire d’un enfant perdu, croisant les causes et les effets, remontant le temps et les fleuves, composant in fine quelque chose comme un requiem, une assomption de la douleur, un grand livre de la perte." Olivier Mony, Livres Hebdo

« Duong Thu Huong fait défiler les histoires de corruption, de tricheries, les discours hypocrites et vides. Son Vietnam contemporain est avant tout celui de la faillite morale des élites, face à la dure condition des humbles et des marginaux. » Marie Chaudey, La Vie

« Jamais, pourtant, dans ce roman comme dans l’éblouissant Au zénith, chef-d’œuvre paru en 2009, la militante ne prend le pas sur la romancière, cette magicienne de la langue capable de faire sentir au lecteur l’odeur d’un jardin de pamplemoussiers, comme de lui faire partager les tourments d’un adolescent à l’innocence trahie. » Alexis Liebaert, Marianne

« Sanctuaire du cœur est un livre de passions, avouées ou secrètes. C’est aussi, comme ces plats vietnamiens aux cinq parfums, un livre où règne une atmosphère de sensualité exotique : odeurs, couleurs, lumières, textures sont la toile de fond de toutes les émotions » Frédérique Humblot, Les Échos


Présentation de Au Zénith :

Au Zénith est le chef-d’oeuvre de Duong Thu Huong : voici un roman qu’elle portait en elle depuis plus de dix ans, où convergent son combat politique et son talent littéraire. En 1953, le président - c’est ainsi que l’auteur le nomme, mais on comprend très vite qu’il s’agit de Ho Chi Minh - tombe éperdument amoureux, à plus de soixante ans, d’une très jeune femme. Avec elle, il fonde une famille, qu’il installe à Hanoi dès la reconquête de la capitale. Mais il n’est pas un homme ordinaire, il est le père de la nation, et quand lui vient le souhait d’officialiser son union, les ministres, dont il a favorisé l’ascension, lui font valoir que cette affaire privée le ferait descendre de son piédestal politique. Le président cède, croyant choisir une légitime raison d’État. De ce jour, sa vie bascule. Sa jeune compagne est assassinée, ses enfants recueillis par des proches, et le pouvoir effectif lui échappe : cachés derrière sa figure tutélaire, ses anciens compagnons construisent un régime dont les fondements sont bien éloignés des combats de leur jeunesse commune.
Pour donner toute sa mesure à ce drame intime et politique, l’écrivain déploie une construction romanesque époustouflante, juxtaposant quatre points de vue narratifs. Celui du président qui, à la fin de sa vie, pendant la guerre contre les Américains, avec pour seuls compagnons les soldats qui le surveillent et les bonzesses de la pagode voisine, tente d’éclairer les méandres de son propre parcours. Celui de son meilleur ami, Vu, qui élève son fils, et dont la propre femme, une ancienne révolutionnaire pure et dure comme lui, symbolise désormais la corruption au pouvoir. Parenthèse bucolique et contrepoint à l’intrigue principale : Duong Thu Huong raconte comment un vieil homme respecté dans son Village des bûcherons est parvenu, non sans difficultés, à imposer son union avec une femme de quarante ans plus jeune que lui. Dernier point de vue : celui du beau-frère de la jeune épouse sacrifiée. Fou de douleur, ce Compatriote inconnu ne survit que pour se venger. Au long de cette fresque impressionnante, l’écrivain - héraut des idéaux bafoués que le président a portés jusqu’au bout - élucide, sans jamais porter de jugement, un destin d’autant plus tragique qu’il s’est joué d’un être bien réel et maître du pouvoir.

Présentation de Terre des oublis :

Alors qu’elle rentre d’une journée en forêt, Miên, une jeune femme du Hameau de la Montagne, situé en plein cœur du Viêtnam, se heurte à un attroupement : l’homme qu’elle avait épousé quatorze ans auparavant, dont la mort comme héros et martyr avait été annoncée depuis longtemps déjà, est revenu. Miên est remariée avec un riche propriétaire terrien, Hoan, qu’elle aime et avec qui elle a un enfant. Bôn, le vétéran communiste, réclame sa femme. Sous la pression de la communauté, Miên, convaincue aussi que là est son devoir, se résout à aller vivre avec son premier mari.
Au fil d’une narration éblouissante, la romancière passe de l’un à l’autre des personnages de ce triangle tragique. Miên tente désespérément de se réhabituer à un homme épousé très jeune, physiquement détruit par des années de combats et d’errances dans la jungle, mû par la seule obsession d’engendrer un fils. La jeune femme, nuit après nuit, vit un calvaire. Elle ne peut oublier Hoan qui, résigné, a fui vers la ville où, malgré ses succès commerciaux, il vit un enfer.
Plongeant dans le passé de ces trois innocentes victimes, éclairant leurs destinées individuelles par l’évocation d’une société pétrie de principes moraux et politiques, convoquant leur quotidien dans une somptueuse description de sons, d’odeurs et de couleurs, Duong Thu Huong donne véritablement corps à son pays.
Terre des oublis, grand roman de l’après-guerre du Viêtnam, est un livre magistral.

Présentation de Au-delà des illusions :
Phuong Linh, face à la lâcheté de ses amants, oppose l’ardeur sincère de son amour et le courage de ses convictions. Les serments seront endeuillés de mensonges : Phuong Linh devra trouver seule son chemin. Ce livre donne à voir la médiocrité des intellectuels et des artistes sous le régime totalitaire, le processus qui conduit peu à peu les hommes du mensonge au mépris, du mépris au cynisme, et qui finit par corrompre l’amitié et l’amour.


En savoir plus :

Conférence de presse de Duong Thu Huong à l’occasion de la sortie de son roman Au Zénith (2009), présenté par son éditrice Sabine Wespieser.

Les collines d’eucalyptus

Sabine Wespieser Editeur - 2014

Derrière les barreaux de sa prison, Thanh contemple les derniers lambeaux de brume sur la paroi rocheuse qui lui tient désormais lieu d’horizon. Il a été condamné aux travaux forcés. Parce que ce jeune homme sans histoire, excellent élève et fils modèle, a découvert très tôt son homosexualité et qu’il lui a paru insurmontable de l’avouer à ses parents, son destin a basculé. Comment il est tombé sous la coupe d’un mauvais garçon avec qui il a fui sa ville natale et comment il s’est retrouvé piégé, c’est le fatal et poignant engrenage que Duong Thu Huong met en scène. Thanh est désespérément seul pour cette descente dans les cercles de son enfer intime. Il ne peut confier à personne les affres de sa relation avec son compagnon qui, en parfait manipulateur, joue de l’attirance physique qu’il exerce pour vivre à ses crochets. Honteux de sa faiblesse et de sa lâcheté, Thanh se garde bien de demander conseil à Tiên Lai, l’homme mûr en qui il a pourtant le sentiment d’avoir rencontré un alter ego. Ni à Dalat où ils végètent comme ramasseurs de balles sur des cours de tennis, ni à Saigon où en vain il a cru avoir trouvé refuge dans l’anonymat de la métropole, Thanh n’a eu la force de se débarrasser de son mauvais génie. Malgré l’issue inévitablement tragique de cette aventure, Duong Thu Huong écrit ici un roman de rédemption, qui ne s’achèvera pas en prison, et qui propose une éblouissante variation sur le thème du retour de l’enfant prodigue.


Sanctuaire du coeur

Sabine Wespieser Editeur - 2011

La fugue de Thanh plonge dans la stupeur ses parents, un couple de professeurs respectés, ainsi que toute la petite ville proche de Hanoi où vit cette famille modèle. A seize ans, le jeune homme était promis à un brillant avenir et n’avait jamais donné le moindre signe de trouble ni de rébellion. Quand on le retrouve quatorze ans plus tard - en 1999, le temps du récit -, il est devenu gigolo, entretenu par une femme d’affaires rencontrée dans la maison close de Saigon où il exerçait ses talents de prostitué. Comment - et pourquoi - ce jeune homme sans histoires en est arrivé là, c’est ce que dévoile ce roman diaboliquement construit. Thanh a tout le temps, pendant ses longues journées dans la villa de la côte que seuls rythment des dîners dans des établissements de luxe, de se remémorer son passé. Ses jeunes années sont autant de souvenirs lumineux : elles ont été à jamais marquées par la présence radieuse de Tra My, son amie de toujours, la petite fille que ses parents avaient recueillie et dont il était tombé éperdument amoureux. Sa descente aux enfers après sa fugue vient en sombre contrepoint de cette enfance heureuse : les scènes époustouflantes de son arrestation par erreur dans un hôtel de passe, de son emprisonnement avec des droit commun ou de sa rencontre avec le proxénète qui l’a embauché donnent à Duong Thu Huong la matière d’un portrait sans appel d’une société vietnamienne déstabilisée et corrompue que dominent le sexe, le pouvoir et l’argent. Quand Thanh ne supporte plus sa vie oisive d’objet sexuel et qu’il décide de prendre un nouveau départ, il ne peut s’empêcher de buter sur le traumatisme subi lors de ses seize ans. La scène qui le hante, et dont son propre père est l’acteur principal, donne la clé de sa dérive et du roman tout entier. La question sous-jacente que pose en effet Duong Thu Huong tout au long de ce livre consacré aux enfants des hommes et des femmes de sa génération, celle qui s’est battue pour des idéaux et qui ne se reconnaît pas dans le Vietnam d’aujourd’hui, est déchirante : qu’avons-nous fait à nos enfants ? quel monde leur laissons-nous ?


Au Zénith

Sabine Wespieser Editeur - 2009

Au zénith est le chef-d’œuvre de Duong Thu Huong : voici un roman qu’elle portait en elle depuis plus de dix ans, où convergent son combat politique et son talent littéraire. En 1953, le président – c’est ainsi que l’auteur le nomme, mais on comprend très vite qu’il s’agit de Ho Chi Minh – tombe éperdument amoureux, à plus de soixante ans, d’une très jeune femme. Avec elle, il fonde une famille, qu’il installe à Hanoi dès la reconquête de la capitale. Mais il n’est pas un homme ordinaire, il est le père de la nation, et quand lui vient le souhait d’officialiser son union, les ministres, dont il a favorisé l’ascension, lui font valoir que cette affaire privée le ferait descendre de son piédestal politique. Le président cède, croyant choisir une légitime raison d’État. De ce jour, sa vie bascule. Sa jeune compagne est assassinée, ses enfants recueillis par des proches, et le pouvoir effectif lui échappe : cachés derrière sa figure tutélaire, ses anciens compagnons construisent un régime dont les fondements sont bien éloignés des combats de leur jeunesse commune. Pour donner toute sa mesure à ce drame intime et politique, l’écrivain déploie une construction romanesque époustouflante, juxtaposant quatre points de vue narratifs. Celui du président qui, à la fin de sa vie, pendant la guerre contre les Américains, avec pour seuls compagnons les soldats qui le surveillent et les bonzesses de la pagode voisine, tente d’éclairer les méandres de son propre parcours. Celui de son meilleur ami, Vu, qui élève son fils, et dont la propre femme, une ancienne révolutionnaire pure et dure comme lui, symbolise désormais la corruption au pouvoir. Parenthèse bucolique et contrepoint à l’intrigue principale : Duong Thu Huong raconte comment un vieil homme respecté dans son Village des bûcherons est parvenu, non sans difficultés, à imposer son union avec une femme de quarante ans plus jeune que lui. Dernier point de vue : celui du beau-frère de la jeune épouse sacrifiée. Fou de douleur, ce Compatriote inconnu ne survit que pour se venger. Au long de cette fresque impressionnante, l’écrivain – héraut des idéaux bafoués que le président a portés jusqu’au bout – élucide, sans jamais porter de jugement, un destin d’autant plus tragique qu’il s’est joué d’un être bien réel et maître du pouvoir.


Itinéraire d’enfance

Sabine Wespieser Editeur - 2007

Paru en 1985 au Viêtnam, alors que la publication des livres de Duong Thu Huong y était encore autorisée, ce roman de formation remporta un énorme succès. Il est pour la première fois traduit en français. Duong Thu Huong y évoque les tribulations d’une gamine espiègle et entreprenante à la fin des années cinquante. Bê a douze ans, sa vie dans le bourg de Rêu s’organise entre sa mère, ses amis, ses voisins et ses professeurs. Son père, soldat, est en garnison à la frontière nord. Mais parce que son caractère est déjà bien trempé et qu’elle ne supporte pas l’injustice, elle prend la défense d’une de ses camarades abusée par un professeur, et se voit brutalement exclue de l’école. Révoltée, elle s’enfuit de chez elle, avec sa meilleure amie, pour rejoindre son père. Commence alors un étonnant périple : les deux adolescentes, livrées à elles-mêmes, sans un sou en poche, voyagent en train, à pied ou en autobus, à travers les montagnes du nord, peuplées par les minorités ethniques. Elles finiront par arriver à destination, après des aventures palpitantes et souvent cocasses : Bê la meneuse, non contente d’avoir travaillé dans une auberge avec son amie, tué le cochon, participé à la chasse au tigre, va également confondre un sorcier charlatan et jouer les infirmières de fortune. Au fil des mois et des rencontres, l’adolescente grandit, mûrit, et fait l’apprentissage de la liberté. Duong Thu Huong avoue avoir donné beaucoup d’elle-même à son héroïne... C’est un véritable roman d’éducation que ce livre limpide et captivant qui, dans un festival de sons, d’odeurs, de couleurs et de paysages, dépeint la réalité du Viêtnam après la guerre contre les Français.


Terre des oublis

Sabine Wespieser Editeur - 2006

Alors qu’elle rentre d’une journée en forêt, Miên, une jeune femme du Hameau de la Montagne, situé en plein cœur du Viêtnam, se heurte à un attroupement : l’homme qu’elle avait épousé quatorze ans auparavant, dont la mort comme héros et martyr avait été annoncée depuis longtemps déjà, est revenu. Miên est remariée avec un riche propriétaire terrien, Hoan, qu’elle aime et avec qui elle a un enfant. Bôn, le vétéran communiste, réclame sa femme. Sous la pression de la communauté, Miên, convaincue aussi que là est son devoir, se résout à aller vivre avec son premier mari. Au fil d’une narration éblouissante, la romancière passe de l’un à l’autre des personnages de ce triangle tragique. Miên tente désespérément de se réhabituer à un homme épousé très jeune, physiquement détruit par des années de combats et d’errances dans la jungle, mû par la seule obsession d’engendrer un fils. La jeune femme, nuit après nuit, vit un calvaire. Elle ne peut oublier Hoan qui, résigné, a fui vers la ville où, malgré ses succès commerciaux, il vit un enfer. Plongeant dans le passé de ces trois innocentes victimes, éclairant leurs destinées individuelles par l’évocation d’une société pétrie de principes moraux et politiques, convoquant leur quotidien dans une somptueuse description de sons, d’odeurs et de couleurs, Duong Thu Huong donne véritablement corps à son pays. Terre des oublis, grand roman de l’après-guerre du Viêtnam, est un livre magistral.


Myosotis

Philippe Picquier - 1998

Douée d’un talent extraordinaire, Suong à la voix de cristal aime ardemment le musicien Hung. Obstinée, ingénue, elle ne dispense aucun pardon ni morale, ne ressasse aucun regret malgré l’incompréhension et le cynisme qui se lèvent avec la paix au Viêtnam. Ce roman d’amour nous laisse éblouis devant cette énergie intacte face à la déchéance douloureuse et au désespoir portés par son amant Hung, qui ne parvient plus à s’accorder à lui-même et à son art.


Au-delà des illusions

Philippe Picquier - 1996

Phuong Linh, face à la lâcheté de ses amants, oppose l’ardeur sincère de son amour et le courage de ses convictions. Les serments seront endeuillés de mensonges : Phuong Linh devra trouver seule son chemin. Ce livre donne à voir la médiocrité des intellectuels et des artistes sous le régime totalitaire, le processus qui conduit peu à peu les hommes du mensonge au mépris, du mépris au cynisme, et qui finit par corrompre l’amitié et l’amour.


Roman sans titre

Edition des Femmes - 1992

Roman sans titre est l’histoire d’un combattant au cœur de la guerre. Et la guerre est toujours une sale guerre. C’est le prix de la victoire du peuple vietnamien. C’est la souffrance, atroce, d’hommes et de femmes aux prises avec l’indicible. Le héros est un homme. Peut-être un soldat est-il toujours un homme ? " Toute la nuit, j’ai entendu le vent hurler à travers la Gorge des Ames Perdues. D’interminables gémissements entrecoupés de sanglots. Parfois, il hennissait comme une jument en chaleur. Le toit de bambou tremblait, les tiges écrasées sifflaient. On eût dit une symphonie funèbre traversant la campagne. Notre veilleuse vacillait, prête à s’éteindre. J’ai sorti la tête de la couverture. J’ai soufflé la flamme, espérant vaguement sombrer corps et âme dans la nuit. Une branche morte frappait le mur en cadence. Impossible de dormir. Dehors le vent mugissait comme une bête sauvage ! Alors j’ai murmuré une prière : " Chères sœurs qui avez vécu, qui êtes mortes en êtres humains, ne nous hantez plus. Protégez-nous. Armez nos corps, éclairez notre esprit. Que nous puissions vaincre à chaque combat... Quand viendra la victoire, quand notre patrie connaîtra la paix, nous vous ramènerons à la terre de vos ancêtres. J’ai enfoui mon visage sous la couverture. J’ai essayé d’oublier le vent. Mais le vent continuait de traverser la couverture, de s’engouffrer dans la Gorge des Ames Perdues. Deux semaines auparavant nous y avions enterré six jeunes filles. " Roman sans titre, peut-être pour arriver à dire ce qui n’a plus de voix, ou plus de visage, comme cette femme mutilée qui passe au début du récit.


Paradis aveugles

Edition des Femmes - 1992

Hang, l’héroïne des Paradis aveugles, travaille en URSS, comme beaucoup de Vietnamiens. Appelée à Moscou au chevet de son oncle maternel malade, elle se souvient de son enfance et de l’histoire familiale telle qu’elle l’a vécue et telle qu’elle lui a été racontée. Un passé meurtri afflue où elle se sent exilée. Son Viêt-nam natal lui revient en mémoire, avec ses odeurs et ses images, et par dessus tout la visage de sa mère. Le passé de Hang et de sa famille, c’est un pan de l’histoire du Viêt-nam, avec ses soubresauts et ses cruautés, avec ses trouées de lumière, ses souvenirs de douleur, en cette terre russe : " La Réforme agraire, comme un ouragan, avait dévasté champs et rizières, semé la désolation. La Section de rectification des erreurs fut naturellement incapable de recoller les morceaux. Elle réussit néanmoins à dégager un peu l’atmosphère sinistre qui étouffait le village. Ce fut un concert de rires, de pleurs, de soupirs. On se racontait publiquement les malheurs, les injustices subis. On invoquait à haute voix l’âme des innocents massacrés. Dans les demeures, les lampes à huile brûlaient toute la nuit. les maisons ouvraient leurs portes, les conversations roulaient, les réunions battaient leur plein... On réclamait le châtiment des délateurs, la réhabilitation de l’honneur bafoué, le règlement des dettes de sang... "


Histoire d’amour racontée avant l’aube

L’Aube - 1991

Sinh et Luu ne s’aiment plus. Ils entament donc une procédure de divorce, et chacun de son côté retrouve bonheur et passion. Mais le Parti ne l’entend pas de cette oreille… « Un auteur populaire qui raconte un pays qu’elle aime, dont on sent avec quelle sensualité elle hume les odeurs, jouit des lumières et des images et pleure les malheurs. » Patrice de Beer, Le Monde. « L’un des plus grands écrivains de l’Asie du Sud-Est. » Annick Le Floc’Hmoan, Elle. Histoire d’amour racontée avant l’aube est le premier texte de Duong Thu Huong publié en français.

Qu’avons-nous fait à nos enfants ?

Avec Duong Thu Huong - Saint-Malo 2012

Rencontre avec Duong Thu Huong animée par Yves Chemla


Romans-monstres, romans-mondes

Saint-Malo 2009
Samedi 17h15 : Romans monstres, romans-monde
avec Duong Thu Huong, Steve Toltz, Ilija Trojanow, Mathias Enard, Jean-Marie Blas de Roblès, animé par Baptise Ligier

Littérature et engagement

Saint-Malo 2009
Lundi : 11h15 - Littérature et engagement
Alain Dugrand, Duong Thu Huong, Bernard Chambaz, Kjartan Flogstad, Atiq Rahimi. Animé par Jean-Pierre Perrin