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Des mots d’auteurs
 

Martin Page : "Je me suis senti bien à Bamako"

publié le 20 décembre 2010.
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On m’a beaucoup demandé ce que je pensais du Mali, et de l’Afrique. Je n’ai passé que cinq jours à Bamako, je ne sais pas si c’est suffisant pour donner un avis avec un peu d’épaisseur.

J’ai aimé cette ville, parce que les gens que j’y ai rencontrés y étaient chaleureux et gentils, je m’y suis senti bien, à l’aise, et, pour tout dire, pas dépaysé (et c’est cette sensation de familiarité est peut-être paradoxalement ce qui a été dépaysant). Je ne me suis pas senti à l’étranger, je ne me suis pas senti loin de chez moi. Rien ne m’a semblé exotique ou vraiment différent. L’exotique et le différent, je les rencontre chez moi, à Paris, c’est ce qui devrait m’être évident qui me semble étrange. L’aventure inquiétante commence quand je sors de chez moi, quand je vais faire mes courses, que je prends le métro, que je parle à des gens dans une soirée. La géographie donne une idée fausse du monde. Je crois que nous vivions selon une géographie sentimentale qui déjoue les frontières. Les nationalités sont des éthiques plutôt que des points sur une carte. Je ne crois pas à l’étranger, je ne crois pas qu’"ailleurs" existe.

Je me suis senti plus détendu à Bamako qu’à Paris. Moins effrayé, alors qu’à Paris tant de choses me font peur. Cela tient sans doute au fait que j’étais invité, et donc choyé ; et j’ai pensé qu’on devrait aussi avoir ce statut d’invité là où on vit, dans notre ville, et qu’on devrait considérer les autres comme des invités, la société serait plus douce. Les habitants de Bamako que j’ai croisés, avec qui j’ai discuté, m’ont fait penser à des gens que je connais, et avec qui je suis bien. Les professeurs qui m’ont accueilli étaient très semblables aux professeurs de Romans et de Metz dont j’ai visité les classes dernièrement.

Je ne souffre pas de fétichisme à l’égard des villes et des continents. Je suis bien là où la douceur et la bienveillance, la curiosité et l’humour existent.
J’espère ne pas décevoir en disant cela, mais je ne pense pas quelque chose de particulier de Bamako. J’y ai aimé les gens, la musique, la nourriture, comme celle d’autres lieux. Je m’y suis senti bien, et les individus que j’y ai rencontré, les auteurs, les professeurs, les élèves, sont uniques, passionnants et généreux, grâce à eux, parce qu’ils se sont inventés ainsi, et non pas en raison de leur nationalité.
Chaque voyage pour un pays lointain me rappelle notre proximité, et dans le même temps l’éloignement qui me sépare des gens qui vivent dans ma propre ville. C’est pour cela que partir est important. Pour ce que l’on ramène, c’est-à-dire la parenté réelle que nous partageons tous, et que nous oublions quand nous sommes voisins. Du Mali c’est cet enseignement que j’ai tiré ; et c’est une belle leçon que je n’oublierai pas et qui restera attachée dans mon esprit à ces cinq belles journées.

Martin Page

 
 
 
 
 
Bamako
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