Du 22 au 28 novembre 2010 
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Presse
 

"OuLiPo à Bamako" par N. Michel de Jeune Afrique

publié le 16 décembre 2010.
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Du 26 au 28 novembre, le rappeur d’origine malienne Oxmo Puccino a animé des ateliers d’écriture, qui ont tourné parfois à la leçon de vie. Reportage.

« Ça va  ? Vous avez tous du papier et un stylo  ? Je vais d’abord vous donner une liste de mots… » Ainsi a commencé le premier des trois ateliers d’écriture donnés à Bamako au Mali par le rappeur malien (qui a grandi en France) Oxmo Puccino, à l’occasion du festival Étonnants Voyageurs (22-28 novembre 2010). Géant débonnaire vêtu de noir, le natif de Ségou s’est installé sous les eucalyptus du Palais de la culture en compagnie d’une quinzaine de jeunes – aspirants poètes, rappeurs, curieux… – qui se sont prêtés au jeu de bonne grâce, quoique avec un brin de timidité.

Le premier exercice semble spécialement conçu pour celui qui apprend à « devenir poète »  : Oxmo Puccino demande de composer un texte à partir d’une dizaine de mots tirés du ­poème Spleen de Charles Baudelaire. Les exercices suivants sont du même ordre  : créer un proverbe avec les mots « argent » et « vérité », compléter un texte à trous, écrire deux phrases sur la notion de voyage, rédiger un texte en commençant toutes les phrases par « Je me souviens… » à la manière de l’écrivain français Georges Perec, etc. Ce faisant, Oxmo Puccino importe au Mali les méthodes du groupe littéraire OuLiPo (pour « Ouvroir de littérature potentielle »), rendu célèbre par Raymond Queneau et Georges Perec.

Chaque fois que les participants ont achevé leur texte, le rappeur les invite à lire à haute voix et leur offre une critique à chaud – en général plutôt conciliante. « Sadat, tu écris trop premier degré  ! Réserve ça aux correspondances administratives, par exemple si tu as une augmentation de salaire à demander  ! » C’est dit avec le sourire, tout comme les fréquents « C’est très fort, j’adore ça  ! » ou les « C’est super, tu m’as donné des frissons ». Parfois, l’atelier tourne à la leçon de vie. « Ce premier degré, j’appelle ça le traumatisme de l’éducation, qui empêche de sortir des sentiers battus, de mélanger les images, qui impose des barrières », poursuit Puccino. La chasse aux mots formels ou trop communs est ouverte – et les sentiments que cachent certaines expressions affleurent. Et Oxmo de jouer avec les mots  : « Aimer l’amour  ? Ce n’est pas possible  ! Certaines personnes aiment l’amour, mais n’aiment pas la personne… C’est dangereux  ! » Au final, LM – lunettes de soleil sur le crâne et nuque tatouée – est heureux  : « Cet atelier m’a apporté de l’organisation, de la méthode, et une certaine objectivité dans l’écriture que j’avais perdue. » Puccino, lui, semble satisfait  : « Ces ateliers m’apportent d’autres points de vue et me renseignent sur l’état d’esprit des gens. Quand on écrit, on dit toujours plus que l’on ne voudrait. Du coup, ce sont des rencontres fortes que l’on n’oublie pas. »

Un article paru sur le site de Jeune Afrique le 16 décembre 2010.

 
 
 
 
 
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