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Emmelie Prophète, Port-au-Prince, 13 juillet 2010

15 juillet 2010.
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Je suis…

Je suis revenue de Saint-Malo avec l’espoir que quelque chose, par miracle, aurait changé à Port-au-Prince en mon absence. Un espoir que je nourris en fait à chaque fois, depuis le séisme du 12 janvier, que j’ai l’occasion de partir. Rien n’avait changé. Au contraire. Il y avait plus de décombres dans les rues, la situation des sans abris avait empiré. La catastrophe avait comme… grossi.
A la direction Nationale du Livre du Ministère de la culture que je dirige, Je me suis jetée tête baissée dans les mille projets sur le livre et la lecture publique que j’ai échafaudés pour l’année 2010, clamant dans tous les azimuts qu’il faut partager le savoir, garantir l’avenir, transformer les provinces en centres, en lieu de vie, de lecture et d’écriture. C’est un travail long. Époustouflant. Dany Laferrière, passé maître en leçons de générosité et d’élégance, a volontiers prêté son image pour m’aider à convaincre et rallier certains sceptiques.
Je suis partie en Guadeloupe en juin pour participer à la résidence Écriture des Amériques. Le temps de respirer, de porter des corrections, de faire des ajouts, de relire le manuscrit de mon prochain livre titré Le reste du temps, qui sort en septembre chez Mémoire d’encrier.
Rodney Saint-Eloi, mon éditeur, aime ce récit à la frontière de la fiction et de la réalité. Il me dit trouver gracieux ce mélange de voix apparemment inconciliables, celle du plus célèbre journaliste haïtien, Jean Dominique, assassiné le 3 avril 2000 sur la cour même de Radio Haïti, la station privée qu’il dirigeait et de Jean-Baptiste, ce vieux marchand de livres d’occasions, autodidacte, qui avait son commerce en pleine rue au bas de la ville. Il a aimé mon franc parti pris pour la narration.
En attendant, les propositions pour la reconstruction pleuvent. Je me fais accompagner, du matin au soir, pour les écouter, de ces deux personnages, allant de doutes en convictions, selon le désespoir rencontré pendant la journée, en attendant que Jean le journaliste et Jean-Baptiste le vieux libraire appartiennent à qui le voudra bien. Ils auront alors des destins que je ne connaitrai pas.

Emmelie Prophète