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DIARRA Ousmane

Mali

La route des clameurs (Gallimard, 2014)

© C. Hélie

Ousmane Diarra, bibliothécaire à l’Institut français du Mali, est un romancier, un conteur et un opposant politique à la prose acérée.
Ses romans sont traversés par les conflits qui touchent le Mali, en proie aux puissances politiques, religieuses et occultes qui hantent et pillent ses villes et ses villages.

Né en 1960, diplômé de l’Ecole Normale Supérieure de Bamako d’une maîtrise de Lettres Modernes, il a enseigné le français pendant deux ans.
En 2006, son premier roman Vieux lézard remporte trois prix : Le Prix Amadou Kourouma de Genève, le Prix RFO et le Prix du Prince Pierre de Monaco. Vieux lézard
 est à la fois un roman d’amour et de société, où l’auteur mélange récit imaginaire, autobiographie et vérités intemporelles, à la manière des griots, narrateurs de légendes. Pagnes de femme, en 2008, est inspiré d’une vieille chanson bambara de la moitié du XIXème siècle. Toujours dans le style réinventé des griots, Ousmane Diarra nous donne à lire non seulement le roman d’un continent et de ses conflits, mais également à entendre le tumulte d’un monde moderne et bouleversé. Il a aussi écrit de nombreuses nouvelles et récits illustrés dont un recueil collectif de nouvelles en co-écriture avec Moussa Konaté, Yambo Ouloguème, Mandé Alpha Diarra et Sirafily Diango, puis un autre intitulé Les moutons du monde.
 Ousmane Diarra est également auteur de livres pour la jeunesse et conteur. À ce titre il a participé à de nombreuses animations autour du conte au Mali et en France.

En 2013, le Mali est à feu et à sang. Face à ce que l’actualité nomme la « crise malienne », l’auteur interrompt tous ses travaux pour écrire son nouveau roman La route des clameurs faisant retentir une colère irrépressible. Il dépeint l’horreur qui s’abat sur son pays à travers le regard d’un enfant enrôlé malgré lui dans le Jihad. Son père est un artiste peintre qui refuse de capituler, avec pour seules armes un pinceau et l’ironie du désespoir.
C’est une ode à la résistance et à la paix contre le fanatisme et l’obscurantisme que nous offre ici Ousmane Diarra, questionnant l’instrumentalisation de l’Islam dans un contexte « postcolonial ».

Lire l’article d’Oussmane Diarra sur le site d’Etonnants-Voyageurs.


Bibliographie

  • La route des clameurs, (Gallimard, 2014)
  • Nouvelles du Mali, ouvrage collectif (Magellan and Co 2008)
  • Pagne de femme (Gallimard, 2007)
  • Vieux lézard (Gallimard, 2006, roman)
  • La Côte d’Adam, in Nouvelles voix d’Afrique (Hoebeke, 2002, nouvelle)
  • Balbutiements et chants aux vents (Le manuscrit, 2002)
  • Les Ombres de la nuit (Le manuscrit, 2002, nouvelles)
  • Tous les moutons du monde (Jamana, 1992)

Contes pour enfants :

  • Néné et la chenille (Le Figuier/Edicef, 1999)
  • La longue marche des animaux assoiffés (Le Figuier, 1997)
La route des clameurs

La route des clameurs

Gallimard - 2014

« Un matin, mon papa a fait apparaître un grand tableau vierge qu’il avait soigneusement caché dans la maison. Il connaît sa maison plus que quiconque au monde, mon papa. Il a donc sorti son tableau avec des pinceaux et des boîtes de peinture. Il s’est installé dans la rue, devant notre maison. Il s’est mis à crayonner, à peindre. Il avait presque les yeux fermés. Les gens qui passaient s’arrêtaient pour le regarder comme on regarde un animal sauvage au zoo, qui tourne en rond dans sa cage en fer, qui rugit en vain sa colère. Même moi qui suis son fils, je ne comprends rien à ce qu’il était en train de dessiner. Il a travaillé toute une journée ainsi. C’est à la nuit tombante que j’ai vu enfin surgir de ses pinceaux un vieux cochon... »
On est au Mali, dans un sanglant bouillon d’intolérance, sous la férule des islamistes conduits par le calife Mabu Maba dit Fieffé Ranson Kattar Ibn Ahmad Almorbidonne, et aux prises avec la férocité des gamins imams. Un artiste peintre, par ailleurs ancien condisciple du faux calife, est pris dans les nasses de l’obscurantisme. On détruit sa famille, on détruit son atelier, ses tableaux et ses sculptures partent en fumée. Seule lui reste encore sa tête pleine d’ironie pour tenir tête aux envahisseurs, inoubliable figure de notre époque plombée de fanatismes, père à la fierté frêle et ulcérée, artiste à l’humour ravageur, homme à la dignité désemparée et exemplaire... C’est un enfant qui raconte.

Nouvelles du Mali

Gallimard - 2007

C’était un matin de tabaski. Le soleil, déjà haut à l’horizon, continuait sa course folle à travers un ciel pur comme du cristal. Il progressait à pas de géant comme si, jaloux de cette journée toute belle, il voulait y mettre fin le plus tôt possible. Les fidèles, revenant des mosquées, affluaient de partout, vêtus de leurs habits de fête et tenant à la main leur peau de prière. C’étaient des femmes et des hommes de tous âges, des enfants, qui marchaient par petits groupes, à petits pas pressés. Certains, encore imprégnés de l’atmosphère de prière et de recueillement, l’air solennel et à pieds, continuaient de psalmodier des versets tout en égrenant leur long chapelet. D’autres, par contre, les jeunes et les enfants, arrivaient à peine à contenir leur gaieté. [...] Ce fut donc au milieu de cet atmosphère embaumée de fête que l’on vit, comme une avalanche déferlant de la colline qui surplombait le quartier à l’ouest, un grand troupeau de moutons. C’étaient de grands moutons qui défiaient toute concurrence, de gigantesques béliers dont les cornes non moins gigantesques faisaient penser à une invasion de buffles... Ousmane Diarra, Tous les moutons du monde.


Pagne de femme

Pagne de femme

Gallimard - 2007

An de grâce Un. Année de l’enfant djinn ! Ce fut celle de la danse impossible. La danse des grands sorciers et des grands initiés : tu refuses de danser, tu meurs. Tu fais un faux pas, tu trépasses. Seuls les Anciens possédaient les pas de cette danse-là ! Mais les Anciens s’en étaient allés. Avec tous leurs secrets. Dépités d’un monde qui n’était plus le leur. Auquel ils ne comprenaient plus rien ! Un monde comme un pagne de femme coquine, jamais véritablement noué, et à dessein pour embêter les hommes ! " Ousmane Diarra nous donne ici non seulement le roman d’un continent - et sans doute le plus africain des romans, comme Céline, avec Voyage au bout de la nuit, nous donnait le plus populaire des romans - mais, dans le style réinventé des griots, en un tour de force, une recréation unique, il nous tend l’image tumultueuse de notre monde... Quand s’entrouvre un pagne de femme, un flot de désirs et de paroles nous submerge ; quand s’ouvre ce roman, c’est une crue pleine d’humour, de violence et d’espoir malgré tout, pleine d’autodérision qui nous ballotte jusqu’au vertige dans notre condition inhumaine... Amours, haines, folies... " C’est, dit l’auteur dans son avant-propos, la fin de toute raison, de toute dignité. La fin de toute humanité. La fuite en avant. Tant vers l’étranger que dans le mensonge, l’hypocrisie. Dans la rapine. Dans le crime tous azimuts... Sans états d’âme.


Vieux lézard

Vieux lézard

Gallimard - 2006

« Elle sourit de nouveau. Puis elle s’assit. Il la regarda et fut aussitôt saisi d’un sentiment bizarre, de bonheur et d’inquiétude. Il ne savait pourquoi. Puisqu’elle ne l’intéressait pas spécialement. Elle n’était qu’une petite gamine, et lui, un homme entre deux âges, avec une femme et des enfants et des principes et des soucis.
C’est lui qui commença à parler le premier, sans vraiment savoir ce qu’il disait. Cela arrive souvent quand la tête est vide alors que les yeux sont bien pleins. Il disait n’importe quoi. ll le sentait à son sourire narquois qu’il racontait des sottises. Pourtant la vraie question trottinait dans sa tête : Pourquoi ?... Pourquoi ? »
Un bibliothécaire, la quarantaine ; une étudiante qui apparaît et disparaît comme un mirage de beauté. Un pays, le Mali ; une capitale africaine, Bamako. Au-delà des apparences, l’amour libre avec la jeune Sakira et l’amour des livres sont-ils possibles à l’ombre des imams qui condamnent et des enfants qui lapident ? Faut-il rêver pour vivre des désirs non excisés ? Dans Vieux Lézard, c’est l’humour léger qui fait s’envoler, telle une tourterelle roucoulante, les carcans sociaux et religieux.

Que faire face à l’horreur ?

Avec Ousmane Diarra et Jean-Christophe Rufin - Saint-Malo 2015


Avec Ousmane Diarra et Jean-Christophe Rufin, une rencontre animée par Sophie Ekoué