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Folie infantile

Écrit par : DEWISMES Alicia (3ème, Collège de Marcel Chêne, Pontcharra sur Breda)

[…] J’avais six ans lorsqu’il est parti. Il n’avait qu’à pas revenir comme ça quatre ans plus tard. J’avais tellement prié, tellement espéré que la guerre le garde pour elle. Pour elle seule. Je ne voulais pas le revoir. Pas ici dans ma maison. Pas après nous avoir humiliés, nous, ma mère et moi, sa famille. Quand il est parti j’étais en colère, j’avais l’impression d’avoir été abandonné, trahi, il était parti. Comme ça, comme quand on quitte une pièce. Je m’en souviens comme si c’était hier. Le mardi 12 Décembre 1941. Il faisait un froid glacial dehors. Personne ne sortait, tout le monde restait auprès de sa cheminée emmitouflé dans des couvertures avec du chocolat chaud. Tout le monde, sauf quelques militaires. Il était à peine sept heures, j’avais seulement 6 ans et pourtant… Ce souvenir restera à jamais gravé dans ma mémoire. Il était là au milieu du salon ; mon géniteur. Ma mère en face de lui, des larmes pleins les yeux. Moi dans la montée d’escaliers. J’ai tout de suite compris. Quelque chose de grave était en train de se passer. Quoi ? Aucune idée. Juste nous, ma famille. C’est alors qu’après un long silence, brisée uniquement pas les lourds sanglots de ma mère, mon père dit : « mais tu le sais bien Violette… Je dois partir ! Je dois réparer mes erreurs ! C’est mon pays à présent je dois le sauver… ! » J’étais jeune mais pas idiot. Je savais ce qu’il se passait depuis que notre führer le grand Hitler avait décidé que les Juifs, les opposants politiques — essentiellement des communistes, des démocrates sociaux et des syndicalistes — , les Témoins de Jéhovah, qui refusaient de servir dans l’armée allemande ou de prêter le serment d’obéissance à Adolf Hitler, les homosexuels allemands, dont l’orientation sexuelle était considérée comme une entrave à l’expansion de la population allemande, tous ces êtres à part, qui cohabitaient depuis si longtemps avec nous, n’étaient en réalité pas humains et qu’il fallait les exterminer. Cela correspondait à ce que j’entendais depuis un peu plus de six ans. C’était le refrain préféré de ma mère, des journaux, de la radio, des voisins. Tout le monde le répétait sans cesse : « ne soyez pas opposant, écoutez notre grand führer, il est la parole de Dieu, écoutez-le, il a été envoyé par le divin ! ». Tout le monde le disait dans mon entourage. Après, est-ce qu’ils le pensaient, ça c’était leur problème. En tout cas, la nôtre de famille n’avait pas de problèmes, nous avions la chance d’être de parfaits allemands aryens. Ma mère ayant des gènes parfaits norvégiens, nous avions toutes les chances de notre côté. Alors je peux dire que les yeux bleus, les cheveux blonds comme la neige et la taille élancée, je connaissais bien. C’était mon « domaine » comme disent les grandes personnes. Enfin pour revenir au moment présent, mon géniteur était là. Devant moi. Avec sa chevelure blonde et ses beaux yeux bleus. Il prenait toute la place. Et je ne voulais pas qu’il revienne. Pourquoi ? Parce que j’avais honte de lui. La guerre était finie mais nous n’avions pas gagné. Par sa faute. Il n’avait même pas été capable de se sacrifier pour sa nation, pour sa famille. A cause de lui nous étions les perdants, 70 millions de morts ce qui en fait le conflit le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité d’après les journaux. Grâce à nous et à notre grand führer le monde avait été soigné de ces créatures qui avaient envahi notre monde. Les Juifs, les homosexuels et les opposants politiques n’ont pas le droit de vivre. C’est comme ça. C’est une erreur de Dieu. Notre grand Dieu. Qui nous a envoyé Hitler, son messager grâce à qui cette erreur humanitaire a été dépassée. Sauf que mon père n’a pas su honorer son serment. Il est toujours en vie. Mais mérite d’être pendu haut et court. Comme les traîtres. Il n’avait pas le droit d’être assis là, à ma place, à côté de ma mère et de savourer le bon repas qu’elle avait fait pour son retour. Elle le regardait comme un héros alors qu’il n’en était pas un ! Je connaissais le regard qu’elle lui portait. Oh oui je le connaissais bien parce que pendant quatre ans c’est sur moi qu’elle l’avait porté. J’avais l’impression qu’elle ne se rendait pas compte. Non ! J’en étais même sûr (j’avais vu une affiche de mon héros qui disait qu’il ne fallait jamais douter, toujours être sûr ! alors depuis j’étais sûr de tout ce que je disais ; donc j’étais sûr que ma mère ne se rendait pas compte de la trahison de son mari). Mais est-ce que cela voulait dire qu’elle aussi devait être pendue haut et court au côté de son « cher » mari ? Oh non pas ma mère ! Non, que dis-je, il fallait que je me ressaisisse ! « Les liens du sang ne doivent en aucun cas travestir nos décisions » et je ne me ferais pas avoir par la tendresse de ma mère, elle ne représentait aujourd’hui à mes yeux que ma vulgaire génitrice. Notre pays, notre belle Allemagne était en train de tomber en ruine. Je le savais et je le sentais, nous avions perdu et nos ennemis allaient en profiter pour nous torturer. Tous les nazis allaient être tués. Sauf si quelqu’un venait rétablir l’ordre au sein de notre gouvernement. Je me devais de redonner de l’espoir aux troupes restantes ! L’Allemagne nazie n’était pas finie ! Nos valeurs étaient belles, saines et pleines d’espoirs. Mon rêve d’enfants de faire partie de l’armée et combattre contre les Juifs venait d’être perdu. Tout ça à cause du suicide lâche du grand Hitler. J’étais fini. Mon idole était morte. Et c’est exactement pour cette raison que je ne pouvais pas, que je n’avais pas le droit de me comporter comme mes deux lâches de parents qui pensaient que se retrouver était la meilleure chose qui puisse leur arriver. Baliverne ! La meilleure chose à faire était de combattre. De saigner à mort les ennemis, de tuer les opposants. Car oui, du haut de mes dix ans je savais exactement quoi penser et quoi faire. J’étais fier de ma croix gammée cousue à mes vêtements ; fier d’espérer servir un jour ma grande nation ; fier de ma chevelure parfaitement blonde et de mes magnifiques yeux bleus ; fier de croire que les gens allaient se prosterner devant moi comme devant le grand führer. Parce que, moi aussi, je sentais une puissance divine en moi. J’étais envoyé par Dieu pour sauver le monde et prendre la relève d’Adolph Hitler. Et c’est pour cette raison qu’une semaine après que mon père soit revenu, je pris la plus grande décision de ma vie. Une semaine. Une semaine à supporter sa présence dans ma maison. Il avait embrigadé ma mère et avait même apporté ses services à l’armée française. Evidemment je m’étais caché, je ne voulais pas que ces saletés d’ennemis me voient. Une semaine à supporter les longs discours de ma mère sur l’importance de la famille. Une semaine à préparer mon plan d’évasion. En cette nuit du 10 juin 1945 à minuit pile, je pris mon baluchon sur l’épaule et je claquai la porte de mon lieu de naissance, laissant ainsi mon passé derrière moi avec mes géniteurs. Je regardai une dernière fois cette bâtisse qui m’avait servi de toit pendant dix ans et je partis. Accomplir ma destinée. Seul dieu savait si j’arriverais à rétablir l’ordre nazi : Mon destin.

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