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Le dico des auteurs


BARAKA SAKIN Abdelaziz

Soudan

22 mars 2017.
 

Biographie

 

La réputation d’Abdelaziz Baraka Sakin n’est plus à faire dans le monde arabe, notamment au Soudan dont il est originaire, et où il est pourtant censuré depuis 2011. Publiée en Égypte ou en Syrie, son œuvre circule en effet clandestinement dans son pays. Emprisonné puis contraint à l’exil, il ne peut en effet, au fil de ses œuvres, se résoudre à abandonner un principe qu’il s’est fait sien : rendre compte, souvent avec humour, de la réalité du monde dans lequel il vit, de sa diversité culturelle et religieuse, de la liberté individuelle, l’oppression… ce qui dérange les autorités. Pour la première fois, il est traduit en français chez Zulma.

Né en 1963 au Soudan, ses racines sont au Darfour et au Tchad voisins.
Après des études de commerce, il obtient un premier poste au service des impôts. Cette courte carrière sera suivie d’une non moins courte carrière de professeur d’anglais à Khashm Al Girba. Accusé – à tort – d’avoir participé à une manifestation, il perd de nouveau son travail et survit comme maçon tandis que les coups d’État se succèdent au Soudan (Souwar al-Dahab en 1985, Omar el-Béchir en 1989…). Il sera ensuite enseignant dans un camp de réfugiés érythréens, sponsorship manager pendant cinq ans pour Plan Sudan, avant de s’impliquer au Darfour, au début des années 2000, avec l’Unicef et Save the Children. Sa mission consiste alors à former des militaires des forces gouvernementales, mais aussi des forces de l’opposition, en les sensibilisant aux droits de l’enfant et au droit international. Il ne se trouve jamais loin des champs de bataille, ce qui lui permet de rencontrer « à la fois les criminels et les victimes des crimes » confie-t-il.

Abdelaziz Baraka Sakin est l’auteur de sept romans et de plusieurs recueils de nouvelles, livres interdits dans son pays depuis 2011. Selon lui, l’écrivain a une responsabilité, une place particulière dans la société : celle d’écrire sur des sujet qui concernent les lecteurs, de mettre en avant la diversité d’une société, avec ses religions, ses langues, ses coutumes. Suite à la parution de ses livres, il est emprisonné à plusieurs reprises. Deux de ses œuvres majeures — non traduites en français —, At the Peripheries of Sidewalks (À la périphérie des trottoirs, 2005) et The Jungo : Stakes of the Earth (Jungo : les Enjeux de la Terre, 2009) ont été saisies pour violation de la « Creative Works Law ».

Quand il reçoit en 2009 le prestigieux prix Tayeb Salih pour les Enjeux de la Terre, remis à la Foire du livre de Khartoum au Soudan, tous ses livres sont aussitôt saisis et détruits par les autorités. On le force ensuite à signer un document attestant qu’il n’écrirait plus. Il fuit alors le Soudan et s’installe en Autriche où il obtient l’asile. « La raison est clairement politique : le gouvernement soudanais a un projet culturel fondé sur la promotion de l’identité arabe et islamique du Soudan. Or, le Soudan n’est pas seulement cela. Quand on lit mes romans et mes prises de position, on voit que je suis opposé à ce projet puisque je parle de la variété culturelle et religieuse du pays. On peut croire que c’est parce que je parle de manière directe du sexe, mais ce n’est qu’un prétexte. » explique-t-il (SPIP). Malgré tout, Abdelaziz Baraka Sakin continue de publier ses romans, ils circulent clandestinement au Soudan.

Le Messie du Darfour, roman sur fond d’une guerre civile dont on ne connaît souvent que le nombre de victimes et les images de villages en ruine, plonge le lecteur dans la vie de Abderaham, une jeune femme prête à tout pour venger les siens des milices Janjawid. Une véritable épopée où l’humour ne vient pas à manquer. Le roman offre aussi une réflexion sur le pouvoir de la littérature : écrire permet peut-être d’échapper à la peur de la guerre.


Bibliographie

- Le Messie du Darfour (Zulma, 2016)

Actualité

 
Romans

Le Messie du Darfour

Zulma - 2016

« C’était la seule à Nyala et sans doute même dans tout le Soudan à s’appeler Abderahman. » Avec son prénom d’homme et sa cicatrice à la joue, terrible signe de beauté, Abderahman est la fille de fortune de tante Kharifiyya, sans enfant et le cœur grand, qui l’a recueillie en lui demandant de ne plus jamais parler de la guerre. De la guerre, pourtant, Abderahman sait tout, absolument tout.
C’est un jour de marché qu’elle rencontre Shikiri, enrôlé de force dans l’armée avec son ami Ibrahim. Ni une, ni deux, Abderahman en fait joyeusement son mari. Et lui demande de l’aider à se venger des terribles milices janjawids en en tuant au moins dix.
Formidable épopée d’une amazone de circonstance dans un monde en plein chaos, le Messie du Darfour est une histoire d’aventure et de guerre, une histoire d’amitié et de vengeance qui donne la part belle à l’humour et à la magie du roman.

Roman traduit de l’arabe (Soudan) par Xavier Luffin


Revue de presse

- "Avec "Le Messie du Darfour", son premier roman publié en français, le Soudanais Abdelaziz Baraka Sakin nous plonge dans un monde violent et absurde où seul l’humour peut sauver l’humanité." (Nicolas Michel, Jeune Afrique)

- "[La langue] de son roman est d’une vigueur enthousiasmante, pleine de fantaisies et de tonalités variées pour pénétrer l’expérience humaine de l’intérieur d’un conflit aussi complexe que celui du Darfour." (Valérie Marin la Meslée, Le Point)

Œuvre

 
Romans

Le Messie du Darfour

Zulma - 2016
« C’était la seule à Nyala et sans doute même dans tout le Soudan à s’appeler Abderahman. » Avec son prénom d’homme et sa cicatrice à la joue, terrible signe de beauté, Abderahman est (...)