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RAHIMI Atiq

Afghanistan

La Ballade du calame (L’Iconoclaste, 2015)

© Hélène Bamberger/P.O.L

Né à Kaboul en 1962, aujourd’hui naturalisé Français, Atiq Rahimi s’est imposé en quelques années comme un auteur de premier ordre en France, aussi bien pour son œuvre romanesque que cinématographique. Exilé afghan à Paris, jonglant entre persan et français au fil de ses œuvres, Atiq Rahimi n’en a pas pour autant oublié son pays d’origine, dans lequel il retourne fréquemment depuis la chute des Talibans. Se considérant plus comme réfugié culturel que politique, il décrit dans ses romans les guerres et les malheurs qui accablent l’Afghanistan depuis des décennies.

L’auteur étudie au lycée franco-afghan Estiqlal de Kaboul, puis quitte son pays natal à seulement 22 ans. Fuyant la guerre et le service militaire, il rejoint le Pakistan et demande l’asile politique à l’Ambassade de France. Arrivé à Paris, il étudie le cinéma à la Sorbonne, dont il sort avec un doctorat en audiovisuel.

Déjà réalisateur de documentaires, ce passionné de Marguerite Duras fait une entrée remarquée dans le monde de la fiction en 2004 en remportant à Cannes le prix du regard vers l’avenir avec Terre et cendres. Ce film, tourné dans une mine de charbon au Nord de l’Afghanistan, est l’adaptation éponyme de son premier roman, paru en France en 2000 et traduit depuis en vingt-et-une langues.
Auteur et cinéaste reconnu, il accède à la consécration en 2008. Lauréat du prix Goncourt pour Syngué Sabour - pierre de patience, son quatrième livre (mais le premier rédigé en Français), Atiq Rahimi est aujourd’hui un représentant privilégié de la culture afghane en Europe. Conscient de la force de son roman, Atiq Rahimi l’a adapté pour le cinéma en 2013, avec l’aide du scénariste et réalisateur Jean-Claude Carrière.

Accompagné par l’illustrateur Olivier Charpentier, il s’essaie à la littérature jeunesse et publie en 2015 Compte comme moi !, comptine tendre et intelligente qu’il avait écrite pour son petit garçon à propos de l’éveil des sens. La même année voit paraître chez L’Iconoclaste un récit de vie, La Ballade du calame, témoignage romanesque sur l’exil, la perte ou l’affirmation de ses racines, dépeignant les multiples identités que l’écrivain a désormais faites siennes. Celui qui se dit « né en Inde, incarné en Afghanistan et réincarné en France » invente là une langue puissante, singulière et libre.


Bibliographie :

  • La Ballade du calame (L’Iconoclaste, 2015)
  • Compte comme moi ! (avec Olivier Charpentier, Actes Sud junior, 2015)
  • Maudit soit Dostoïveski (P.O.L, 2011)
  • Syngué Sabour - Pierre de patience (P.O.L., 2008) Prix Goncourt 2008
  • Le retour imaginaire (P.O.L., 2005)
  • Les Mille Maisons du rêve et de la terreur (P.O.L., 2002)
  • Terre et cendres (P.O.L., 2000 ; poche 2005)

Filmographie :

Documentaires :

  • (A)fghanistan (2002)
  • Nous avons partagé le pain et le sel (2001)
  • Zaher Shah, le royaume de l’exil (2000)
  • À chacun son journal (1998)
La Ballade du calame

La Ballade du calame

L’Iconoclaste - 2015

« L’exil ne s’écrit pas. Il se vit.
Alors j’ai pris le calame, ce fin roseau taillé en pointe dont je me servais enfant, et je me suis mis à tracer des lettres calligraphiées, implorant les mots de ma langue maternelle.
Pour les sublimer, les vénérer.
Pour qu’ils reviennent en moi.
Pour qu’ils décrivent mon exil. »
Ainsi a pris forme cette ballade intime, métissage de mots, de signes, puis de corps. Celui qui se dit « né en Inde, incarné en Afghanistan et réincarné en France » invente une langue puissante, singulière et libre. Une méditation sur ce qui reste de nos vies quand on perd sa terre d’enfance.

Syngué sabour - Pierre de patience

Syngué sabour - Pierre de patience

Atiq RAHIMI (Corniche Group, Studio 37, Razor Film, Arte France Cinéma, The Film/2012/102’) -

Adaptant au cinéma son propre roman (prix Goncourt 2008), Atiq Rahimi porte à l’écran la parole libérée d’une femme afghane se confiant à son mari, un héros de guerre qui gît dans le coma. Alors que la violence se déchaîne au dehors, elle livre à son époux inconscient ses souvenirs, ses désirs les plus intimes et ses secrets inavouables. Un monologue magnifique, bouleversant et subversif, porté par l’incroyable performance de l’actrice iranienne Golshifteh Farahani.


Terres et cendres

Terres et cendres

(Atiq Rahimi, Les films du lendemain, Afghanistan, 2004, 105’) -
Affiche du film

Dastaguir est assis sur le bas côté de la route, son jeune petit-fils, Yassin, à ses côtés. Il a entrepris ce voyage à contre coeur pour voir son fils, le père du petit, qui travaille à la mine. Il doit lui annoncer que leur village a été bombardé et toute leur famille tuée... Terres et cendres est une fable sur la perte dévastatrice, la rédemption et la persévérance de l’esprit humain face aux atrocités de la guerre.

Cannes 2004, Sélection officielle un certain regard
Prix du regard vers l’avenir

Compte comme moi !

Compte comme moi !

Actes Sud junior - 2015

« J’ai deux yeux, comme toi. L’un pour regarder, l’autre pour voir. J’ai deux oreilles, comme toi. L’une pour écouter, l’autre pour entendre... »

Une comptine qui joue avec les mots du corps pour initier les plus petits à la subtilité des perceptions et au vivre ensemble. Un album-objet à rabats qui offre des surprises visuelles riches de sens. Un événement éditorial : le premier texte destiné à la jeunesse d’Atiq Rahimi, superbement illustré par Olivier Charpentier.


Maudit soit Dostoïevski

P.O.L. - 2011

Le nouveau roman d’Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008, s’inspire de Crime et châtiment, de Dostoïveski – d’où son titre. Il s’en inspire quant à la trame, à certains des personnages mais, qu’on ne s’y trompe pas, c’est un Crime et châtiment largement revu et corrigé et de plus immergé dans la réalité afghane d’aujourd’hui... Ainsi le héros, Rassoul vient d’assassiner une rentière, à la fois pour la punir du sort qu’elle fait subir à Souphia, sa fiancée (elle la prostitue), et pour lui dérober son argent, afin de venir en aide aux siens, ainsi qu’à Souphia et à sa famille. Son forfait commis, il est rongé par le remords et la culpabilité. Lui vient aussi l’intuition que son crime a quelque chose d’exemplaire dans le contexte de guerre civile et d’effondrement de toutes les valeurs qui est celui de l’Afghanistan actuel et de Kaboul où règnent sauvagerie et corruption. Alors, il veut se livrer à la police, à la justice. Peine perdue, pour commencer, personne ne s’intéresse à son cas, d’ailleurs police et justice existent-elles encore ? Il finira cependant, à force d’obstination puis de passivité, à se faire juger dans des conditions quasi rocambolesques mais révélatrices de la déliquescence de la société afghane et de la religion qui lui sert de ciment.
Bien sûr, il se produit quantité d’événements dans ce roman, les péripéties sont nombreuses, les retournements et les coups de théâtre aussi, comme sont nombreux les personnages qui tous ont quelque chose à signifier sur la guerre, sur l’amour, sur la vénalité, sur le courage ou la couardise, sur la résignation ou la révolte. Atiq Rahimi, sans perdre de vue son modèle russe, en organise le ballet, n’oubliant pas ses fameux détours par le corpus des contes et légendes persans, n’oubliant pas non plus son humour ni ses convictions, notamment quand à la condition des femmes dans le monde musulman.


Syngué sabour : Pierre de patience

P.O.L. - 2008

En persan, Syngué sabour est le nom d’une pierre noire magique, une pierre de patience, qui accueille la détresse de ceux qui se confient à elle. Certains, dans ce livre en tout cas, disent même que c’est elle qui est à La Mecque, et autour de quoi tournent les millions de pèlerins. Le jour où elle explosera d’avoir ainsi reçu trop de malheur, ce sera l’Apocalypse.
Mais ici, la Syngué sabour, c’est un homme allongé, comme décérébré après qu’une balle se soit logée dans sa nuque sans pour autant le tuer. Sa femme est auprès de lui. Elle lui en veut de l’avoir sacrifiée à la guerre, de n’avoir jamais résisté à l’appel des armes, d’avoir été un héros, et pour ce résultat : n’être plus à la suite d’une rixe banale qu’un légume. Pourtant elle le soigne, et elle lui parle. Elle lui parle même de plus en plus. Tandis que dans les rues les factions s’affrontent, tandis que des soldats pillent et tuent alentour, elle parle, elle dévide sa litanie sans jamais savoir si son mari l’entend et la comprend. Et c’est une extraordinaire confession sans retenue par quoi elle se libère de l’oppression conjugale, sociale, religieuse, allant jusqu’à révéler d’impensables secrets dans le contexte d’un pays semblable à l’Afghanistan. À la fin du livre cette Syngué sabour explosera…
Avec ce roman, directement écrit en français, Atiq Rahimi retrouve une forme de réalisme très proche de Terre et cendres avec une écriture qui, sèche et précise, sait aussi devenir par moments lyrique, emportée. Cependant, plus directement que dans ses précédents livres, et comme de l’intérieur, il décrit avec beaucoup d’audace, la réalité oppressante, au quotidien et plus précisément au quotidien féminin, d’une certaine conception de l’Islam.


Le retour imaginaire

P.O.L. - 2005

Quand il est revenu à Kaboul pour la première fois depuis près de vingt ans, après la chute du régime des Talibans, Atiq Rahimi a découvert une ville et un pays détruits par la guerre. Il les a photographiés, il les a écrits. Le Retour imaginaire est le livre qu’il a fait avec ces images et avec ce texte. C’est une réflexion sur l’exil, et sur le retour. Les photos, une cinquantaine, ont été sciemment prises avec un vieil appareil à trépied, une boîte en bois, utilisé pour les photos d’identité et en principe pas adapté à des plans larges ou éloignés. Ainsi ces clichés en noir et blanc de rues, de personnages, de perspectives, de situations sont-ils comme nimbés d’une imprécision douloureuse, et pour cette raison, précisément, ils rendent extraordinairement compte de la tristesse et de la nostalgie qui s’emparent d’un voyageur en qui passé et présent se mêlent cruellement. Le texte, à la fois lyrique et lapidaire, confronte deux personnages qui sont en fait, le même, contradictoire : celui qui est parti et revient, celui qui est resté. Il décrit leur impossible dialogue cependant qu’il tresse leurs voix qui s’opposent et se répondent, et chantent ensemble l’impossible réconciliation de l’être séparé de lui-même. « Mais moi ce n’est pas la beauté que je cherche. Je cherche à faire revivre le sentiment que l’homme éprouve en regardant une cicatrice. Chaque fois que nous regardons une cicatrice nous ne pouvons nous empêcher d’en repenser la douleur. »


Terres et cendres

P.O.L. - 2003

Un pont, une rivière asséchée dans un paysage désolé, la guérite d’un gardien mal luné, une route qui se perd à l’horizon, un marchand qui pense le monde, un vieillard, un petit enfant, et puis l’attente. Rien ne bouge ou presque. Nous sommes en Afghanistan, pendant la guerre contre l’Union soviétique. Le vieil homme va annoncer à son fils qui travaille à la mine, le père du petit, qu’au village tous sont morts sous un bombardement. Il parle, il pense : enfer des souvenirs, des attentes, des remords, des conjectures, des soupçons... C’est une parole nue qui dit la souffrance, la solitude, la peur de n’être pas entendu.


Les mille maisons du rêve et de la terreur

P.O.L. - 2002

En persan « mille maisons » désigne le labyrinthe, cette étendue où issue et impasse se confondent ; le temps s’arrête, l’obscurité et la terreur s’installent. Et la moindre tache blanche évoque le soleil. Au temps des dictatures, Kaboul et l’Afghanistan tout entier n’étaient-ils pas cette étendue, ce labyrinthe ? Cinq personnages pris dans la nasse essaient d’échapper à la terreur par l’ivresse ou la folie, par la mort, par l’amour.

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Avec Atiq Rahimi, Hakan Gunday, Pinar Selek, Jean-Claude Carrière. Animé par Yann Nicol.


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Saint-Malo 2009
Lundi : 11h15 - Littérature et engagement
Alain Dugrand, Duong Thu Huong, Bernard Chambaz, Kjartan Flogstad, Atiq Rahimi. Animé par Jean-Pierre Perrin