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Ayerdhal dans l’arc-en-ciel

29 octobre 2015.
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Un hommage de Jean-Claude Vantroyen, du Grand prix de l’Imaginaire remis chaque année à Saint-Malo pendant le festival. Publié dans Le Soir de Bruxelles.


Ayerdhal était l’homme en colère de la littérature française. C’était un râleur, mais pas un râleur borné, misanthrope. Non : un râleur qui mène des combats, qui croit en quelque chose. Un fervent défenseur des droits d’auteur, par exemple, avec le collectif Le Droit du Serf qu’il avait créé pour défendre le prêt gratuit et les droits d’auteur. Un citoyen concerné. Toute sa littérature le montre : il était engagé. Et chacun de ses romans est comme un coup de gueule contre une injustice. Pas des pamphlets, pas des anathèmes : non, des romans et des nouvelles. Et surtout de la science-fiction, « car la SF est un puissant outil pédagogique, un véhicule idéologique non négligeable et la plus riche expression de l’imagination créatrice ».
Ayerdhal, c’était son pseudo. Il s’appelait Yal Soulier. Il a été vaincu par le cancer, à 56 ans. Il est mort à Bruxelles, où il vivait depuis de nombreuses années avec sa compagne Sara Doke, traductrice et écrivaine elle aussi. Il était en train d’écrire Kwak, le cinquième tome de son cycle de Cybione, pour le Diable vauvert, qui réédite quasi toute son oeuvre. Il n’achèvera jamais le roman.
La science-fiction, il était tombé dedans tout petit déjà : son père, Jacky Soulier, détenait une des plus grandes collections d’ouvrages de SF d’Europe. C ‘est donc normalement dans ce domaine qu’il écrit ses premiers livres : La Bohême et l’Ivraie, Mytale, Demain une oasis, qui obtient le Grand Prix de l’Imaginaire en 1993, et puis Cybione, Parleur ou les chroniques d’un rêve enclavé, L’Histrion… Avec Jean-Claude Dunyach, il a écrit Etoiles mourantes, Prix Tour Eiffel 1999 et Ozone 2000. Transparences est un thriller de SF qui lui obtient son deuxième Grand Prix de l’Ilmaginaire en 2004.
Et puis Rainbow Warriors, qui n’emprunte à l’imaginaire que son armée de LGBT. Parce qu’Ayerdhal a l’idée, saugrenue mais belle, de fomenter une intervention dans un pays d’Afrique, pour renverser les dirigeants corrompus et installer la démocratie. Une intervention militaire, évidemment. Avec une armée quasi uniquement composée de lesbiennes, gays, bi et trans. C’est cette action militaire qu’Ayerdhal raconte, avec efficacité, ardeur, talent et un certain humour, si bien qu’on a envie d’y croire, qu’on espère que cette armée va réussir sa mission, et sans faire de casse parmi ses rangs, tant on est attaché aux personnages plus vivants que nature que l’auteur a mis en scène. Prix Bob Morane et Rosny Aîné 2014.
« A mon sens, nous avait-il dit lors de la sortie du roman, en 2013, cette idée ne pouvait venir que de quelqu’un qui avait fait ses armes dans la science-fiction. » Et d’un citoyen en colère : « Je ne suis pas content en effet. Je pense que je ne le serai jamais : c’est ma vocation. Je suis né dans un monde imparfait qui ne s’est jamais perfectionné depuis. J’ai donc toujours quelque chose à dire dessus et comme j’ai le sentiment ou la connaissance d’un certain nombre de dégradations, ces dix à vingt dernières années, ma colère ne fait que croître. Elle s’est un peu apaisée dans la façon de la montrer, de la dire, de la vivre. Mais il me reste encore énormément à exprimer. »
C’était ça, Ayerdhal. De la force, de la détermination. Mais avec le sourire, l’œil ironique et le verre de l’amitié à la main. Un homme agréable qui manquera dans le paysage de la science-fiction française et dans les festivals où les science-fictionneux se retrouvent. On boira une chope à sa santé.

Jean-Claude Vantroyen publié dans Le Soir de Bruxelles.

 
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