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Le dico des auteurs


BONNEFOY Miguel

Venezuela

18 mars 2015.
 

Biographie

 

« Il pensa à Venezuela. Il pensa que la littérature ne pouvait pas ressembler à cette image éloignée des femmes. La littérature devait tenir la plume comme une épée, mêlée à l’immense et tumultueuse communauté des hommes, dans une lutte obstinée pour défendre le droit de nommer, pétrie dans la même glaise, dans la même fange, dans la même absurdité que ceux qui la servent. Elle devait avoir les cheveux détachés, de l’héroïsme et des déchirures, une machette à la ceinture ou une escopette à l’épaule. La littérature devait aussi bien représenter ceux qui ne la lisent pas, pour exister comme l’air et comme l’eau, et toujours autrement. »
Le voyage d’Octavio – Miguel Bonnefoy

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© Frédéric Stucin

Jeune écrivain vénézuélien de 28 ans, Miguel Bonnefoy publie son premier roman Le voyage d’Octavio qui, à travers ses mots somptueux, emprunts du réalisme magique et d’une remarquable fougue, emporte le lecteur dans l’histoire d’un fabuleux voyage au Venezuela, celui d’Octavio, allégorie de Saint-Christophe, le saint patron des voyageurs.

Né d’une mère diplomate vénézuélienne et d’un père chilien, Miguel Bonnefoy (aucune parenté avec le poète homonyme) a grandi entre la France, Caracas et le Portugal. Il consacre ses deux masters passés à la Sorbonne, à Louis Aragon et Romain Gary. Les premières nouvelles qu’il écrit lui valent de nombreux prix, le Grand Prix des Dix Mots avec « L’anesthésie », lauréat du concours Princesse Tam-Tam avec « Une parcelle de femme », lauréat du concours de la Sorbonne Nouvelle avec « La maison et le voleur ». Il publie à Rome « Quand on enferma le labyrinthe dans le Minotaure » (Edizione del Giano, 2009) et à Paris, « Naufrages » (éditions Quespire, 2011), nominé au Prix de L’Inaperçu 2012.
Quand il publie la nouvelle Icare, remportant le premier prix du Jeune Écrivain de langue française en 2013, il reprend un mythe, le déconstruit, le décompose et lui donne une nouvelle structure narrative. Il revient à ce moment là au mythe gréco-latin pour pouvoir le réhabiliter, le revisiter et en trouver de nouvelles gloires. C’est alors aussi un moyen de casser la hiérarchie de la mythologie, de cesser d’avoir le regard tourné vers les lettres d’or de la mythologie gréco-latine pour en venir aux mythes d’aujourd’hui, ceux des traditions populaires, ceux des traditions orales.

Miguel Bonnefoy choisit pour son premier roman, Le voyage d’Octavio, d’écrire en français, langue dans laquelle il apprend les ruses de la rhétorique et qu’il inonde du baroque tropical. Octavio, analphabète, habitant d’un bidonville, voyage à travers le pays, de Caracas à Maracaibo en passant par les faubourgs de Saint Paul du Limon et les forêts de San Estebán. Le voyage est l’occasion pour lui de faire de nombreuses rencontres, parfois étranges : un enfant, un cambrioleur, après celle d’une comédienne insomniaque nommée Venezuela dont on pourrait dire qu’elle est le deuxième personnage très fort après ou avant Octavio.
Cette histoire est aussi une ode faite à l’écriture. Écrire sur un personnage analphabète qui ne sait pas lire les mots du monde mais qui, au contraire, sait lire la trace que laisse le cheval dans les prés, le parfum d’une femme ou les vents dans les feuilles d’un arbre, fait le lecteur imaginer ce géant qui sait justement s’agenouiller devant les petitesses du monde et en lire les splendeurs. Ainsi, se dévoile une relation avec le livre tellement plus belle, tellement plus intense, qu’il y a là un lien qu’une longue et profonde proximité avec les académies n’aurait pu tisser : humilité, beauté pure et sereine de la rencontre entre l’homme et l’écriture dans une simplicité mythique.

L’Histoire imprègne son récit, une histoire qui se nourrit de mythes et se réapproprie un passé amputé par l’occupation espagnole d’abord puis par l’occupation de l’empire nord-américain aujourd’hui.
Le récit débute sur un fait historique : une peste bubonique en 1908, amenée par un bateau venant de la Trinidad fait une épidémie nationale dont on dit que le médecin envoyé par le gouvernement pour s’en occuper s’est suicidé quelques jours après son arrivée. L’auteur reprend alors ce mythe moderne en le ressortant du tombeau de l’Histoire dans une douce allégorie d’un peuple en train de reprendre en main ce qui lui avait été enlevé.
Miguel Bonnefoy est traversé de ce réel et de ce merveilleux dont il hérite, du réalisme magique des grands écrivains Latino-Américains, d’une longue et lente maturation de différentes idées, de différents combats, de traditions orales, de traditions populaires. C’est ainsi une manière de rendre hommage non seulement au Venezuela et à ses paysages luxuriants, non seulement à certaines images et certaines identités nationales fortes mais c’est également saluer avec panache la beauté de la langue.


Bibliographie

- Le voyage d’Octavio (Rivages, 2015)
- Icare (Buchet Chastel, 2013)
- Naufrages (Éditions Quespire, 2011)
- Quand on enferma le labyrinthe dans le Minotaure (Edizione del Giano, 2009)

Actualité

 
Romans

Le voyage d’Octavio

Rivages - 2015

Un premier roman incroyablement maîtrisé, au style riche et foisonnant.
Le voyage d’Octavio est celui d’un analphabète vénézuélien qui, à travers d’épiques tribulations, va se réapproprier son passé et celui de son pays. Le destin voudra qu’il tombe amoureux de Venezuela, une comédienne de Maracaibo, qui lui apprend l’écriture. Mais la bande de brigands « chevaleresques », menée par Rutilio Alberto Guerra, pour laquelle il travaille, organisera un cambriolage précisément au domicile de sa bien-aimée. Avant que ne débute un grand voyage dans le pays qui porte son nom. Octavio va alors mettre ses pas dans ceux de saint Christophe, dans ceux d’un hôte mystérieux, dans ceux d’un peuple qu’il ignore.
Car cette rencontre déchirante entre un homme et un pays, racontée ici dans la langue simple des premiers récits, est d’abord une initiation allégorique et amoureuse, dont l’univers luxuriant n’est pas sans faire songer à ceux de Gabriel García Márquez ou d’Alejo Carpentier.

Revue de presse

« Démarre alors pour Octavio une longue errance qui fait de lui un déraciné permanent, un marginal en quête de quelque chose de plus grand que lui. Chemin faisant à ses côtés, on passe insensiblement d’une sorte de quête de rédemption à une manière d’ethnologie buissonmère. Octavio traverse le pays autant que le pays le traverse. Il se fond dans le peuple et plus il marche, plus il paraît se transfigurer à la manière d’un saint laïque. Au thème du déchiffrement présent au début du livre succède une autre forme d’initiation, celle que représente le voyage, le déplacement, des forêts de San Esteban aux bidonvilles, de plantations en chantiers. Il y a dans les pages les plus touchantes de ce roman quelque chose de feutré qui, étrangement, en accroît la portée et, par ricochet, la valeur symbolique. L’histoire de son pays, sa géographie et son folklore trouvent en Octavio plus qu’un echo, une incarnation digne des récits de traditions populaires. Ce n’est pas le moindre des talents de Miguel Bonnefoy que de ne rien vouloir démontrer. ll n’explique pas, n’impose pas, il raconte, donne à sentir le poids de la terre. Non, vraiment, c’est avec une singulière faculté d’enchantement que Bonnefoy nous fait marcher dans les pas de ce personnage qui ne sort jamais vraiment de l’anonymat. II n’est qu’un passant, un passeur de symboles. »

Anthony Dufraisse, Le matricule des anges, janvier 2015

Œuvre

 
Romans

Le voyage d’Octavio

Rivages - 2015
Un premier roman incroyablement maîtrisé, au style riche et foisonnant. Le voyage d’Octavio est celui d’un analphabète vénézuélien qui, à travers d’épiques tribulations, va se (...)
 

Nouvelles

Icare

Buchet Chastel - 2013
Dans sa nouvelle Icare, Miguel Bonnefoy s’est attaché, avec talent, à retracer l’ascension d’Icare : "Je me suis toujours intéressé aux mythes. D’Icare, nous ne connaissons que la (...)
 

Les débats audios

 
Saint-Malo 2015

Français des uns, Français des autres

Avec Miguel Bonnefoy, Boualem Sansal, Sophie Bienvenu et Alexandre Najjar. Débat animé par Florence Bouchy.

 
Saint-Malo 2015

J’ai choisi le français


Avec Miguel Bonnefoy, Teresa Cremisi, Fouad Laroui, Saïdeh Pakravan

 
Saint-Malo 2015

Le voyage d’Octavio


Avec Miguel Bonnefoy