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DIAMANKA Souleymane

L’hiver Peul (Barclay, 2007) ; Les enfants d’Hampâté Bâ, d’Emmanuelle Vilard (Adalios, France Télévisions, 2011)

Album « L’hiver Peul » (paru en avril 2007 chez Barclay)

Biographie

© Gael Le Ny

Je m’appelle Souleymane Diamanka dit Duajaabi Jeneba
Fils de Boubacar Diamanka dit Kanta Lombi
Petit-fils de Maakaly Diamanka dit Mamadou Tenen(g)
Arrière-petit-fils de Demba Diamanka dit Len(g)el Nyaama
Et cætera et cætera…
(L’hiver Peul)

La voix est grave, majestueuse. Elle répond à une autre voix, plus lointaine, mais c’est à toutes les paroles de ses ancêtres qu’elle fait écho. En déroulant ainsi sa généalogie, Souleymane Diamanka s’inscrit dans la riche tradition orale des Peuls, ce peuple de bergers qui a fait de la parole un art et couve le verbe comme son plus précieux trésor, ce peuple migrateur, habitant de nulle part et originaire de partout (d’aucuns les appellent les gitans du Sahel) que la fortune et les vents ont disséminé dans toute l’Afrique de l’Ouest et au-delà, jusqu’en Occident. Pour les Diamanka, le destin a voulu que ça soit Bordeaux, la Clairière des Aubiers, un grand ensemble sorti de terre quelques années plus tôt aux lisières de la ville, une tour de Babel qui résonne de mille voix, un de ces quartiers qu’on dit défavorisé où la diversité culturelle n’est pas qu’une formule un peu creuse. En bas des blocs, on parle français, mais aussi algérien, portugais, vietnamien ou turc. A la maison, par contre, on ne s’exprime qu’en peul, pour que le riche patrimoine transmis par voie orale de génération en génération ne s’éteigne pas sur cette nouvelle terre d’accueil. Son père y veille personnellement. Il a enregistré d’innombrables cassettes d’entretiens à destination des plus jeunes (cette voix qu’on entend sur “l’Hiver peul”, c’est la sienne) dans lesquelles il raconte son enfance au pays, l’organisation traditionnelle de la société et plus largement l’histoire du peuple peul à travers ses multiples contes, poèmes et proverbes.

On nous montre la violence des jeunes dans des rues infestées
Mais je sais que la haine c’est un chagrin qui s’est infecté…
Nul n’est poète en son pays et pourtant
J’ai vu ceux qui suent et ceux qui saignent
Devenir ceux qui sèment les mots qui soignent…
(Le Chagrin Des Anges)

L’hiver Peul
© Barclay

En classe de CE2, Souleymane croise la route d’un instituteur qui plutôt que de faire apprendre par cœur à ses élèves des textes qui bien souvent les ennuient au plus haut point, leur propose d’écrire leurs propres poèmes, avec pour seule ligne directrice cette phrase un brin mystérieuse qui va l’accompagner jusqu’à aujourd’hui : « La poésie c’est mettre des noeuds dans les phrases et obliger le lecteur ou l’auditeur à défaire ces nœuds. » De quoi lui inoculer définitivement le virus de l’écriture. Enfin… presque, puisqu’à cette époque il n’écrit rien justement, accumulant dans sa mémoire des mots par milliers. Suivant l’exemple de sa grande sœur, il prend l’habitude de distraire ses camarades en leur racontant des histoires qu’il imagine au fur et à mesure du récit. Etonnamment, c’est par le biais de la danse qu’il entre dans le hip-hop. Le rap viendra plus tard, par accident, et ne sera jamais vécu comme un univers clôt, un carcan rigide auquel il faut absolument se conformer. Souleymane travaille d’ailleurs déjà avec des musiciens venus d’autres horizons qui lui ouvrent de nouveaux possibles. Ce n’est plus tout à fait du rap et pas encore du slam, plutôt un style hybride, à la croisée des chemins. En 1994, il pose son premier texte en studio, puis dans la foulée arrête ses études. Commence alors un long travail sur le verbe, ausculté, décortiqué, manipulé dans tous les sens, à l’envers, à l’endroit, pour mieux libérer sa substantifique moelle. Il s’impose toutes sortes d’exercices de style pour muscler sa prose, traque les similitudes entre peul et français, fait de la rhétorique à l’instinct, jouant sur les assonances ou cherchant les holorimes alors même qu’il ignore la définition de ces termes. Jamais à court de défis, il compose des alexandrins en peul et cherche à produire le plus long palindrome de la langue française. Seul l’intéresse une chose, développer sa singularité, cultiver une parole aussi riche et originale que celle de son père ou des griots de la tradition.

J’ai attendu longtemps que le néant s’anime
Que chaque mot trouve sa phrase et que chaque phrase trouve sa rime
Le pays des songes est derrière une grande colline
Pour écrire je me sers de la réalité comme d’un trampoline
(Moment d’Humanité)

Comme antidote au doute qui pointe, il multiplie les allers-retours vers la capitale où il semble qu’on soit plus réceptif à la nouvelle orientation de son travail. Il finit par s’y installer, pour enfin donner corps à ses rêves. Il y retrouve de vieilles connaissances bordelaises, les Nubians, rencontrées quelques années plus tôt au sein des “ Nouveaux Griots ”, une association visant à la promotion des cultures urbaines et métissées – déjà. A l’époque, les deux sœurs l’avaient souvent accompagné sur scène. En retour, il leur avait écrit le texte d’un de leurs morceaux-phares, “ Princesse Nubienne ”. Quelques années plus tard, il remet ça avec le sublime “ Que Le Mot Soit Perle ” que les Nubians enregistreront deux fois, d’abord seules, puis avec Henri Salvador après que celui-ci ait craqué sur le texte. En 1999, elles l’invitent à participer à “ Echos ”, un spectacle rassemblant de nombreux poètes américains et français. Première rencontre avec John Banzaï, le temps pour chacun de balancer deux trois textes et l’évidence s’impose : Souleymane s’est trouvé un jumeau impossible, un autre versificateur notoire qui comme lui n’aime rien tant que se mirer dans le miroir de la langue de ses ancêtres (polonais) pour mieux extraire du français des perles insoupçonnées. Ensemble, ils multiplient les expériences croisées, défrichent de nouveaux champs lexicaux et montent avec DJ Wamba un spectacle intitulé “ Le Meilleur Ami Des Mots ”. Ils écument les cafés et les scènes slam de Paris et de sa banlieue, participent au spectacle “ Slam Opéra ” ainsi qu’aux albums des Nubians, Bams et de Puzzle et ils publient un livre écrit à quatre mains, intitulé “ J’écris En Français Dans Une Langue Etrangère ”.

Comme une fleur sentimentale qui aurait appris à voler en battant des pétales
Le papillon en papier se fraie un chemin de l’horizon éteint à son étoile natale
Même s’il est né de ma plume
Si tu l’as aimé et qu’il t’a plu
Ce n’est plus mon poème…
(Papillon En Papier)

Parallèlement, Souleymane commence à travailler avec Woodini, un concepteur musical rencontré lors d’un concert. Il passe régulièrement chez lui et pose un texte a capella que Wood a ensuite carte blanche pour habiller à sa guise. Ses musiques, comme celles de son homologue DJ Wamba, sont illustratives sans être jamais neutres. Volontairement dépouillées, elles sont faites pour mettre en valeur les mots de Souleymane et non leur voler la vedette, pour qu’une fois sortis de sa bouche ceux-ci deviennent des « papillons en papier » qui s’envolent de la feuille et aillent meubler l’imaginaire de l’auditeur. Magnifiées à l’épreuve du studio par le savoir faire du label Anakroniq et de ses musiciens habituels, Eric Legnini et André Céccarelli…, relevées par les participations de Grand Corps Malade, Kayna Samet ou John Banzaï, elles forment un tableau étonnamment riche et varié. Jazz, Soul, Classique, Chanson Française, Musique Traditionnelle ou Pop, les étiquettes valsent au fur et à mesure qu’on progresse dans l’écoute de cet album singulier : Ici, c’est quelques notes égrenées sur une guitare délicatement posée sur un discret tapis de percussions qu’habille un entremêlement de cordes et bois oniriques (“ Les poètes Se Cachent Pour Ecrire ”). Là, le groove implacable d’une tournerie africaine rehaussée de cuivres flamboyants (“ Le Rêve Errant Du Révérend ”). Plus loin, la sonorité nue du piano acoustique de S Petit Nico (“ Muse Amoureuse ”). Partout, le timbre grave et profond de Souleymane fait merveille. Il y a de la sueur et du sang dans cette voix qui tour à tour se fait caresse ou agression, suivant qu’elle choisit d’apaiser nos passions ou au contraire d’y semer le trouble. Les mots coulent de sa bouche comme dans une conversation, comme s’il s’adressait individuellement à chacun de nous. Ils sont détachés, appuyés, disséqués syllabe après syllabe, articulés lentement et soigneusement de manière à ce que personne ne puisse plus ignorer leur portée.

Les mots sont les vêtements de l’émotion
Et même si nos stylos habillent bien nos phrases
Peuvent-ils vraiment sauver nos frères du naufrage…
(Les Poètes Se Cachent Pour Ecrire)

Le grand griot peul Sana Seydi ne s’y est pas trompé, qui a consenti à lui donner la réplique sur “ Moment d’Humanité ”. Un acte exceptionnel pour cette grande figure, éminemment respectée chez les Peuls du Fouladou, la région du Sénégal dont est originaire la famille de Souleymane, et qui n’avait jamais entrepris jusqu’ici d’exposer son art hors du cercle de la communauté. Après l’enregistrement, Sana Seydi a d’ailleurs lâché cette sentence lourde de sens : « Essayer d’éteindre l’art oratoire, c’est essayer d’enterrer une ombre », comme pour mieux signifier qu’en transposant dans la langue de Baudelaire l’art oratoire des Peuls (Jaliya), Souleymane avait en quelque sorte repoussé les frontières du Fouladou. Difficile de ne pas y voir un passage de témoin entre un des derniers représentants d’une tradition ancestrale et son héritier dans la jungle des baobabs en béton. Une chose est sûre, cette voix est appelée à résonner en nous encore longtemps…

En 2012 il co-signe Écrire à voix haute avec Julien Barret, spécialiste du rap et du spam qui propose un éclairage poétique sur le travail de Souleymane Diamanka. Le livre propose une discussion entre les deux hommes, un commentaire de l’album L’Hiver peul, ainsi qu’une sélection de jeux de mots extraits de carnets du poète. Une très belle rencontre entre un poète et un linguiste.


Album :

  • L’Hiver peul (Barclay, 2007)

Essai :

  • Écrire à voix haute (co-écrit avec Julien Barret, L’harmattan, 2012)

Ecrire à voix haute : Rencontre entre un poète et un linguiste autour de la poésie orale d’aujourd’hui

L’Harmattan - 2012

Parmi les slameurs d’aujourd’hui, Souleymane Diamanka se distingue par la vibration de son timbre, la richesse de ses rimes et la force de ses images. Entre la lyrique des griots d’Afrique de l’Ouest et une esthétique poétique française, son spoken word marque l’auditeur. Julien Barret, spécialiste du rap et du slam, propose un éclairage poétique sur le travail de Souleymane Diamanka. Il dévoile les ressorts d’une esthétique qui voisine avec celle des troubadours, des poètes romantiques ou de l’OuLiPo.


L’Hiver peul

Label Barclay - 2007

CD


J’écris en Français Dans une Langue Etrangère

Complicités - 2007

Ils n’ont pas écrit ces textes pour publier un livre. Ils ont écrit ces textes pour les dire à voix haute devant un public. Leurs univers se composent de mots et de musiques. Ce livre est "un bijou" à offrir aux amoureux de la poésie, du slam, des mots de la langue française.

Rencontre avec le réalisateur Cédric Ido

Saint-Malo 2011

A propos de son film "Les Sabres", en présence de Jacky Ido et Souleymane Diamanka. Rencontre animée par Emmanuelle Dancourt.


Transmission

Saint-Malo 2011

Avec Souleymane DIAMANKA , Alain MABANCKOU, Roland COLIN, Souleymane Bachir DIAGNE, Emmanuelle VILLARD. Animé par Emmanuelle Dancourt.


Le retour de la rime

Saint-Malo 2011

Avec Jacques Darras, Julien Barret, Jean-Pierre Verheggen, Souleymane Diamanka


La rime dans tous ses états

Saint-Malo 2011

Avant d’être entendus, les mots créent souvent des malentendus. Le mot poème est de ceux-ci. Le poème est-il seulement le texte ? Y a-t-il un avant poème ? Au commencement était le verbe, mais au commencement du commencement ? Est-ce le regard, la respiration ? Est-ce l’oreille ou la main qui écrit ? Le poème est-il seulement dans le poème ? Qu’en est-il alors du slam, de la chanson, du théâtre, du conte, du roman ? Il y a les vers de Jean-Pierre Siméon qui célèbrent Orphée, notre père à tous, les pirouettes de Jean-Pierre Verheggen qui, l’air de rien, en disent long. Il y a les strophes de Jacques Darras qui, à marche forcée, trouvent leur équilibre, les chansons d’Elie Guillou qui jouent sur le fil de sa voix. II y a le rap d’Amkoullel, les fantaisies de Rouda qui croisent la gravité de Souleymane Diamanka dont la gorge s’est forgée aux proverbes de son père. Il y a aussi Wilfried N’sondé et Yvon Le Men qui ont toujours mélangé la parole et l’écriture. Il y a toutes ces voix qui cherchent leur voie.

Avec ROUDA, Wilfried N’SONDE, Souleymane DIAMANKA, Jean-Pierre VERHEGGEN, Yvon LE MEN, AMKOULLEL, Jean-Pierre SIMEON, Elie GUILLOU, animé par Jacques Darras


Si t’as le flow, t’as le mot !

Saint-Malo 2008