ROLIN Jean

France

Vu sur la mer (La Table Ronde, 2012),
Le Ravissement de Britney Spears (P.O.L, 2011)

Biographie

Jean Rolin - Étonnants Voyageurs - Saint-Malo 2012 © Gaël le Ny / Étonnants Voyageurs

Journaliste de formation, Jean Rolin publie des livres depuis plus de vingt ans et a aussi collaboré à plusieurs journaux tels que Libération, Géo et Le Figaro. Fils de médecin militaire, né en 1949 à Boulogne-Billancourt, cet ancien militant maoïste, aujourd’hui auteur d’une quinzaine d’ouvrages, est un écrivain atypique.

De la Somalie à la Bosnie, de la banlieue parisienne à l’Asie, de l’Afrique du Sud aux États-Unis, il a arpenté le monde, en long, en large et en travers. Tour à tour qualifié d’écrivain d’ici et d’ailleurs - d’écrivain des pourtours - de curieux, de vagabond, de chroniqueur de l’inconfort, Jean Rolin passe pour être un fin observateur de la condition humaine et un amateur de zones dites « incertaines », à savoir les terrains vagues, le périphérique parisien, les rails tanzaniens, les villages en ruines de Bosnie, la frontière belge, les ports industriels français… Ses récits - peut-on vraiment parler de romans quand rien de ce qu’il raconte ne sort vraiment de son imagination ? - s’inspirent de celles et ceux qui ont croisé sa route un jour ou l’autre...

Récompensé en 1988 par le prix Albert Londres pour La ligne de front, par le prix Médicis en 1996 pour L’organisation et par le prix Ptolémée en 2006 pour L’homme qui a vu l’ours, Jean Rolin est non seulement un auteur flatté par la critique mais aussi - et surtout - un témoin du temps présent, dont l’écriture teintée d’humour et de poésie est avant tout saluée pour son réalisme.

En 2009, Un chien mort après lui donne à lire une vision âpre et atypique du monde et des hommes. Avec ce récit d’errance qui prend pour point d’équilibre la figure du chien à travers les âges et les continents, Jean Rolin prouve encore une fois quel indispensable écrivain il est.

En 2011, il revient avec Le Ravissement de Britney Spears, un livre qui surprend, tant par son thème que par le choix de Jean Rolin de s’attaquer à un récit de fiction. Même s’il nourrit son texte de l’atmosphère de Los Angeles où il a résidé plusieurs semaines, ce nouveau livre est un roman où il déploie toute la liberté permise par son sujet. On y découvre les tribulations d’un agent secret chargé de veiller sur la star, agent qui ressemble tout de même à l’auteur comme on a pu le découvrir dans ses livres précédents : un antihéros, badaud faussement désinvolte et ironique à souhait. Bien que le réalisme y soit moins évident, la patte de Jean Rolin se ressent derrière sa plume : encore une fois, son œuvre puise sa source dans l’exploration d’un territoire inconnu et nous montre notre monde sous un angle original. Dans Le Ravissement de Britney Spears, il déploie le talent d’évocation et l’inimitable humour mélancolique que l’on connaît à l’auteur d’Un chien mort après lui.


Liens :


Bibliographie :

  • Ormuz (POL, 2013)
  • Vu sur la mer (La Table Ronde, 2012)
  • Dinard. Une autobiographie immobilière (La Table Ronde, 2012)
  • Le Ravissement de Britney Spears (P.O.L, 2011)
  • Un chien mort après lui (P.O.L., 2009)
  • L’Explosion de la durite (P.O.L., 2007)
  • L’homme qui a vu l’ours (P.O.L., 2006)
  • Terminal frigo (P.O.L., 2005)
  • Chemins d’eau (Payot, 2004)
  • Chrétiens (P.O.L., 2003)
  • La clôture (P.O.L., 2002 ; Gallimard, 2004)
  • Campagnes (Gallimard, 2000)
  • Traverses (NIL, 1999)
  • C’était juste cinq heures du soir (Le Point du jour, 1998 - avec Jean-Christian Bourcart)
  • L’organisation (Gallimard, 1996) - prix Médicis
  • Zones (Gallimard, 1995)
  • Joséphine (Gallimard, 1994)
  • La Frontière belge (J. C. Lattès, 1989)
  • La ligne de front (Quai Voltaire, 1988) - prix Albert Londres
  • Vu sur la mer ( Bueb & Reumaux, 1986)
  • L’Or du scaphandrier (J. C. Lattès, 1983)
  • Journal de Gand aux Aléoutiennes (J. C. Lattès, 1982) - prix Roger Nimier

Présentation de Ormuz :

Unissant le golfe Persique à la mer d’Arabie, le détroit d’Ormuz voit transiter une part importante du pétrole et du gaz irrigant l’économie mondiale. De temps à autre, l’Iran menace de le bloquer, cependant que les États-Unis y font défiler leurs navires de guerre. En gros, c’est ce que l’on désigne comme une zone de tensions, et comme un enjeu stratégique. Or Wax, un personnage aux contours indécis, a formé malgré tout le projet de le traverser à la nage. Y parviendra-t-il, avec l’aide du narrateur et en dépit de difficultés innombrables, ou bien va-t-il plutôt se noyer dans le détroit, pour finir ?


Présentation de Vu sur la mer :
« Une semaine que l’on navigue et tout le monde en a par-dessus la tête. À l’arrière du bateau, des passagers font rôtir des singes morts, mais frais, non boucanés, avec leurs poils, sur quelques planches brûlant en plein air, après les avoir rompus et attendris à coups de marteau. Très curieux de voir le singe passer par les différents stades de la crémation : le poil grésille, le singe est lisse, il enfle, la peau éclate, le visage prend une expression de plus en plus agonique, les mâchoires ressortent avec leurs énormes canines, les yeux fondent... »


Présentation de Dinard. Une autobiographie immobilière :

« Je suis venu au monde à Dinard, dans le cours de l’année 1953, pendant la projection d’un film d’actualités
– celles-ci légèrement différées – illustrant le couronnement de la reine d’Angleterre. Par un phénomène extrêmement rare, et que je ne m’efforcerai pas d’éclaircir, je suis né de ma grand-mère (ma mère, qui vivait alors au Congo, étant dans l’impossibilité de me donner le jour à Dinard), et âgé déjà de plusieurs années : peut- être trois ou quatre, j’en ai perdu le compte, et d’ailleurs je n’attache personnellement aucune importance à ces détails. En revanche, il n’est pas indifférent de savoir que le couronnement d’Elizabeth II fut le premier spectacle qui s’offrit à moi, dans cet état de nouveau-né – je me souviens encore, aussi nettement que si j’avais été présent sur les lieux de la cérémonie, des merveilleuses robes à balconnet que portaient en cette circonstance sinon la reine elle-même, du moins ses demoiselles de compagnie –, ou qu’en première partie du même programme figurait un documentaire sur « La vie dans les grands étangs ». Car toute mon enfance, et dans une moindre mesure les étapes ultérieures de mon existence, devait être placée sous le double signe d’une anglophilie malaisée – tant il y a de la difficulté à éprouver une prédilection pour cette nation qui de son côté nous méprise – et d’un goût prononcé, bien que non exclusif, pour la faune aquatique : les oiseaux en particulier, mais aussi les poissons – au cours de mes premières années, j’ai pêché plus de perches et de brochets, à la cuiller ou au vif (mais surtout au vif) que la plupart des hommes pendant toute la durée de leur vie –, les batraciens, et tout ce qui s’ensuit. », Jean Rolin


Présentation de Le Ravissement de Britney Spears :

Faut-il prendre au sérieux les menaces d’enlèvement qu’un groupuscule islamiste fait peser sur Britney Spears ? Les services français (les meilleurs du monde) pensent que oui.
Certes, l’agent qu’ils enverront à Los Angeles pour suivre cette affaire présente quelques handicaps – il ne sait pas conduire, fume dans les lieux publics, ignore presque tout du show-business et manifeste une tendance à la neurasthénie –, mais il fera de son mieux pour les surmonter, consultant sans se lasser les sites spécialisés, s’accointant avec des paparazzis, fréquentant les boutiques de Rodeo Drive ou les bars de Sunset Boulevard, jusqu’à devenir à son tour un spécialiste incontesté tant de Britney elle-même que des transports en commun de Los Angeles.
Il n’en échouera pas moins dans sa mission, et c’est de son exil au Tadjikistan, près de la frontière chinoise, qu’il nous adresse ce récit désabusé de ses mésaventures en Californie.

Revue de presse :

« C’est un chef d’œuvre d’humour et de mélancolie rentrée, un roman d’espionnage souvent désopilant doublé d’un passionnant reportage sur l’Amérique et ses excès. »,
Grégoire Leménager, Le Nouvel Observateur, 25 août 2011

« L’humour et la mélancolie, le premier puisant nombre de ses traits dans la seconde, confèrent à ce roman une tonalité très étrange. La note ironiquement durassienne de son titre en dévoile pourtant la haute ambition puisqu’il s’agit ni plus ni moins de ravir à la presse people si futile les noms et les situations dont elle fait son beurre pour les transporter dans la littérature, laquelle, en effet, sous la plume audacieuse de Jean Rolin, ne recule devant rien de ce qui constitue notre monde. », Éric Chevillard, Le Monde, 2 septembre 2011.

« Mais au-delà des rebondissements de la drolatique enquête, au-delà même de la réflexion qui s’esquisse sur l’essence du rayonnement des icônes contemporaines, si pâles et défaites, la toile de fond du livre en devient très vite le motif central. Los Angeles, que le narrateur arpente sans fin, piéton infatigable et solitaire offrant de la ville des anges un tableau dont Jean Rolin, génial écrivain paysagiste, formidable poète réaliste et contemplatif, détient seul le secret : vaste étendue urbaine à l’architecture hétéroclite et au décor sonore entêtant, dédale tentaculaire d’autoroutes et de quartiers luxueux ou interlopes, palais de stars, friches et terrains vagues mêlés... Une ville à l’image des dieux que notre époque s’est choisie : aberrante et captivante, absurde et attachante, absconse et magnétique. », Nathalie Crom, Telerama, 20 août 2011.


Présentation de Un chien mort après lui :

Au début de Moby Dick, Ismahel, sur le point d’embarquer, observe que le capitaine du Péquod porte le nom d’un roi biblique qui était " fameusement impie ", et dont le corps fut livré aux chiens. Nombreux sont les héros de la guerre de Troie qui n’échappèrent que de justesse au même sort. Ainsi les rapports entre l’homme et le chien ne se bornent-ils pas à cette gentille histoire, aux circonstances controversées, de la domestication de l’un par l’autre : autant que la littérature universelle, les chiens errants sont là pour le prouver. Et c’est sur les traces de ces derniers - à moins que ce ne soit pour les fuir - que l’auteur d’Un chien mort après lui parcourt le monde, depuis les banlieues de Moscou jusqu’aux confins des déserts australiens.

Revue de presse Un chien mort après lui :


Présentation de L’explosion de la durite :

On sait qu’il existe entre l’Europe et l’Afrique, à destination de celle-ci, un intense mouvement, pour ne pas dire trafic, de véhicules d’occasions en tous genres. Jean Rolin raconte ici le voyage qu’il fit en 2005 avec une Audi 25 qui marquait au compteur plus de 250 000 kms et avait des faiblesses côté durite, de la banlieue parisienne à Kinshasa, au Congo, où elle devint un taxi chargé de subvenir aux besoins de toute une famille. Sa mission acceptée par amitié étant d’accompagner la voiture, de la surveiller, de remplir les formalités de dédouannement, bref de veiller à la bonne issue de cette entreprise des plus risquées, tant sur un trajet de ce genre périls et convoitises sont nombreux.
Ce que cette équipée a d’exceptionnel tient non seulement à son caractère éminemment inhabituel mais aussi à ceci qu’elle permet à l’auteur de "La Clôture" de se livrer à un festival de tous ses talents d’écrivain-reporter, comme il aime à se qualifier lui-même, dans tous les cadres qu’il affectionne et suivant des registres où il excelle. Errance dans les banlieues à la recherche d’intermédiaires plus ou moins fiables, stratégies et machinations, voyage et vie à bord d’un cargo, observation de la faune, spécialement volatile, évocations biographiques discrètement glissées dans le cours d’évènements actuels ou historiques, humour lucidement généreux, fascinations africaines : tout est texte et prétexte à faire vivre et battre dans la même phrase du temps, de l’espace, des couleurs et des sons et, constamment, une pensée qui rythme avec respect les réalités les plus complexes.

Ormuz

P.O.L. - 2013

C’est par le détroit d’Ormuz que transite de 20 à 30 % du pétrole et du gaz irriguant l’économie mondiale ; ce qui en fait, naturellement, un enjeu stratégique de premier ordre, particulièrement, depuis quelques années, dans le climat de tension croissante engendré par le programme nucléaire de l’Iran. À intervalles réguliers, des escadres de navires américains s’y font voir, surveillées de près par des navires iraniens d’une puissance infiniment moindre que les précédents, mais rompus aux tactiques les plus retorses de la guerre navale dite « asymétrique ». De telle sorte que le moindre incident pourrait entraîner une escalade incontrôlable, et que tous les pays de la région sont engagés dans une course aux armements très propice aux marchands de ces derniers. Il n’est pas indifférent, d’autre part, de noter que les paysages du détroit d’Ormuz, tant sur la rive iranienne que sur la rive omanaise, sont d’une grande beauté, ou d’une grande étrangeté, au moins dans la mesure où la chaleur accablante qui y règne pendant six ou huit mois de l’année ménage des conditions acceptables pour les observer. C’est dans ce cadre, et dans ce contexte, que Wax, un personnage aux contours indécis, plus tout jeune, et sans doute un peu mythomane, a formé le projet de traverser à la nage le détroit d’Ormuz, bien que, même dans sa partie la plus resserrée, jamais moins d’une quarantaine de kilomètres n’en sépare les deux rives. Afin de préparer cette performance par des repérages, des prises de contacts, des analyses plus ou moins fantaisistes de la situation politico-militaire… –, et d’en tenir la chronique, Wax s’est assuré le concours de celui qui dit « je » dans ce récit. Récit dont la trame est formée tant par les tergiversations de Wax que par les pérégrinations de ce narrateur, maritimes ou terrestres, d’abord sur les eaux du Golfe puis sur les deux rives, l’arabe et la perse, de celui-ci. Et si faibles que paraissent ses chances de succès, Wax, pour finir, se lancera tout de même dans cette audacieuse tentative de franchir le détroit d’Ormuz à la nage.


Vue sur la mer

La Table Ronde - 2012

Vue sur la mer « Une semaine que l’on navigue et tout le monde en a par-dessus la tête. À l’arrière du bateau, des passagers font rôtir des singes morts, mais frais, non boucanés, avec leurs poils, sur quelques planches brûlant en plein air, après les avoir rompus et attendris à coups de marteau. Très curieux de voir le singe passer par les différents stades de la crémation : le poil grésille, le singe est lisse, il enfle, la peau éclate, le visage prend une expression de plus en plus agonique, les mâchoires ressortent avec leurs énormes canines, les yeux fondent... »


Le ravissement de Britney Spears

P.O.L. - 2011

Le ravissement de Britney Spears, P.O.L Faut-il prendre au sérieux les menaces d’enlèvement qu’un groupuscule islamiste fait peser sur Britney Spears ? Les services français (les meilleurs du monde) pensent que oui. Certes, l’agent qu’ils enverront à Los Angeles pour suivre cette affaire présente quelques handicaps - il ne sait pas conduire, fume dans les lieux publics, ignore presque tout du show-business et manifeste une tendance à la mélancolie -, mais il fera de son mieux pour les surmonter, consultant sans se lasser les sites spécialisés, s’accointant avec des paparazzis, fréquentant les boutiques de Rodeo Drive ou les bars de Sunset Boulevard, jusqu’à devenir à son tour un spécialiste incontesté tant de Britney elle-même que des transports en commun de Los Angeles. II n’en échouera pas moins dans sa mission, et c’est de son exil au Tadjikistan, près de la frontière chinoise, qu’il nous adresse ce récit désabusé de ses mésaventures en Californie.


Traverses

Nil Editions - 1999

Jean Rolin, Vu sur la mer

Avec Jean Rolin et Kate Barry - Saint-Malo 2012

Rencontre avec Jean Rolin et Kate Barry, animée par Christelle Capo-Chichi


Entre roman, récit et essai : du voyage comme forme ouverte

Avec Patrick Deville, Jean Rolin et Caryl Ferey - Saint-Malo 2012

Avec Patrick Deville, Jean Rolin et Caryl Ferey


En marge

Saint-Malo 2009
Dimanche : 16h15 - En marge
Jean Rolin, Milena Magnani, Giosuè Calaciura, Eric Miles Williamson. Animé par Nathalie Crom