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Texte de Jean Malaurie

Hommage à Michel Le Bris

Le plus grand mérite pour moi du festival de Saint-Malo, et de sa figure de proue, Michel Le Bris, est d’avoir non seulement rendu son honneur à l’idée de voyage, détournée de nos jours par la vague croissante du tourisme, mais aussi sa dignité perdue à la grande cité corsaire, qui s’était peu à peu réduite à n’être plus qu’une station vacancière et crêpière.
Et ce, malgré Le Cheval d’Orgueil de Per Jakez Hélias, cabré en juillet 1975, en élevant le folklore breton de Bécassine à la hauteur d’une sociologie à part entière jusqu’alors réservée, en France, aux peuples exotiques, dits « primitifs ».

C’était l’époque où, convaincu que les termes TERRE et HUMAINE devaient être indissociables et que, selon le mot célèbre : « Ce qui compte dans le voyage, c’est le voyageur », je tentai de convaincre, pour écrire dans ma collection, les plus brillants anthropologues, sociologues, écrivains, de ne pas dire seulement JE en tant que spécialiste ou témoin, mais JE en tant qu’homme.

Rechercher à tout prix l’objectivité scientifique m’a toujours semblé en effet, de la part des savants-voyageurs, une tentative erronée, un faux-semblant voué à l’échec.

C’est une des raisons pour lesquelles j’ai souhaité qu’outre un forum invitant à s’exprimer des universitaires - ethnologues, sociologues, géographes ou historiens - Terre Humaine devienne, livre après livre, une société ouverte d’hommes libres, accueillant au gré de l’inspiration et de l’histoire toutes sortes d’étonnants voyageurs, au sens où je l’entends, c’est à dire susceptibles de révéler au détour de leurs itinéraires de pensée, chacun à sa manière, son milieu spécifique, sa civilisation et sa culture. Aussi y rencontre-t-on des grands écrivains comme Zola et Ramuz, des explorateurs (Thesiger, Malaurie), des anthropologues philosophes (Lévi-Strauss, Descola, Bastide), des Indiens d’Amérique, une paria d’Inde, des paysans de France, de Hongrie, de Chine, un des derniers curés de la campagne française, des poètes (Segalen, Lacarrière), des intellectuels (Duvignaud, Balandier), des marginaux, des mafiosos, et jusqu’à un braqueur de banque - Claude Lucas - précisément de Saint-Malo, et qui, de sa prison, rêve, en 1999, de rejoindre en toute liberté sa nouvelle demeure de l’île d’Ouessant.

Quatre-vingts auteurs, camarades d’une bibliothèque des idées, devenue une famille de pensée. Auteurs solidaires, chaque livre s’épaulant l’un l’autre ; souvent, ils n’ont pas quitté leur province, leur village, leur tour d’ivoire, et même leur prison, bref leur propre vie, mais ils ont brassé leur sang à travers de redoutables contrées : les déserts extrêmes, mais aussi la misère, l’injustice, l’illétrisme ou l’anonymat.

Comme chaque printemps, à l’appel passionné de mon ami Michel Le Bris, dont le souffle celtique a toujours une dimension poétique, et avec lequel nous célébrons, à bord de la nef des Etonnants voyageurs, la dixième année de ce festival unique en France, je vais donc aborder à Saint-Malo ressuscitée, en compagnie de mes si chers camarades de collection. Je le pressens, certains d’entre eux qui ne sont plus, hélas, aujourd’hui, que des fantômes, nous observent avec un sourire bienveillant de l’au-delà. Mais c’est alors qu’il me semble tous les entendre s’écrier, en découvrant le Grand et le Petit Bé :
« Terre ! Terre humaine... Enfin ! »

Jean Malaurie

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