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Texte de Jean-Claude Izzo

5 février 1999

Saint-Malo. C’est ici que j’ai appris à écrire des romans. Plus précisément, c’est ici, au contact d’écrivains que je découvrais, que je rencontrais pour la première fois - Nicolas Bouvier, Alvaro Mutis, Luís Sepúlveda, James Crumley, Francisco Coloane, James Welch - qu’est né ce désir de raconter le monde à mon tour. A bavarder avec eux, à évoquer avec eux Conrad, Stevenson, Dumas, à boire et à manger avec eux, écrire m’est alors apparu comme nécessaire. J’avais, pour de fausses idées que je me faisais de la littérature contemporaine, française en particulier, repoussé tant et plus ce moment. Ils ont su me ramener à l’évidence : leurs histoires étaient les miennes, les miennes pouvaient être les leurs. C’était aussi simple. Aussi simple que les rires et l’amitié de nos soirées. Dès lors, il ne restait plus qu’à me plier à l’injonction de Baudelaire, qui accompagne de festival depuis sa création : « Etonnants voyageurs... dites, qu’avez-vous vu ? »
J’avais cinquante ans, et je me suis attelé à mon premier roman. Ici même, à Saint-Malo. Face à cette mer qui m’était, non pas étrangère, mais différente.
Exilé. Je me suis inventé un exil. Sous les pluies froides d’hiver. Dans les tempêtes des grandes marées. J’ai ramené sur ce rivage d’autres rivages. Mes Méditerranées. Mes Andalousies. Mes mondes perdus. A l’inverse de Jean Grenier qui, délaissant Saint-Brieuc et sa Bretagne natale, se laissa guider, illuminer, par ses inspirations méditerranéennes. J’ai rebâti, avec mes mots - du moins ai-je essayé -, ce pont oublié entre Albert Camus et Louis Guilloux. Où la pensée de Midi, tragique, découvre que « la seule clef, c’est la douleur. » Et je m’efforce, depuis, de raconter les simples histoires de ce monde, ce monde à prendre, non comme une manifestation du Bien soumise à des fléaux dévastateurs, et qui lui seraient étrangers - famine, peste, sida aujourd’hui, guerres, corruption, misère... -, mais comme une manifestation du Mal, où il est parfois possible d’apercevoir la vérité.
Ainsi ai-je appris à écrire, à Saint-Malo, des romans noirs. Et d’être enfin revenu chez moi aujourd’hui, auprès de cette mer où Ulysse tenta d’apprivoiser le monde, ne change plus rien à ce qu’est, pour moi, la fiction littéraire. De l’Ouest au Sud, à midi comme à minuit, le monde reste tragédie.

Jean-Claude Izzo

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