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"Nouvelles voix d’Afrique" (Hoebeke, 2002)

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L’anthologie fut publiée en avril 2002, à l’occasion de l’édition « Saint-Malo-Etonnants Voyageurs » 2002 consacré aux nouvelles littératures africaines.
Editions Hoebeke, 288 pages, 18 euros.


QUATRIEME DE COUVERTURE

Pas de doute : une nouvelle littérature est en train de naître en Afrique. Héritière de ses « grands ancêtres », certes, mais surtout extraordinairement vivante, dérangeante, foisonnante. Soucieuse de dire le monde, avec ses rythmes, son énergie, ses langages vrais. Littérature de l’exil, du métissage culturel, bousculant les idéologies identitaires, refusant de s’enfermer dans une quelconque « africanité », affirmant au contraire sa vocation universelle avec une belle vigueur, concassant, réinventant la langue française, jouant de toutes les stratégies narratives, à commencer par celles issues des traditions orales, bousculant les tabous : une Afrique nouvelle prend ici la parole. Très loin en vérité des clichés où on l’enferme encore.

Des vertigineux jeux de masques de Kossi Efoui à l’écriture nomade d’AbdourahmanA. Waberi, de la « parole projectile » de Sami Tchak aux labyrinthes de Florent Couao-Zotti, du lyrisme maîtrisé d’Alain Mabanckou au face-à-face avec les monstres de Boubacar Boris Diop ou l’écriture noire d’Aida Mady Diallo (mais il faudrait tous les citer !) : voici dix-huit auteurs, parmi les plus grands, de cette « nouvelle vague » en forme de déferlante.

Si la langue, pour un écrivain, est sa véritable patrie, ils sont la littérature française de demain.


PREFACE

Invité en février 2000 au Centre culturel français de Bamako, j’étais loin d’imaginer ce qui allait suivre - et devait entraîner l’équipe d’Etonnants Voyageurs dans une aventure imprévue. Yves de la Croix, le directeur du Centre, avait sollicité notre « parrainage » pour deux journées de rencontres littéraires sur le thème du voyage, auxquelles je m’étais volontiers rendu. La chaleur de l’accueil, la vivacité des débats, l’émerveillement aussi d’une journée sur le fleuve, à Ségou - qui dira ce qui déclencha le désir de ne pas en rester là ? Tout, ici, devait être gagné sur l’adversité, rien, jamais n’était acquis. Ecrire relevait de l’héroïsme, ou de l’inconscience, éditer paraissait une gageure - pour quels lecteurs, vu le prix des livres ? Et pourtant les débats, passionnés, témoignaient tous d’une rare énergie, et de hauteur de vue. Très loin de nos conforts douillets, très loin de nos petits calculs, et des effets de mode qui chez nous, chaque automne, tiennent lieu de débats, la littérature était ici, pour chaque participant, au sens strict, une question vitale. Quelques mois plus tard, lors des rencontres qu’avec le Centre André Malraux nous organisions à Sarajevo, et auxquelles participaient près de 200 écrivains, artistes, intellectuels venus de tous les Balkans, je devais retrouver la même urgence, la même ferveur. Et le sentiment d’être ramené là encore à l’essentiel. Enfin, nous reparlions, ensemble, de la littérature. De ce qui avait décidé, un jour, pour chacun de nous, de notre vie - de ce qui était notre raison de vivre.
Je croyais connaître assez bien la littérature africaine, je la découvrais, ou plutôt commençais à la découvrir, en plein renouvellement, en pleine effervescence, très loin des stéréotypes dans laquelle on l’enfermait trop facilement. Pour cette urgence, pour cette effervescence, pour cette énergie créatrice nous avions besoin d’elle, nous si fatigués, usés de nous être abandonnés sans plus de résistance aux jeux pervers de l’âge de la « communication », confondant trop facilement notre nombril avec le centre du monde. Non pas une catégorie exotique, une variante des littératures « régionales » ou « ethniques », et pas plus quelques épices nouvelles pour réveiller nos palais fatigués, mais la littérature française même, en plein essor. C’est un fait patent, depuis deux décennies, que la littérature française officielle, académique, sérieuse ( qu’importe le qualificatif) ne s’est renouvelée pour l’essentiel que par ses marges, littérature noire, de voyage, ou de science-fiction - et que les auteurs de la Série Noire ont peu à peu envahi la prestigieuse « collection blanche », dont ils assurent les gros tirages, ou trustent les prix littéraires. Elle se renouvelle aussi par ces autres « marges » que sont les pays francophones, Antilles, Québec, Afrique - et particulièrement Afrique, ces temps-ci. Nulle démarche « humanitaire » dans le projet naissant de festival à Bamako, mais très exactement l’inverse : nous avions besoin d’eux, nous, qui contre l’air du temps, voulons croire encore en la littérature. Nous, dont la littérature est la vraie patrie.
Toute l’histoire d’Etonnants Voyageurs, à Saint-Malo, puis dans ses extensions à l’étranger, a été une histoire d’amitié. Et rien, probablement, ne serait né de ces premiers contacts à Bamako si je n’y avais pas rencontre Moussa Konaté. Ecrivain, éditeur et par dessus tout esprit libre, il était l’homme de la situation - nous avions sympathisé dès le premier moment. Un festival de tous les écrivains africains, oui, mais refusant de les enfermer dans leur supposée « africanité », ouvert au contraire à toutes les expressions de la littérature, lieu de rencontre, sur leur terrain, avec les écrivains français, antillais, francophones - et de vocation internationale. Et puis, surtout, un festival pris en main progressivement, et le plus vite possible, par les africains eux-mêmes, et une équipe rassemblée autour de Moussa, à Bamako. Encore aujourd’hui, retour de la deuxième édition d’Etonnants Voyageurs Afrique ( 60 écrivains rassemblés en février 2001, plus de 80 en février 2002) je reste stupéfait par la vitesse à laquelle le festival s’est développé, et l’ami Yves de la Croix, qui s’est donné corps et âme à l’aventure, vieux briscard africain s’il en est, partage, je le sais, mon sentiment : quelle trajectoire, en à peine deux années !
Signe, s’il en fallait, d’une formidable vitalité. Je m’en doutais, je le sais aujourd’hui, et bien des écrivains africains, rassemblés, en ont pris eux aussi la mesure : c’est d’un ras de marée qu’il faudrait presque parler. Il serait stupide d’opposer les générations : chacune à joué son rôle dans la difficile naissance de la littérature africaine. La négritude de Senghor, de Césaire, l’antillanité de Glissant, la créolité de Chamoiseau et Confiant ont été des moments sans doute nécessaires. Mongo Beti, Ahmadou Kourouma, Tierno Monenembo, Henri Lopes, Aminata Sow Fall, Emmanuel Dongala, dans les années 80 ont pris la suite de Senghor et de Césaire avec une belle vigueur, comme Jean Métellus, Emile Ollivier ou Xavier Orville dans les Caraïbes, plus dégagés que leurs aînés des logiques identitaires. Mais la « nouvelle vague » née dans les années 90, à leur suite, prend des allures de déferlante, où les femmes, à la suite d’Aminata Sow Fall et de Ken Bugul parlent haut et fort - ne mirent-elles pas le feu aux poudres dans maints débats, à Bamako ? Extraordinairement diverse, dérangeante, foisonnante. Soucieuse de dire le monde. Avec ses rythmes, son énergie, ses langages vrais. Et de plein pied dans la modernité - , dans tous les sens du mot, « du monde entier ». Littérature de l’exil, du métissage des cultures, osant, pour reprendre les mots de Jean-Louis Joubert en ouverture d’un passionnant dossier de la revue Notre librairie , « affronter le chaos avec les seules armes des mots, pour nous donner le courage, à notre tour, de tenter de l’exorciser ».
Dix-huit écrivains de cette révolution littéraire en marche, dans cette anthologie, avec le sentiment que nous en aurions pu proposer vingt autres, et plus, que le public d’Etonnants Voyageurs, ce mois de mai, aura eu le bonheur de rencontrer.
Ils sont la littérature française de demain. Et, vous allez vous en convaincre page après page, déjà d’aujourd’hui.

Michel Le Bris

SOMMAIRE

  • Michel Le Bris, Préface
  • Tanella Boni, Le paradis est toujours ailleurs
  • Florent Couao-Zotti : L’ordinaire femelle de ta race
  • Aida Mady Diallo, Dandara
  • Alpha Mande Diarra, Yopougon blues, ou Le Silence des marais
  • Ousmane Diarra, La côte d’Adam
  • Fatou Diome, Les loups de l’Atlantique
  • Boubacar Boris Diop, La Nuit de l’Imoko
  • Kossi Effoui, A vendre
  • Fatou Keita, Amour dans la tourmente
  • Moussa Konaté, Dans les méandres du cœur
  • Alain Mabanckou, L’homme qui marcha sur la mer
  • Jamal Mahjoub, El Wathiq
  • Achille F. Ngoye, Frère de même père, même mère
  • Ludovic Obiang, D’où naît le chant des oiseaux
  • Jean-Luc Raharimanana, La Ngita
  • Sami Tchak, L’adolescente
  • Abdourahman A. Waberi, Femmes somalies du Canada
  • Zoe Wicomb, La N2
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