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Edinburgh World Writers’ Conference - Brazzaville

Emmanuel Dongala : "Les écrivains contre la censure."

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En février dernier, l’Édinburgh World Writers’ Conference faisait étape à Brazzaville dans le cadre d’Étonnants Voyageurs. L’occasion de véritables États-Généraux des littératures africaines, au cours desquels l’écrivain Emmanuel Dongala était invité à ouvrir le débat autour de la question : « Les écrivains contre la censure ».

“Dans l’Afrique traditionnelle, quand on visite un village, est-ce qu’on vous montre la case du chef de l’opposition après qu’on vous a montré celle du chef du village ? Non ! Dans nos traditions africaines, il n’y a qu’un chef au village !”
C’est ainsi que le maréchal Mobutu du Zaïre justifiait la censure des écrivains et des journalistes et son antagonisme à toute forme d’opposition. Mais avant de revenir sur la censure des écrivains en Afrique qui est le principal thème de cet article, je m’en vais d’abord évoquer la censure en général.

Le dictionnaire de la langue française Le Robert donne cette définition du mot censure : « Examen des œuvres littéraires, des spectacles et publications, exigé par le pouvoir, avant d’en autoriser la diffusion ». Cette définition ne me satisfait pas même si elle est exacte. Je lui préfère de loin celle de Victor Hugo - lui-même victime des foudres de la censure pour ce chef d’œuvre que sont Les Misérables- qui écrit que « la censure est la peine de mort de la pensée ». En citant Victor Hugo, j’ai voulu d’emblée montrer que la censure sous une forme ou une autre est pratiquée dans tous les pays, même ceux qui se targuent d’être des modèles de démocratie. Elle a aussi une longue histoire. Déjà en 387 av. J-C, après avoir banni les poètes de sa République, Platon proposait que la lecture d’Homère soit interdite aux lecteurs immatures.
On a du mal à croire que certains livres que nous considérons aujourd’hui comme incontournables, ces livres sans lesquels notre civilisation moderne ne serait pas ce qu’elle est s’ils n’avaient pas été écrits ont été victimes de la censure. Je laisse à chacun le soin de dresser sa liste préférée.

Aujourd’hui où les états soignent leur image de marque, les censeurs n’agissent plus comme des béotiens, ils n’organisent plus des autodafés de livres à la Farenheit 451 (quoique pour les Versets sataniques de Salman Rushdie…). Les pratiques sont plus subtiles. Souvent, ce n’est même pas le pouvoir étatique qui bannit les livres mais des groupes de pressions locaux. C’est tout particulièrement le cas aux Etats-Unis où le gouvernement fédéral ne censure plus officiellement les livres depuis 1960, après la décision d’une Cour d’Appel Fédérale de lever l’interdiction d’importer ou de publier dans le pays le livre de Lawrence, L’Amant de Lady Chatterley. Par contre, au niveau local, des groupes communautaires ou religieux prétendus gardiens de la morale publique, font souvent pression pour que des livres soient retirés des bibliothèques publiques. Afin de sensibiliser le public sur ces pratiques, l’American Library Association sponsorise chaque année au mois de septembre, la « Banned Books Week », une semaine où sont exposés dans les bibliothèques les livres ou les listes des livres qui ont été bannis ou attaqués (challenged) à un moment de leur histoire. On croit rêver lorsqu’on voit sur ces listes des livres qui ont façonné l’Amérique, tels Les aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain, Beloved de Toni Morrison, L’Attrape-cœurs de Salinger, Des souris et des hommes de John Steinbeck, Moby Dick de Melville et j’en passe. Les principales raisons qu’invoquent ces groupes pour interdire les livres sont dans l’ordre : présence de scènes sexuelles explicites, langage offensant, texte inapproprié pour les enfants (unsuited to age group).

En France non plus, on ne censure plus officiellement les livres ni les écrivains. Cependant certains évènements récents devraient nous donner matière à réflexion. L’on se souvient du cas de Robert Millet qui écrivit un « Eloge littéraire d’Anders Breitvic », ce monstrueux criminel qui en 2011 abattit de sang froid soixante-dix sept personnes en Norvège. Le livre ne fut pas interdit mais sous la pression de la presse et de ses pairs, l’auteur dut démissionner, à tort ou à raison, du comité de lecture de Gallimard. Autre cas, le ministre français de la culture, Frédéric Mitterrand , sous le poids des polémiques, décida de retirer en 2011 l’écrivain Céline des célébrations nationales.

Qu’en est-il de la censure des écrivains en Afrique ? Je ne connais pas en détail la situation dans chaque pays mais globalement l’on peut dire que le sort des écrivains au début de cette deuxième décennie du XXIe s. est bien meilleur qu’il ne l’était à la fin des années 1990. Contrairement aux journalistes qui aujourd’hui encore continuent d’être arrêtés, emprisonnés ou persécutés, très peu d’écrivains se trouvent actuellement en prison pour leurs écrits. Cela n’a pas toujours été ainsi. La pire des périodes fut entre 1970, une dizaine d’années après les indépendances, et la fin des années 1990, années qui précédèrent ces « printemps africains » qu’ont été les conférences nationales. Il est utile de citer quelques exemples parmi les nombreux cas d’écrivains persécutés durant cette période.

La pire des périodes fut entre 1970, une dizaine d’années après les indépendances, et la fin des années 1990, années qui précédèrent ces « printemps africains » qu’ont été les conférences nationales. Il est utile de citer quelques exemples parmi les nombreux cas d’écrivains persécutés durant cette période.

Que l’on se rappelle Ngugi Wa Thiongo arrêté et embastillé en 1971 pour sa pièce de théâtre en langue kikuyu dont le succès dans les campagnes provoqua la panique du pouvoir kenyan. N’oublions pas l’écrivain camerounais Mongo Béti qui en 1972, eut l’honneur si l’on peut dire, d’avoir son livre Main basse sur le Cameroun interdit et au Cameroun et en France. Et aussi le poète du Malawi Jack Mapanje, emprisonné en 1977 pendant quatre ans par le régime du président Banda pour son recueil Of Chameleons and Gods. Son cas devint une cause célèbre. Il fut défendu par plusieurs organisations militant pour la liberté d’opinion comme Amnesty International et par des écrivains de renom tels Harold Pinter qui donna une lecture publique des poèmes interdits devant le Haut Commissariat du Malawi à Londres et Wole Soyinka , tous les deux futurs prix Nobel de littérature. Plus tragique encore fut le cas de l’écrivain et dramaturge Ken Saro Wiwa pendu en 1995 par le régime du général Abacha. D’ailleurs dans un éloge à l’écrivain, Harold Pinter eut ce cri du cœur : "Murder is the most brutal form of censorship". Rappelons enfin à nos souvenirs le sort du plus célèbre des écrivains mauritaniens, Téne Youssouf Guéye, mort en 1988 dans une prison-mouroir de Mauritanie. Ce fut la triste période où de nombreux écrivains et non des moindres prirent le chemin de l’exil.
La censure des journalistes s’installa dès le lendemain des indépendances parce que, voulant jouir sans entrave des nouveaux pouvoirs qui leur furent dévolus au départ du colon, les nouveaux maîtres de ces pays avaient peur de voir leur autorité menacée par ces commentateurs journaliers de l’actualité qui faisaient entendre un autre son de cloche que celui de leur propagande. Les écrivains par contre ont été ignorés voire méprisés pendant longtemps non pas en raison d’une quelconque mansuétude mais par un malentendu. Ces pouvoirs prenaient pour argent comptant les poncifs qui véhiculaient l’idée que les livres n’avaient aucun impact en Afrique parce que la grande majorité de la population était analphabète, que les livres étaient écrits en langue étrangère et coûtaient très chers et qu’entre la culture et la nourriture, l’Africain choisissait plutôt son ventre. Cela n’était vrai qu’en partie car ils oubliaient la dynamique propre à chaque société. Un livre acheté par une personne va circuler, il sera lu par dix, vingt personnes. Je peux personnellement en témoigner. Ceux qui le lisaient le commentaient tandis que ceux qui ne l’avaient pas lu reprenaient ces commentaires en en rajoutant d’autres de leur cru. En d’autres termes l’oralité si prégnante dans les sociétés africaines prenait le relais de l’écrit en l’investissant d’une dimension comminatoire aux yeux des autorités. Ainsi des livres furent interdits par les commissions de censure sans qu’elles les aient lus et des auteurs arrêtés et emprisonnés non pas pour le contenu de leur œuvre mais pour les rumeurs qui circulaient à leur sujet.

Si le rôle qu’ont joué des intellectuels européens et américains dans la défense des pires actions de Staline ou du fascisme (...) est bien documenté, celui des intellectuels africains dans la répression de leurs confrères est encore méconnu. (...) Au Congo Brazzaville dont je suis originaire, la censure fut élaborée par des intellectuels marxistes purs et durs (...). Tout écrivain, tout artiste, devait se soumettre aux normes édictées par ce parti unique

Lorsque l’on discute le problème de la censure, il ne faut pas négliger la complicité de certains intellectuels. Si le rôle qu’ont joué des intellectuels européens et américains dans la défense des pires actions de Staline ou du fascisme (le nom du grand poète américain Ezra Pound me vient à l’esprit ainsi que celui de Céline) est bien documenté, celui des intellectuels africains dans la répression de leurs confrères est encore méconnu. La déclaration du maréchal Mobutu citée au début de cet article ne sortait pas du néant, mais des préceptes d’une philosophie dénommée « Authenticité ». Cette philosophie qui prônait le retour à une soi-disant « tradition africaine authentique » qui par ailleurs n’a jamais existé fut concoctée par des universitaires et des intellectuels parmi lesquels se trouvaient des écrivains et des journalistes.
Au Congo Brazzaville dont je suis originaire, la censure fut élaborée par des intellectuels marxistes purs et durs parmi lesquels se trouvaient aussi des journalistes et des écrivains. Ils imposèrent le parti unique et le dogme selon lequel « le parti dirige l’état ». Tout écrivain, tout artiste, devait se soumettre aux normes édictées par ce parti unique ; autrement, l’œuvre était bannie et l’auteur emprisonné le cas échéant. C’est ainsi que le chef-d’œuvre de Sony Labou Tansi, La vie et demie, ce roman dont je ne suis pas le seul à penser que son impact sur la littérature africaine de langue française a été comparable à celui d’Ulysse de James Joyce sur la littérature du 20e siècle, se retrouva sur la liste des livres interdits ainsi qu’un autre de ses romans, L’état honteux. De même, qui connaît, même parmi les experts de la littérature africaine, ce magnifique roman publié en 1977 aux Editions NEA, Chômeur à Brazzaville, l’un des tous premiers à évoquer la dure réalité de la vie urbaine quotidienne et le désenchantement de la population après les indépendances ? Non seulement la censure fit que ce roman est totalement inconnu aujourd’hui mais le nom même de son auteur est complètement oublié- (pour rappel, il s’appelle Pierre Biniakounou et je ne sais absolument rien de lui).
Permettez-moi de faire une digression sur moi-même. Mon recueil de nouvelles , Jazz et vin de palme, s’est retrouvé sur la fameuse liste noire. Pour des raisons encore inconnues de moi, je ne fus ni été arrêté ni emprisonné mais mes proches furent convoqués à la sécurité d’état pour être interrogés à mon sujet afin de connaître quel complot je tramais dans l’ombre. Les copies de l’ouvrage furent retirées des bibliothèques y compris de celle du Centre Culturel Français. Plus étrange encore, le directeur d’une librairie qui n’existe plus aujourd’hui, la Librairie Evangélique du Congo, fut arrêté parce qu’il en vendait des exemplaires alors qu’il ne les avait ni commandés ni lus, mais parce qu’ils se trouvaient parmi les échantillons de livres nouvellement parus que sa librairie recevait automatiquement.

Le plus réconfortant pendant cette période où les écrivains, les journalistes, les artistes étaient arrêtés de manière routinière fut l’intelligence du public qui captait immédiatement les clins d’œil que leur envoyaient les écrivains à travers des mots que les censeurs croyaient inoffensifs. Plus encore, ce public à son tour apprenait aux écrivains comment détourner les mots de la propagande officielle pour en faire des objets de ridicule.
Sony Labou Tansi m’a raconté un jour comment il s’y était pris pour se débarrasser des agents de la sécurité chargés de surveiller les répétitions d’une de ses pièces avec sa troupe Le Rocado Zulu Theâtre. Dès que ceux-ci se présentaient, il faisait reprendre dix fois, vingt fois, les mêmes gestes, les mêmes bouts de phrases par le même comédien. Au bout d’une heure et parfois moins, les agents, ennuyés à mort, se mettaient à bayer aux corneilles et finissaient par quitter les lieux bien longtemps avant la fin de la répétition. En fin de compte ils se demandaient comment une chose aussi barbante pouvait être subversive. Après quelques semaines de ce régime, ils se firent rares puis finirent par ne plus se présenter du tout.
Pour ma part, je suis chimiste de profession. En chimie, certaines molécules, comme nos deux mains, ne sont pas superposables à leur image miroir. Si l’une dévie une lumière polarisée à gauche, l’autre la dévie à droite. On parle alors de molécule « gauche » ou « droite ». C’est une notion fondamentale pour les molécules de la vie. Pour ridiculiser les censeurs, je programmai avec grands renforts de publicité une conférence académique mystérieusement intitulée : « De la notion de gauche et de droite ». Le piège marcha. Pensez-vous, l’auteur du recueil interdit Jazz et vin de palme allait s’arroger le droit de dire qui était idéologiquement à droite ou à gauche dans ce pays, osant toucher à ce qui était l’apanage du Bureau Politique du parti ! Vu le nombre d’agents venus assister à la conférence, je dois vous avouer que je n’étais pas peu fier d’avoir transformé plusieurs membres de la police politique du pays en passionnés de chimie organique. Comme on le voit, on s’amusait bien quand même pendant ces années noires de la censure.

Voltaire, ce philosophe incontournable lorsqu’il s’agit d’aborder la question de la liberté de penser, écrivait : « c’est le propre de la censure d’accréditer les idées qu’elle attaque ».

Voltaire, ce philosophe incontournable lorsqu’il s’agit d’aborder la question de la liberté de penser, écrivait : « c’est le propre de la censure d’accréditer les idées qu’elle attaque ». Comme cela est vrai ! Une fois à Brazzaville, je fus arrêté par un agent de police sous prétexte que j’avais brûlé un feu rouge qui manifestement ne fonctionnait pas. Comme je connaissais la musique et que je n’avais pas de temps à perdre, je sortis aussitôt mon permis de conduire accompagné d’un billet de deux mille francs et le tendis à l’agent. Après avoir subrepticement empoché le billet, il fit semblant d’examiner le permis et tout d’un coup son visage s’illumina lorsqu’il lut mon nom. Un large sourire lui fendit le visage. « C’est vous qui avez écrit Jazz et vin de palme ? Vous savez que c’est interdit ? Je l’ai lu en cachette. C’est vraiment bien ! Continuez à nous écrire de bonnes choses comme ça ». Il ressortit le billet de sa poche et me le rendit avec le permis. « Bonne chance » me dit-il en tournant le dos pour aller retrouver son poste de guet. Je n’en croyais pas mes yeux. De la part d’un flic sur la voie publique, quel hommage pour un écrivain censuré !

Si aujourd’hui en Afrique les écrivains ne sont plus arrêtés de façon routinière, cela n’est pas dû à la soudaine magnanimité de ceux qui dirigent. C’est parce que les écrivains n’ont cessé de lutter soit ouvertement, soit par la ruse, et quand ils étaient obligés de s’exiler ils ne se taisaient pas. A force, ils ont réussi à imposer l’idée que leur parole n’était pas moins légitime que celle du pouvoir.
Lorsqu’on relit aujourd’hui des romans comme Le devoir de violence, Le soleil des indépendances, La vie et demie, A man of the people, Le pleurer-rire, Chômeur à Brazzaville –et la liste n’est pas exhaustive- l’on est plus qu’impressionné de voir comment les écrivains ont pu anticiper l’avenir de leurs sociétés grâce à leur imagination, leur créativité. Imagination et créativité qu’ils ont refusé de brider face à toutes les censures et toutes les répressions.

Emmanuel Dongala


WRITERS AGAINST CENSORSHIP

by Emmanuel Dongala

“In traditional Africa, when you visit a village, does anyone ever take you to the hut of the opposition after having taken you to the chief ? No ! In our African tradition, there is only one chief !”. That is how Zaire’s Marshal Mobutu justified the censorship of writers and journalists as well as the rejection of any form of opposition. But before coming back to the censorship of writers in Africa, which is the main theme of this article, I will start with a general overview of censorship.

The Robert dictionary of the French language defines censorship as : “the act, demanded by the authority, of examining literary works, shows and publications before authorizing their release”. Even if the definition is correct, I am not happy with it. I much prefer Victor Hugo’s definition ; after all, he fell victim to implacable censorship for his great work Les Misérables. To him, “censorship is the death penalty of thoughts”. By quoting Victor Hugo, I wanted to show from the start that censorship has been practiced one way or another all over the world, even in those countries that pride themselves on being models of democracy. Censorship has a long history. Already in 387bc, Plato banned poets from his Republic and then suggested that Homer shouldn’t be read by immature readers.

If some books hadn’t been written, our modern civilization wouldn’t be what it is today, and it is hard to believe these books we now consider essential once fell victim to censorship. I’ll let you work out your own list of favourites.

Today, states are careful about their image and censors no longer act like ignoramus, they no longer organise Farenheit 451 book burnings (although when it comes to Salman Rushdie’s Satanic Verses...).The approach is more subtle. Often, it isn’t the state authority that bans books, but local pressure groups. This is particularly true of the United States, where the federal government hasn’t officially banned books since 1960, after the Federal Appeal Court overturned the ban on the publication and distribution of Lawrence’s Lady Chatterley’s Lover. However, at local level, community or religious groups, the so-called guardians of public morals, often bring pressure to bear to ensure that books are taken off public libraries’ shelves. In order to raise awareness of these practices, the American Library Association sponsors the “Banned Books Week” each year in September. During that week, books or lists of books that were banned or challenged at some point in the past are displayed in libraries. The mind boggles when you see on those lists books that shaped America, like The Adventures of Huckleberry Finn by Mark Twain, Beloved by Toni Morrison, The Catcher in the Rye by Salinger, Of Mice and Men by John Steinbeck, Moby Dick by Melville, to name but a few. The main reasons given by these groups for banning books are : explicit sex scenes, offensive language and texts unsuited to age group.

In France, books and writers are no longer officially subjected to censorship either. However, certain recent events give us food for thought. Remember Robert Millet, who wrote A Literary Eulogy for Anders Breivik, an abominable cold-blooded criminal who killed 77 people in Norway in 2011. The book wasn’t banned, but, whether rightly or wrongly, because of press and peer pressure, the writer had to resign from his post in the Gallimard publishing house’s reading committee. Another example is French minister of culture, Frédéric Mitterrand, who decided to remove French author Celine from a list of personalities to be remembered at an annual national ceremony in 2011 because of his anti-Semitic past.

What about censorship of writers in Africa ? I don’t know the detailed situation of every country, but globally the fate of writers at the start of the second decade of the 21st century is much better than what it was in the late 1990s. Unlike journalists, who are still arrested, imprisoned or persecuted, very few writers are currently in prison for their work. This hasn’t always been the case. The worst period for writers started in 1970, a dozen years after the move to independence, and ended in the late 1990s, a few years before the advent of national conferences, “African springs” of sorts. I would like to illustrate my point by taking a few of the many authors who were persecuted during that time.

Remember Ngugi Wa Thiongo who was arrested and detained in 1971 because his play written in Kikuyu was such a success in rural areas that it caused panic among Kenyan authorities. Remember Cameroon’s Mongo Béti, who had the honour if I may say so of seeing his book Main Basse sur le Cameroun (The Rape of Cameroon) banned in Cameroon and France. Think of Malawi’s poet Jack Mapanje, who was imprisoned in 1977 for four years by the administration of President Hastings Banda for his collection Of Chameleons and Gods. His case became a cause celebre. Organisations that fight for freedom of expression, such as Amnesty International, took up his cause and famous writers protested for his release, like Harold Pinter, who gave a public reading of the forbidden poems outside the Malawian High Commission in London, or Wole Soyinka. Both Pinter and Soyinka would become recipients of the Nobel Prize for literature. A more dramatic example is writer and playwright Ken Saro Wiwa, who was hanged in 1995 by General Abacha’s regime. In fact, in his eulogy to that writer, Harold Pinter cried out that “Murder is the most brutal form of censorship”. Finally, remember the fate of the most famous Mauritanian writer, Téne Youssouf Guéye, who was left to die in a Mauritanian prison in 1988. It is during that sad period that many writers, including very famous ones, decided to go into exile.

Journalists were subjected to censorship after the move to independence. Leaders wanted to enjoy their new-found authority without any opposition after the withdrawal of colonial powers. They saw daily news’ commentators as a threat because the stories they told where different from the authorities’ propaganda. As for writers, they were long ignored, sometimes even despised, not out of leniency but because of a misunderstanding. Leaders took for granted the commonplace statements that books didn’t have any impact in Africa because most of the population was illiterate, that books were written in a foreign language and were expensive, and that when given the choice between culture and food, Africans generally chose their belly. But that was only partly true and they forgot about the way communities work. If one person bought a book, that book changed hands, and ten or twenty people read it. I bear witness to that. Those who read it commented on it, and those who hadn’t built on those comments and added their own. In other words, oral tradition, an important feature of African communities, took over the written word by giving it a threatening dimension in the eyes of the authorities. This is how books were banned by censorship commissions without being read and writers were arrested and detained not because of what they had written but because of what was being said about those works.

When debating the issue of censorship, it is important not to overlook the complicity of some intellectuals. The role of European and American intellectuals who defended the worst crimes of Staline or of fascism is well documented (names such as Ezra Pound, the great American poet, or Celine come to mind), but the role of African intellectuals who suppressed their colleagues’ work is little known. The quote I gave by Marshal Mobutu at the start of this article doesn’t come from nowhere, but from the teachings of a philosophy called “Authenticity”. This philosophy advocated a return to an “authentic African tradition” which never existed in the first place. It was put together by academics and intellectuals, including writers and journalists.

In Congo-Brazzaville, which is where I am from, censorship was created by true-blood Marxist intellectuals, again including journalists and writers. They imposed a single party and a dogma according to which “the party rules the state”. Every writer, every artist had to agree with the standards imposed by that single party, otherwise works were banned and writers sent to prison if needed.

Take Sony Labou Tansi’s great novel Life and a half : I am not the only one in saying its impact on francophone African literature was similar to James Joyce’s Ulysses on 20th century literature. That book featured in the list of banned books, as well as Tansi’s The Shameful Work. And who, even among experts of African literature, has even heard of Chômeur à Brazzaville (Unemployed in Brazzaville) published by NEA Editions in 1977 ? This wonderful novel is one of the first to mention the harsh reality of city daily life and the population’s disillusion after the independence. Because it was banned, not only is the novel utterly unknown today, but even the name of its writer is forgotten (for your information, his name is Pierre Biniakounou and I know nothing whatsoever about him).

Allow me to digress and talk about me. My collection of short stories Jazz and Palm Wine, and Other Stories ended up on that famous black list. For reasons still unknown to me, I wasn’t arrested or detained, but friends and family were summoned by State Security and questioned, so my scheming plots could be found out. Copies of the book were taken off library shelves, even at the local French Cultural Centre. Even stranger, the head of a bookshop called the Evangelic Bookshop of the Congo was arrested because he was selling copies of my book, even though he hadn’t ordered or read it, it just happened to be among a list of newly published books he received automatically.
However, during that period when writers, journalists and artists were arrested as a matter of routine, it was comforting to see how quickly readers understood the undertones of writings that censors thought harmless. And readers even taught writers how to manipulate official propaganda and turn it into ridicule.

One day Sony Labou Tansi told me how he managed to get rid of security agents tasked with watching the rehearsal of one of his plays with his company Le Rocado Zulu Théâtre. As soon as the agents arrived, he’d ask the actor on stage to repeat the same movements and the same sentences ten, twenty times around. After an hour, sometimes less, the agents who were bored to death started yawning and ended up leaving the place well before the end of the rehearsal. Essentially they wondered how something so boring could be subversive. After a few weeks, their visits became rarer and they ended up not coming back at all.

As for me, I’m a chemist. In chemistry, some molecules, like our two hands, are not superimposable on their mirror image. Where one molecule rotates a polarized light beam to the left, the other rotates it to the right. You then refer to left-handed or right-handed molecules. This notion is fundamental for life molecules. To ridicule censors, I programmed a much advertised academic conference mysteriously entitled “Of the notion of left and right”. They fell into the trap. Just imagine, the author of the banned collection of Jazz and Palm Wine and Other Stories was going to say who belonged to a right- or left-wing ideology in the country, when this was the sole prerogative of the party’s Political Bureau ! Given the number of agents who came to my conference, I have to admit I was proud of having turned several members of the political police force of the country into organic chemistry enthusiasts. As you can see, even during the black years of censorship, we still managed to have some fun.

One of the great philosophers when it comes to freedom of thought, Voltaire, wrote that “it is characteristic of vicious censorship to give credence to the very opinions it seeks to annihilate”. How very true ! Once, in Brazzaville, I was stopped by a policeman for driving through a red light that clearly wasn’t working. I knew the drill and didn’t want to waste my time so I immediately took out my driver’s licence together with a 2000F note, and handed them out to him. He discreetly hid away the note, pretended to look at my driver’s licence, and all of a sudden his face lit up when he saw my name. A big smile appeared on his face. “Are you the one who wrote Jazz and Palm Wine ? Do you know it’s banned ? I secretly read it. It was great ! Keep on writing great stuff like that for us”. He took the note out of his pocket and gave it back to me together with the driver’s licence. “Good luck” he said, and he turned away to get back to his lookout. I couldn’t believe my own eyes. Coming from a cop in the street, what a tribute for a banned writer !

Today, in Africa, writers are no longer routinely arrested, but that isn’t due to a sudden kindness on the part of leaders. It is because writers have never stopped fighting, either openly, or by subterfuge, and when they had to go into exile, they didn’t keep quiet. In the end, they managed to get the idea across that their word isn’t any less legitimate than the authorities’. Today, when you re-read novels such as Bound to violence, The suns of independence, Life and a half, A man of the people, The Laughing Cry, Chômeur à Brazzaville (Unemployed in Brazzaville) – and the list isn’t exhaustive, it is incredible to think that writers were able to anticipate the future of their communities thanks to their imagination and their creativity. The very imagination and creativity they refused to curb in the face of so much censorship and so much repression.

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