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Gulliver n° 8 : "Etonnants Voyageurs"

Revue trimestrielle, septembre 1991, 296 pages

A NOS LECTEURS
Le nouveau départ de Gulliver

Lancé grâce à l’aide de la FNAC Gulliver s’est trouvé confronté à un problème qui devenait au fil des mois insupportable : sa non-distribution en librairie. Par nos propres moyens, il est vite apparu que nous ne pouvions approvisionner qu’un nombre limité de points de vente, tandis que les lettres se faisaient de plus en plus nombreuses, de personnes soucieuses de savoir où diable se procurer tel ou tel numéro dont la presse s’était fait l’écho. Il devenait donc urgent que nous fassions le point et redéfinissions le fonctionnement de la revue - ce qui nous a conduit à la décision de renoncer à la publication de notre numéro d’hiver. Nous espérons que nos lecteurs et abonnés voudront bien nous en excuser. Les éditions Payot ont accepté de s’associer à notre projet et seront désormais les éditeurs de Gulliver. Il va sans dire qu’ensemble nous assurerons à compter de ce numéro la régularité de la publication et nos engagements auprès de nos abonnés.


QUATRIEME DE COUVERTURE

Le but du voyage ? Aucun, si ce n’est de perdre son temps le plus féeriquement possible. Se vider, se dénuder et, une fois vide et nu, s’emplir de saveurs et de savoirs nouveaux. Se sentir proche des Lointains et consanguin des Différents. Se sentir chez soi dans la coquille des autres. Comme un bernard-l’hermite. Mais un bernard-l’hermite planétaire. Ainsi pourrait-on définir l’écrivain-voyageur : « Crustacé parlant dont l’esprit, dépourvu de carapace identitaire, se sent spontanément chez lui dans la culture des autres. »

Jacques Lacarrière


PRESENTATION
Par l’écrivain anglais Jonathan Raban

La littérature de voyage est une forme ouverte. Elle n’a pas de règles, pas de conventions inviolables. Elle abrite toute une variété de personnages étranges et mal assortis ; journalistes à la poursuite d’un sujet, aventuriers hirsutes, romanciers de contrebande, anthropologues, écrivains naturalistes, cascadeurs résolus à tenter la traversée de l’Atlantique en baignoire ou le tour du monde en cinq jours d’avion, adeptes pleins de ferveur cherchant leur moi précieux au fond des ashrams ou à la cime des montagnes sacrées. Tous ces gens et bien d’autres produisent de la littérature de voyage et le plus ingénieux des lecteurs examinant le rayon correspondant chez son libraire aura du mal à concevoir ce que signifie ce terme, s’il signifie encore quelque chose aujourd’hui.

Le mieux qu’on puisse dire est qu’à chaque décennie, deux ou trois livres de voyage (et parfois seulement un ou deux) parviennent à survivre aux circonstances de l’actualité qui ont présidé à leur première publication et à conquérir un statut d’œuvre littéraire dans la mémoire du public. Citer certains de ces livres ne fait que rendre évident le peu de choses qu’ils ont en commun.

Car tout récit de voyage digne de ce nom doit s’inventer lui-même à mesure qu’il s’écrit. Il n’appartient à aucun genre précis, mais emprunte à tous ce dont il a besoin - au roman, au récit historique, à l’essai littéraire, aux sciences sociales, à la confession autobiographique, au sermon. Un livre comme An Area of Darkness de Naipaul (bien qu’il n’existe aucun livre comme celui-ci) est un tissage extrêmement complexe de différentes sortes d’écritures. On y trouve Naipaul le romancier, mais aussi Naipaul le commentateur politique, Naipaul l’autobriographe, Naipaul le sage. C’est un ouvrage où plusieurs tonalités de voix littéraires travaillent en étroite harmonie et c’est l’orchestration de ces voix qui lui confère sa qualité dœuvre d’art.

Il n’existe pas d’éléments formels susceptibles de définir la littéra-ture de voyage. L’écrivain est « abroad », c’est-à-dire à l’étranger, loin de chez lui, dans cet état de vigilance exacerbée qu’engendre le fait de se trouver déra-ciné de son habitat naturel. Il n’est pas nécessaire de voyager loin, ni péniblement, pour découvrir que le monde est différent et qu’on y est un étranger. Un petit tour de l’autre côté de la rue (nul besoin de l’Hindu Kush) suffit à nous transformer en intrus égaré sur le terri-toire de quelqu’un d’autre.

Cette sensation de ne pas être chez soi - d’être seul, mal à l’aise, incertain de ses repères - offre une résonance particulière dans un siècle socialement décalé et déraciné. Elle entre sans aucun doute en ligne de compte dans le récent regain d’intérêt dont bénéficient les écrivains voyageurs.

On peut, à titre d’exemple, évoquer le travail de Colin Thubron. A première vue, ses livres Les Russes et Derrière la Grande Muraille traitent exclusivement de la Russie et de la Chine ; exactement le genre d’ouvrage qu’on pourrait lire avant un premier départ pour Moscou ou Pékin. Pourtant - par-delà la scrupuleuse observation sociale, les petits vade-mecum historiques et les interviews avec les autochtones - ce que ces livres communiquent avec le plus de force, c’est la solitude extrême de Thubron dans les sociétés à travers lesquelles il voyage. C’est à la douleur et à la difficulté de cette condition que le lecteur est susceptible de réagir le plus chaleureusement, non à la dissection (aussi fine soit-elle) des us et coutumes des Chinois et des Russes. Je lis Thubron parce qu’il me rappelle instamment que nous passons la plus grande part de notre existence parmi les Russes ou derrière une Grande Muraille et que ses livres explorent avec grâce ce qu’est la survie dans cet état simultané d’éloignement et de proximité.

Dans les ouvrages de Thubron, Chine et Russie sont des endroits réels, décrits avec précision, mais fonctionnent aussi comme métaphores de ces terres étrangères (dont nous parlons mal la langue et dans la cohue desquels il nous faut lutter pour surnager) que nous appelons nos pays ; et je ne connais pas un seul récit de voyage important qui soit dépourvu de ce courant métaphorique sous-jacent. Certains sont des élégies pour des mondes que nous avons perdus. D’autres rendent compte des univers où nous vivons. Aucun n’est aussi éloigné de chez nous qu’il le prétend.

Jonathan Raban
(Traduit de l’anglais par Sztajn-Fromental)


EDITORIAL
Quand les écrivains redécouvrent le monde

Nous savons, aujourd’hui un peu mieux qu’hier, de quoi meurt la littérature : de s’être faite la servante des idéologies, sous le prétexte de l’engagement ; de se noyer dans le trop-plein de soi, et les petits émois, sous le prétexte de « psychologie », ou, à l’inverse, de se satisfaire de n’être plus que « littérature » : jeux de mots. Lui reste peut-être, pour retrouver son sens, ses énergies, après des décennies d’asservissement au Signe-Roi, à $retrouver le monde$. Non pas pour nous rejouer une variante perverse de la littérature engagée, ou s’abîmer en « nouveau journalisme » (pas de voyage qui vaille sans vision) mais parce que la littérature se trouve toujours en danger de s’affadir en « littérature », discours, jeux de langage, si le monde ne vient pas continûment l’interpeller, le réveiller, l’électriser, un peu à la manière dont on doit rapprocher les deux charbons d’un arc, pour que jaillisse entre eux l’étincelle de lumière.
Reste simplement, mais n’est-ce pas l’aventure même de l’écrivain comme du voyageur, à trouver la bonne distance.

Gavin Young sillonne les mers du Sud, à la recherche de Conrad, et nous livre le carnet de bord de sa première étape. Richard Matas, lancé sur la Route de Bolivar, nous écrit depuis Caracas. Alain Dugrand revient de Bélize. C’est où, ça, Bélize ? Justement, c’est tout le problème. Jean Malaurie, lui, se souvient de son équipée au pôle géomagnétique Nord et assène au passage quelques vérités salutaires. Jacques Meunier, ne reculant devant aucun exploit, à choisi de survoler la Suède à dos d’oie, pendant que les Highlanders écossais soumettaient la vessie de Michel le Bris à rude épreuve. Jonathan Raban, le seul écrivain à avoir obtenu deux fois le Thomas Cook Book Award ( le Goncourt du travel-writing ), traverse l’Amérique. Encore ? Oui, mais c’est Jonathan Raban. Et c’est magique. Thomas MacGuane flâne sur les petits cours d’eau du Michigan. Dans le numéro 6 de Gulliver consacré au sport, il nous racontait le Montana, et sa passion des chevaux : nous allons finir par tout savoir sur lui. Philippe Garnier nous propose à sa manière, unique, de retrouver un très grand écrivain un peu oublié : Quiroga. Et Patrick Raynal n’est pas revenu, lui, de sa rencontre avec Jim Harrison. Georges Walter nous entraîne au plus profond de la Transylvanie, aux côtés d’un horloger mormon, et de quelques autres personnages que l’on dirait sortis d’un livre de légendes, et déjà nous attendons avec impatience son prochain roman. Himoud Brahimi, Momo de Bab-el-Oued, écrivain de soixante-quinze ans censuré sous tous les régimes, nous fait entendre la voix même de la Casbah. John McPhee galère de port en port sur des rafiots pourris, le long des côtes américaines : dure, souvent, est la vie des marins. Fièvres, hippopotames et colonies composent le cocktail épicé de Jean-Luc Coatalem. Mais point n’est besoin d’aller très loin, ou vaincre mille périls, nous démontrent superbement Jacques Lacarrière et Jean-Marie Gibbal, pour découvrir le grand poème du monde : un coin de jardin peut suffire. Affaire d’âme, et affaire de regard - affaire, en somme, de littérature. Comme nous le montrent, dans deux entretiens exceptionnels, Robertson Davies, le maître du « réalisme magique » et Juan Rulfo, le plus grand et le plus secret des écrivains mexicains de ce siècle.

Michel Le Bris


SOMMAIRE

  • Jonathan Raban : La littérature de voyage est une forme ouverte
  • Michel Le Bris : Quand les écrivains redécouvrent le monde
  • Gavin Young : Sur les pas de Conrad
    Tanjung Priok est le port de Jakarta. Plus tard, dans le détroit de Bangka, le voyageur imaginera le naufrage d’un vieux voilier britannique. C’était le Palestine. Conrad était sous les ordres du capitaine Abrahams.
  • Richard Matas : Saint-Valentin à Caracas
    Caracas, un soir de Saint-Valentin. Un bar où la harpe est plus grande que le harpiste. C’est un nain. Bolivar est né à deux pas d’ici, à Mérida, un faubourg popu.
  • Thomas McGuane : Petit cours d’eau du Michigan
    Un étang du Michigan, un pêcheur et sa mouche préférée, l’Adams, dont la forme emprunte à tous les insectes de la création. Mais l’homme n’est-il destiné qu’à rentrer bredouille au petit matin ?
  • Alain Dugrand : Belizéennes
    C’est un pays grand comme la main, qui fut autrefois le Honduras britannique. Un peuple métis, mêlé comme toutes les couleurs du monde. Et puis, l’autocar de la Venus-Line... Charmant.
  • Georges Walter : L’empreinte du mormon
    Dans Les enfants d’Attila, l’empire des Habsbourg vole en éclats comme un cristal de Bohême. Parmi la horde cosmopolite d’après 1918, projetée dans l’exil, assoiffée d’Amériques, l’horloger Mathias Landor a déjà commencé chez lui le voyage.
  • Redmond O’Hanlon : Souvenirs de Bruce Chatwin
    En Afrique, un rat énorme tente de grignoter le bras d’un dormeur. O’Hanlon se souvient d’une hépatite A. Enfin, Bruce Chatwin, l’ami, surgit d’un rêve. Beau, plein de projets, malgré la mort qui guette. une grande affection.
  • Jacques Lacarrière : Jardins
    On peut écrire avec des mots, avec une plume de fer, mais aussi avec des fleurs. Presque tout, en fait. Cette fois, Jacques Lacarrière écrit sur les jardins.
  • Jacques Meunier : La Suède à dos d’oie
    Les Suédois ne vivent pas seulement en Suède, ils l’habitent ! Les élans sont rares ; les vaches, par contre, paissent en regardant les voiliers. Et les fins de journées n’en finissent plus...
  • Philippe Garnier : La casa Quiroga. Voyage d’amour, de folle et de mort
    La vie de Quiroga fut l’une des pires. A pleurer. Sa maison, à San Ignacio, son jardin, tout ici pousse à la rêverie chagrine. Une œuvre s’est mêlée à la forêt. au rythme de la nature. Des riens, bien sûr, pour une œuvre brûlante, lumineuse.
  • Horacio Quiroga : Le Rêve d’un Sauvage
    Le Parana est un fleuve géant. La région au-delà du Gayra est rendue lugubre par le règne essentiel du basalte. Une végétation d’enfer. Le pays des dinosaures ?
  • Michel Le Bris : Lumières du Nord
    Après Lybster, la route s’enfonce entre les collines mauves. L’Écosse à Helmsdale, c’est aussi un bar d’hôtel. Pintes et drams. Puis, le rappel du passé, la pluie fine et les Écossais.
  • Jean-Marie Gibbal : En Dauphiné, naturellement
    Le pêcheur rêve toujours d’être grand. Sur les berges des lacs de Paladru, du Petitchey, il fait beau, calme, grand. Souvenirs de chants d’oiseaux, au printemps, dévoués au dieu Soleil.
  • John McPhee : Sous la Croix du Sud
    A Valparaiso, le cargo s’éloigne avec son chargement de chemises à manches courtes, de cartons de parapluies et de galons de jus de pomme. Lire Darwin le long des côtes du Chili, un écrivain pour écrivains.
  • Jean-Luc Coatalem : Les hippopotames du Bon Dieu
    Le Mampouya était déshydraté, le Blanc effondré, sur la véranda, au fond d’un fauteuil en rotin. Que sont des amibes face au monstre de la création ?
  • Jean Malaurie : Au pôle géomagnétique Nord : 29 mai 1951
    Brume poisseuse et neige molle. Les Inuit savent que le rebord du glacier est d’un abrupt continu de vingt à trente mètres de commandement, « haut de plusieurs hommes » disent-ils.
  • Jonathan Raban : Le chien de Guntersville
    Une nappe achetée à Puerto Rico représentant la carte de l’île constituait la seule décoration notable de la salle de Séjour. Une location à Polecat Hollow, comté de Marshall, dans les bois.

CHRONIQUES :

  • Robertson Davies : L’art de la fiction
  • Juan Rulfo, conversation avec Fernando Benitez : « J’attends de nouvelles nuits magiques »

NOUVELLES DU MONDE

  • Pour une littérature voyageuse (André Versaille)
  • Vous avez dit écrivain-voyageur ? (Jacques Meunier).
  • Samivel des nuages (Jean-Pierre Sicre)
  • Étonnants Voyageurs à Saint-Malo : le printemps des « travel writers »
  • Le loup et la lunbe ( extraits) (Yvon Le Men)
  • Raymond Cousse est mort (Alain Dugrand)
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