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Création de la revue Gulliver

Et naissance du festival Etonnants Voyageurs
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Je venais de créer la collection « Voyageurs » aux éditions Payot, et j’allais bientôt y créer la « Petite Bibliothèque Payots/Voyageurs ». Aux éditions Phébus j’éditais les classiques oubliés de l’aventure et du voyage, les chefs d’œuvres de la littérature maritime, et un bon lot également d’écrivains-voyageurs vivants. A la Table Ronde je créais la collection « Le Grand Dehors » en m’attachant plus particulièrement à mettre en avant cet autre versant du « travel writing » que sont les écrits sur la nature : W.H. Hudson, Audubon, John Muir, etc. Et je commençais l’énorme travail de « ressusciter » Stevenson, non seulement en publiant les textes de lui qui restaient inconnus (y compris d’ailleurs du public anglo-saxon), particulièrement ses essais sur la littérature, sa correspondance avec Henry James, ses grands textes négligés des mers du Sud, l’intégrale de ses nouvelles puis de ses récits de voyage, mais aussi en entreprenant d’écrire une vaste biographie, qui impliquait rien moins que de retrouver et traduire toutes ses lettres existantes - tout cela pour donner une profondeur à ce désir qui m’animait d’une « littérature-monde », redonner ses lettres de noblesse aux littérature dites de voyage ou d’aventures, s’arracher enfin au « trois pièces-cuisine » du roman français, aider à ce que celui-ci s’ouvre à tous les vents du monde. Bref, je faisais feu de tous bois. Parce qu’en tant qu’écrivain j’étouffais dans le « milieu » français - et que j’avais besoin d’espace pour respirer.
C’est dans le droit fil de ce travail qu’est né le festival « Etonnants Voyageurs ». C’est dans le droit fil de ce travail qu’est née la revue « Gulliver ».

A l’exemple d’une revue, créé par Bill Buford en Grande Bretagne : Granta, largement à l’origine du renouvellement de la littérature anglaise. Quand vous vous battez pour une idée, n’est-il pas naturel d’appeler à vous ceux dont vous pensez qu’ils partagent votre point de vue ? Rassembler tous les enfants de Stevenson et de Conrad de par le monde. Montrer que les écrivains français qui s’inscrivaient dans ce courant de sensibilité n’étaient « marginaux » qu’au regard de petites coteries très mondaines qui voulaient nous faire prendre leur nombril pour le centre du monde - mais qu’ils se situaient dans le courant majeur de la littérature mondiale.

Une revue. Trimestrielle. Format livre. Rassemblant non des textes critiques mais des textes littéraires d’écrivains du monde entier. J’associai à mon projet Olivier Cohen et Alain Dugrand. Ensemble nous créâmes la société « Eviv Bulgroz associés ». Francis Bueb, alors directeur de la communication de la FNAC, nous donna un coup de main décisif en amenant comme partenaire la FNAC. La maquette fut confié à la société londonienne Pentagram qui avait déjà « relooké » Payot, et fait les maquettes, si élégantes, de « Voyageurs Payot ». Jean-Claude Izzo fut engagé comme attaché de presse. Et le premier numéro paru en avril 1990 avec pour titre « Le pouvoir des mots ». Un mois avant « Etonnants Voyageurs. » Avec un sommaire à faire rêver.
Aujourd’hui je garde un souvenir ému du démarrage de l’entreprise. J’appelais Mutis, Coloane, Crumley, Harrison, O’Hanlon, Nicolas Bouvier, Jacques Lacarrière - j’en passe. Tous : « Vas-y, fonce ! On est avec toi ! Je t’envoie un texte... » Cet enthousiasme, cette ferveur : celle aussi qui a présidé au lancement d’Etonnants Voyageurs. Revue et festival restent pour moi liés : deux aspects complémentaires d’un même mouvement : « quand la littérature retrouve les chemins du monde... »

Un changement de propriétaire de la FNAC, le départ de Francis Bueb fit que notre collaboration se termina au n° 7, en septembre 1991. Payot prit la suite en 1992 jusqu’au n° 12. Puis un conflit avec Payot qui devait conduire à mon départ, après celui d’Olivier Cohen, ainsi que l’énormité du travail que représentait d’avoir à mener tous ces projets de front alors que chacun d’eux se développait à toute vitesse me conduisait à interrompre la publication. Quelque part, même si l’on ne guérit jamais de la passion de fabriquer journaux et revues j’avais le sentiment que celle-ci avait joué son rôle : rassembler tous ces écrivains qui devenaient dans le même temps les fidèles d’Etonnants Voyageurs. Une dernière tentative de relance eut lieu en 1998, sous une forme originale qui nous excitait beaucoup : avec Librio ( ces numéros avaient été précédés par des « anthologies » liées aux thèmes du festival, qui furent en quelque sorte des n° zéro de la revue (Méditerranées en 1998, Le futur a déjà commencé en 2000). Une revue plus mince, mais vendue à 10 francs et tirée entre 35 000 et 40 000 exemplaires selon les n° ! Ma seule condition était de la mener avec Jean-Claude Izzo : seul, cela devenait au dessus de mes forces. Malheureusement, après un numéro Jean-Claude Izzo disparaissait et avec lui mon envie d’aller au delà...
Reste une belle aventure.
Regardez les sommaires : nous ne nous sommes pas beaucoup trompés me semble-t-il dans nos choix. Ni dans l’évolution de la littérature du monde. Et aujourd’hui je reste fier de cette aventure : le temps qu’elle a existé, elle fut la plus belle des revues littéraires françaises.

Michel Le Bris

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